5. Tradition
Dernier ajout : 22 novembre 2009.
Ce n’est pas sans risques que l’on rencontre l’œuvre de René Guénon. C’est à la fois un don incomparable et une épreuve périlleuse. Cette œuvre jette une telle clarté sur l’état du monde actuel qu’un lecteur impressionnable peut être tenté par une forme de désespoir ou, au contraire, se gonfler d’orgueil d’être parmi ceux « qui savent » et en venir à mépriser tous ses contemporains. Mais par ailleurs, la lecture de Guénon a conduit ou ramené à la foi plus d’un de ses lecteurs et, pour ma part, je la considère comme une œuvre providentielle et comme un « signe des temps », à un titre plus élevé encore que l’œuvre de Dante qui est venue clore le Moyen Age occidental. C’est d’une façon fulgurante que j’ai pris connaissance de René Guénon, dont j’ignorais jusqu’à l’existence : une émission de radio à France-Culture, au printemps 1984, l’achat immédiat, sur le conseil d’un ami hélas disparu, de son livre Les Principes fondamentaux de la Science sacrée, puis la lecture quasi intégrale de l’œuvre dans l’été qui suivit, dans cette sorte d’ermitage bienvenu que fut un gîte rural dans le Morvan. Après Guénon sont venus les « guénoniens » qui ont parfois éclairé le sens de l’œuvre du métaphysicien, tantôt l’ont obscurcie par les inévitables querelles qui naissent toujours parmi les épigones. Je me suis sagement tenu jusqu’ici à l’écart de toute chapelle, me rappelant cette maxime : « le sage regarde l’étoile, le sot regarde le doigt qui montre l’étoile ». Et c’est bien ainsi que j’ai compris la fonction de Guénon : comme celui qui montre le Pôle, mais qu’il ne faut pas confondre avec le Pôle. Et je me suis toujours rappelé que Guénon lui-même se refusait catégoriquement à apparaître comme un « maître » aux yeux de quiconque et à avoir des « disciples ». Il n’empêche que son enseignement est d’une richesse sans comparaison possible avec aucun autre dans notre temps, et j’ai toujours été attristé par la remarque de Gide qui reconnaissait la vérité de sa doctrine et se déclarait en même temps impuissant à renoncer à ses propres conceptions. On retrouve là tout le pathétique de la parabole du jeune homme juste et de bonne volonté, mais qui n’a pas le courage de renoncer à ses richesses pour suivre le Christ. Un ouvrage récemment paru de Xavier Accart, préfacé par Antoine Compagnon, fait d’ailleurs prendre conscience à la fois de l’étendue de l’influence de Guénon parmi les intellectuels français du XXe siècle et des limites de leur engagement sur la voie d’une restauration de la Tradition.
Parmi les épigones de René Guénon, c’est tout naturellement vers le courant que l’on qualifiera, faute de mieux, de « l’ésotérisme chrétien » que se sont portées mon attention et ma sympathie. C’est lors du Colloque organisé par Louis Pauwels en 1986 à l’occasion du centenaire de la naissance de René Guénon que j’ai fait connaissance avec Jean Phaure, devenu par la suite un ami cher et respecté ; j’ai pu l’apprécier lors de stages d’astrologie à Laval, que j’organisais en commun avec Philippe Lavenu, ainsi que dans son cercle du « Pèlerin de Paris ». Mon intérêt se portait en particulier sur les études relatives à la cyclologie traditionnelle à laquelle m’avait introduit la lecture de Guénon et celle du livre de Jean Phaure intitulé Le Cycle de l’humanité adamique. Trois noms devaient au premier chef marquer mes recherches dans ce domaine : celui de Gaston Georgel, émule direct de Guénon, inspiré par son article en hommage à Ananda K. Coomaraswamy dans lequel il introduisait à la doctrine cyclique traditionnelle ; celui de Vlaicu Ionescu, que je considère comme l’un des seuls exégètes sérieux de l’œuvre de Nostradamus, que le savant roumain rattache à la tradition prophétique et à l’Apocalypse de saint Jean ; celui de Raoul Auclair dont l’exégèse prend appui essentiellement sur les textes prophétiques de l’Ecriture Sainte, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Dans le séminaire d’astrologie mondiale que je donne, depuis janvier 2007, à Paris, je commence à saisir la possibilité d’effectuer une jonction entre astrologie mondiale et cyclologie traditionnelle, et c’est dans ce sens, me semble-t-il, que devraient évoluer mes travaux dans ce domaine durant les prochaines années : s’il plaît à Dieu…
Paris, le 16 mars 2008
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