Dans les jardins de Nisimaldar : La flore dans l’œuvre de J.R.R. Tolkien

Colloque de Rambures - 2004

Lundi 16 novembre 2009, par Charles RIDOUX // 3. Tolkien - Čiurlionis

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Paru dans Parcs et Jardins au Moyen Age et à la Renaissance – L’Apocalypse. Actes des Colloques de Rambures (2004 et 2007), dir. Charles Ridoux, Presses Universitaires de Valenciennes, 2008, (Recherches valenciennoises n° 28), pp. 101-113.

Le monde de Tolkien – que l’auteur lui-même qualifie de « création secondaire » - est d’abord un monde de beauté et de splendeur. La notion de « création secondaire » implique à la fois dépendance et liberté par rapport à la Création divine, les lois régissant les créatures de toutes sortes qui peuplent le Légendaire de Tolkien étant par maints aspects des « reflets » des lois de notre monde, tandis qu’une part est laissée à l’imagination créatrice de l’auteur. Ainsi, les créatures imaginaires de Tolkien, les Elfes, les Nains, les Orques, les Trolls, les Ents, sont, comme les humains, soumis à certaines contraintes physiques - se déplacer dans l’espace en marchant, boire et manger, dormir – mais surtout à une même loi morale, ainsi que l’exprime Aragorn dans le Seigneur des Anneaux :

« Le bien et le mal n’ont pas changé depuis l’année dernière ; et ils ne sont pas différents chez les Elfes ou les Nains et chez les Hommes. Il appartient à l’homme de les discerner aussi bien dans la Forêt d’or que dans sa propre maison ». [1]

Si le monde du Légendaire est d’une richesse foisonnante du fait que ceux qui le peuplent appartiennent à tous les degrés de l’échelle des êtres et qu’ils habitent un monde complexe dont l’histoire plonge aux Âges les plus anciens et dont la géographie fait les délices de ceux chez qui le dessin d’une carte savamment construite met en éveil l’imagination, ce monde n’a pour autant rien d’extravagant, il paraît très vite au lecteur aussi vrai que le monde « réel » dans lequel nous évoluons, notamment grâce aux Hobbits ou Semi-Hommes, qui jouent en quelque sorte un rôle de médiateurs entre le monde ordinaire du lecteur et l’univers du Légendaire. Un double mouvement d’attirance envers les Elfes et de doute sur leur existence caractérise ainsi des hobbits tels que Bilbo ou Sam Gamegie, et le lecteur, s’identifiant d’abord à leur scepticisme les accompagne bientôt dans leur découverte du vaste monde qui se déploie au-delà des frontières de la Comté.

Le Beau, le Bien, le Vrai : la célèbre formule platonicienne éclaire sans doute l’univers du Légendaire, et il convient de se souvenir que Tolkien, formé dans sa jeunesse à l’Oratoire de Birmingham et marqué par la pensée du Cardinal Newman, est imprégné d’un christianisme augustinien et platonicien. Mais dans ce monde de beauté et de splendeur ont été semés, dès l’origine, des germes de laideur et de mal. Le mythe de la Création qui ouvre le Silmarillion porte le nom d’Ainulindalë, le grand Chant des Ainur - des esprits créés par l’Unique, Eru, que l’on peut concevoir en référence aux hiérarchies angéliques dont traite l’Aréopagite ; lors de ce Chant, entrepris à la demande d’Eru et sur des thèmes qu’il propose aux Ainur, s’insinue la dissonance, la discordance introduite par Melkor, un esprit orgueilleux, avide de s’emparer du Feu créateur donateur de vie qui n’appartient qu’à Eru. C’est de cette discordance initiale que proviennent ensuite, dans Arda (qui correspond à peu près à notre système solaire) les germes du mal, qui se manifestent ensuite chez Melkor devenu Morgoth au plan physique – l’extrême chaleur volcanique ou l’extrême froideur des montagnes de glace – mais aussi dans sa haine envers les Enfants d’Ilúvatar, les Elfes et les Humains, et dans son désir d’anéantir la Création d’Eru et de se perdre lui-même dans le néant.

C’est en artiste que Tolkien « invente » son Légendaire, qu’il découvre et explore lui-même comme le plus curieux des ethnologues. Un artiste inspiré par la nature et surtout par l’amour exceptionnel qu’il a porté, dès son enfance, aux arbres. A côté de son Légendaire, Tolkien est l’auteur d’une œuvre picturale digne d’intérêt et qui a fait l’objet d’une étude fouillée par Wayne Hammond et Christina Scull. [2] Tolkien partageait le goût des pré-préraphaélites pour les arts « mineurs », décoratifs, et il admirait la façon qu’avait le célèbre illustrateur Arthur Rackham de peindre des arbres tourmentés. Le Vieil Homme Saule (n° 147) du Seigneur des Anneaux témoigne de cette influence d’Arthur Rackham sur Tolkien. Le paysage de la forêt de Fangorn, dans le Silmarillion, intitulé Taur-na-Fuin sert également à illustrer la sombre forêt de Mirkwood dans le Hobbit. Mais la comparaison de cette œuvre avec une photographie d’un parc national américain en hiver révèle aussi une parenté remarquable avec la nature elle-même. Hammond et Scull précisent que sa mère, Mabel Tolkien, « était elle-même une artiste de talent, issue d’une famille de graveurs et d’estampeurs et qui écrivit un traité d’ornementation où Tolkien puisa certainement son intérêt pour l’écriture décorative » [3]. Son goût de la calligraphie l’amène à inventer des alphabets pour écrire les langues des Elfes ou des Nains et, dans ses dernières années particulièrement, il produira toute une série de dessins de plantes stylisées, comme l’on en trouve dans un alphabet fantaisiste qui se présente tel un jardin de lettres décorées (n° 197). Tolkien est également l’inventeur d’une héraldique originale et très décorative dont il expose les règles. C’est encore une veine décorative que l’on retrouve dans l’illustration par Tolkien des « Jardins du palais du Roi-des-Flots » dans son récit Roverandom, qui ne se rattache pas à son Légendaire, mais qui n’en présente pas moins un certain nombre de thèmes et de motifs présents dans son œuvre majeure. Parmi les récits extérieurs au Légendaire, Feuille, de Niggle présente des aspects autobiographiques et une réflexion de l’artiste sur son art et sa manière. Le personnage est un peintre qui, submergé par son amour du détail, ne parvient pas à achever son œuvre, un Arbre magnifique ; mais, il se retrouve après sa mort dans un splendide Jardin où son œuvre a été complétée et embellie : remarquable intrusion du créateur dans sa création, qui renvoie à la méditation subtile de Tolkien sur le mystère de l’Incarnation, exposé notamment dans un émouvant dialogue entre un prince elfe et une femme mortelle (Athrabeth Finrod ah Andred) [4].

Mais s’il est artiste, Tolkien est aussi philologue et médiéviste, ayant effectué toute sa carrière à Oxford, après un bref passage à l’Université de Leeds. C’est à l’époque où il était encore étudiant à Oxford, avant la Première Guerre mondiale, que Tolkien signe ses premiers écrits philologiques, dont les titres austères - « Les problèmes de la dissémination des changements phonétiques », « L’allongement des voyelles à l’époque du vieil et du moyen anglais », ou « L’élément anglo-normand dans la langue anglaise » — rappellent curieusement les travaux de jeunesse du plus célèbre des romanistes français, Gaston Paris, dont la thèse à l’École des Chartes, en 1862, portait sur le rôle de l’accent latin dans la langue française. Après la guerre, Tolkien revient à Oxford en 1919 et il entre dans l’équipe rédactionnelle de l’Oxford English Dictionary ; dans cette entreprise commencée en 1878 par James Murray, Tolkien fit la démonstration de ses qualités exceptionnelles dans le domaine de la philologie. Deux œuvres majeures de la littérature médiévale retiendront surtout l’attention de Tolkien : Sir Gawain and the Green Knight, dont il fournira en 1925, en collaboration avec son ancien élève E.V. Gordon, une édition critique, suivie par une traduction de Tolkien en anglais moderne. Et surtout Beowulf , auquel il consacra, le 25 novembre 1936, une conférence fameuse devant l’Académie britannique, qui constitue un tournant dans l’histoire critique de ce poème anglo-saxon. Tolkien s’élève là contre les commentateurs qui déniaient l’unité de cette œuvre au profit d’un mélange confus de traditions littéraires, et il proclame que ce texte n’est pas voué aux seuls érudits. On trouve là une démarche parallèle, nous semble-t-il, à celle d’un Joseph Bédier qui, dans ses travaux sur la Chanson de Roland, revendique hautement pour elle le statut d’une œuvre conçue par un créateur de génie et guerroie contre les théories qui démantèlent l’unité de l’œuvre en l’attribuant à une foule d’interpolateurs-remanieurs. Les récents travaux de Michael Drout témoignent de l’ampleur du travail fourni par Tolkien sur Beowulf : un fort volume de cinq cent pages contient les textes que Tolkien a consacrés entre 1933 et 1935 à cette œuvre [5] ; et c’est encore deux mille pages manuscrites, présentant des traductions en prose et en vers par Tolkien ainsi qu’un commentaire linéaire de l’œuvre, qui paraîtront bientôt en deux volumes. [6] Durant les années 1936-1939, Tolkien assumera la responsabilité de co-éditeur des Oxford English Monography Series, collection consacrée à la publication des textes nordiques et anglo-saxons. Le biographe de Tolkien, Humphrey Carpenter, a mis en relief le sérieux professionnel de Tolkien qui, des années durant, fit au moins le double de cours qu’il aurait dû faire et dont une bonne part du temps était prise par des tâches administratives ; le biographe souligne également la minutie et le flair du philologue, qu’il n’hésite pas à qualifier de « Sherlock Holmes » de la linguistique :

Son souci d’exactitude était immense et allait de pair avec un flair pour détecter les structures et les rapports cachés. Un Sherlock Holmes de la linguistique qui, se trouvant devant une série de faits apparemment sans rapport, en déduisait la vérité sur une question plus vaste. [7]

Là encore, curieusement, on décèle une surprenante parenté avec les qualités intellectuelles qui étaient celles de Gaston Paris. On peut signaler aussi la collaboration de Tolkien avec une médiéviste belge, Simone d’Ardenne, qui avait étudié le moyen anglais avec lui au début des années trente, collaboration qui aboutit à une édition de la Vie et la Passion de Saint Juliene, texte religieux du Moyen Age anglais. Humphrey Carpenter estime que cette œuvre « reflète une plus grande part des vues de Tolkien sur le haut Moyen Age anglais qu’aucun article qu’il ait publié sous son nom ». [8]

Mais il importe surtout de ne pas dissocier, chez Tolkien, l’activité du philologue et celle de l’écrivain : ce sont là pour lui deux façons d’aborder la vie des mots. La création du Légendaire est née d’abord d’une activité de langage ; Tolkien, qui aimait les mots pour leur forme et pour leur sonorité, s’est plu à inventer non seulement des langues mais aussi des écritures pour les transcrire, et c’est afin de permettre à ces langues d’être mises en œuvre qu’il a conçu des personnages et des récits qui leur donnent corps et animation. En un certain sens, Tolkien - par sa connaissance étendue de nombreuses langues indo-européennes auxquelles il faut ajouter le finnois - résume le parcours qui fut celui des études indo-européennes depuis le XVIIIe siècle, partant du développement de la grammaire comparée avec Franz Bopp pour aboutir au XXe siècle dans l’œuvre immense de Georges Dumézil : entreprises d’abord sur le seul terrain de la linguistique, ces études allaient déboucher sur la prise en compte des mythes et légendes qui s’enracinent dans le vieux fond indo-européen. Mais peut-être faut-il encore creuser plus profondément pour trouver ce qui repose au fond de l’activité philologique de Tolkien : une quête du Logos, comme le laisse entendre dans leur Avant-propos les auteurs de l’ouvrage Tolkien, Faërie et Christianisme :

La philologie pour Tolkien était une quête du logos, du sens des choses, de la vie, de l’histoire, un chemin que le philologue doit se frayer à travers la forêt des mots pour remonter vers le Logos, et ouvrir, ou rouvrir aux hommes cette voie vers l’Origine, vers le Verbe. Du point de vue de Tolkien, la vocation du philologue n’est pas essentiellement différente de celle du philosophe. L’homme, parce qu’il est composé d’une âme et d’un corps, ne peut pas se satisfaire d’ « idées claires » seulement, ni d’images uniquement, mais de ce mystérieux mélange des deux : le langage, à la fois source de toute intellection et de toute imagination. [9]

C’est aussi comme une sorte de langage que l’on peut concevoir l’art des jardins, exprimant la pensée humaine sur l’univers dans le cadre tout à la fois ordonné et foisonnant d’une nature qui, dans le Légendaire de Tolkien, est enrichie de nombreux vocables tirés des langues elfiques ou autres inventées par l’auteur. Cependant, le jardin, s’il est bien présent dans le Légendaire, est peu décrit en lui-même, dans son ordonnance ; ce qui compte avant tout, ce sont les éléments qui le composent, la flore et les arbres. L’unité profonde du Légendaire peut être appréhendé comme résultant d’un constant jeu d’échos qui s’écoule d’âge en âge, au cours d’un long processus d’involution où beaucoup de belles choses héritées du passé sont condamnées à périr et à disparaître à jamais, comme Elrond en fait tristement la remarque au nain Gloïn. Dans cette chaîne dorée des réminiscences, le point de départ est Valinor, le Royaume Béni, séjour des Valar qui ont préparé avec amour la future demeure des Enfants d’Ilúvatar, les Elfes et les Humains. Les deux arbres sacrés de Valinor, qui répandent leur lumière dorée et argentée, connaîtront leur pendant dans la cité elfique secrète de Gondolin, au creux de la vallée de Tumladen entourée de hautes montagnes enneigées : dans la version ancienne du Légendaire qui est celle du Livre des Contes Perdus, les deux arbres situés de chaque côté des portes du palais de Turgon sont issus des Arbres glorieux de Valinor, et ils portent les noms de Glingol et Bansil [10] ; mais dans le Silmarillion, publié en 1977, on ne trouve à Gondolin que des images des arbres d’autrefois, des représentations faites de métaux précieux. [11] Au cours du Deuxième Âge, après la destruction du Beleriand et l’installation des Hommes alliés des Elfes dans l’île de Númenor, on retrouve un Arbre Blanc issu de Telperion, l’Arbre argenté de Valinor :

Parfois, les Premiers-Nés venaient jusqu’à Númenor. Ils apportaient maintes offrandes à Númenor : un jour, ils leur firent don d’une pousse de Celeborn, l’Arbre Blanc qui poussait au centre d’Eressëa, lui-même un rejet de Galathilion, l’arbre de Tuna, l’image de Telperion que Yavannah avait donné aux Eldar à Valinor. L’arbre grandit dans les jardins du Roi, à Armenelos, il fleurit et on le nomma Nimloth. [12]

Un rejeton de cet Arbre Blanc ornera les cours du Roi de Gondor en Terre du Milieu. Le motif de l’Arbre Blanc, dans ses successives résurgences chez les Elfes de Tol Eressëa ou de Gondolin, comme chez les Humains de Númenor ou de Gondor, accompagne les tribulations de ces royaumes : dans les temps de décadence et d’oubli des sages enseignements transmis par les Valar, l’Arbre dépérit ou est même arraché ; dans les phases de restauration de l’ordre traditionnel, l’Arbre refleurit ou une pousse nouvelle est plantée, qui témoigne de l’émergence d’un nouvel Âge d’Or – qui sera lui-même bientôt soumis à une nouvelle phase d’involution cyclique.

Le nom donné par Tolkien aux Arbres de Valinor est, dans le quenya, une des langues des Elfes, Telperion et Laurelin ; mais Tolkien a inventé également une langue propre aux Valar, bien que ceux-ci communiquent le plus souvent par télépathie, sans avoir le besoin de recourir au langage articulé. Édouard Kloczko, dans son Dictionnaire, expose que la principale caractéristique du valarin est d’être immuable, comme il convient pour une langue divine ; par ailleurs, les mots valarins sont « longs et prononcés rapidement, pareils au bruissement des feuilles dans un grand vent ». [13] Voici l’explication que donne ce spécialiste des langues inventées par Tolkien à propos des Arbres de Valinor :

Les noms propres valarins sont longs. Ibrîniðilpathânezel est le nom de l’arbre de lumière argentée, communément appelé Telperion en quenya noldorin. Tulukhedelgorûs, le nom de l’arbre de lumière dorée de Valinor, Laurelin en quenya, semble pouvoir être décomposable en tulukhe-delgo-rûs « jaune-grappe-feu », ou plus clairement « grappe(s) jaune(s) de/en feu ». L’arbre Laurelin portait une floraison dorée en grappe qui ressemblait à celui du cytise aubour dit aussi faux ébénier. Selon Pline, cet arbre, l’alburnum (laburnum, « bois blanc ») était originaire de l’île de Kythnos, l’une des Cyclades. [14]

Tolkien a inventé toute une flore que l’on rencontre en des lieux privilégiés de la Terre du Milieu. Citons tout d’abord l’elanor jaune et le pâle niphredil que la Compagnie de l’Anneau découvre dès son entrée sur le territoire de la Lórien. En souvenir de la Lórien et de Dame Galadriel, la fille aînée de Sam Gamegie portera le nom d’Elanorelle. L’elanor est une petite fleur jaune en forme d’étoile, comme l’indique le suffixe El- qui marque l’affinité entre les Elfes – appelés Eldar – et les étoiles ; en effet, l’éveil des Elfes a eu lieu, sur les bords du lac Cuiviénen, avant que n’apparaissent dans le ciel la Lune et le Soleil, tandis que l’éveil des Humains accompagne le premier lever du Soleil. D’autres fleurs sont associées avec le souvenir des morts et se rencontrent à l’ombre de tertres funéraires ; c’est le cas des symbelmynë, qui signifient dans la langue des Rohirrim, les Cavaliers de Rohan, « souvenir éternel » et qui fleurissent en toutes saisons ; dans les Contes et Légendes Inachevés, la même plante porte le nom elfique d’alfirin et il est dit qu’elle pousse sur les tertres des Rois de Rohan, sous Edoras. [15] Aux abords de Gondolin, dans l’ancien temps, cette même plante, découverte par Tuor, portait le nom de uilos, qui signifie aussi « éternelle pensée ». On perçoit ici un des aspects de la création de Tolkien, qui consiste à relier des temps et des espaces lointains par la permanence de certains objets, tout en soulignant l’éloignement spatial et temporel par les changements de noms attribués à ces objets. Comme l’a bien montré Francis Dubost dans son étude du fantastique dans la littérature médiévale, c’est par une double référence à l’Ailleurs et à l’Autrefois que se crée un sentiment d’étrangeté. [16] Le sommet pierreux et abrupt de la colline d’Amon Rûdh, qui sera un temps le repaire du Túrin Turambar, est recouvert de seregon, dont les fleurs rouges tirent sur le pourpre, et dont le nom signifie « sang-de-la-pierre [17] ; cette double association avec le sang et la pierre est ici en résonance avec le destin tragique de Túrin, qui n’est pas sans rappeler celui de Kullervo dans le Kalevala finnois. Sur le tumulus de Glorfindel, qui a péri en combattant un Balrog afin de sauver les rescapés de Gondolin, ce sont des fleurs jaunes qui fleurissent et qui doivent maintenir le souvenir de cet acte héroïque « jusqu’à la transformation du monde » [18].

Une belle page est tout entière consacrée, dans les Contes et Légendes inachevés, à la description de la flore de Númenor. L’île de Númenor, dont le plan a été dessiné par Tolkien, présente cette particularité d’avoir la forme d’une étoile à cinq branches, ce qui la rattache au Nombre Cinq et aux harmonies vénusiennes, comme en témoigne une étude sur ce sujet présentée par le peintre et ésotériste portugais Lima de Freitas dans un livre consacré à l’énigme du fameux Veltro ou 515 de Dante. [19] Dans la région Nord-Ouest de l’île de Númenor s’étend la Baie spacieuse d’Eldanna, qui regarde vers l’ouest du côté de Tol Eressëa où habitent les Elfes, à mi-chemin entre Númenor et Valinor ; et au cœur de cette baie est sis le plus beau port de Númenor, Eldalondë la Verte. C’est dans cette région que fleurissent les plantes apportées par les Elfes aux Humains de Númenor :

Et dans les parages de ce lieu, sur les versants marins et loin à l’intérieur des terres, poussaient les arbres odorants aux vertes feuilles persistantes, que les Eldar avaient apportées de l’Ouest ; et ils avaient tant prospéré que c’en était beau, disaient les Eldar, presque comme un port d’Eressëa. C’était le plus grand charmes de Númenor, et le souvenir devait s’en perpétuer dans les chants bien longtemps après qu’ils eurent péri à jamais, car rares furent ceux qui fleurirent à l’est du Pays du Don : l’oiolairë et le lairelossë, le nessamelda, le cardarionna, le taniquelassë, et le yavannamirë, avec ses fruits sphériques de couleur écarlate. Et de douces senteurs émanaient de la fleur, de la feuille et de l’écorce de ces arbres, et leurs arômes confondus embaumaient tout le pays ; d’où son nom : Nisimaldar, Les Arbres Aromatiques. [20]

Il n’y a pour ainsi dire, dans ce passage, pas de description, mais simplement quelques notations qui ouvrent l’imagination du lecteur à une « rêverie heureuse », comme aurait pu le dire Bachelard. C’est par l’odorat, sens plus subtil que la vue ou l’ouïe, que sont perçus les arbres de Nisimaldar ; par l’odorat et par le nom, qui rappelle leur provenance elfique et, pour certains, portent la marque de Valinor (le taniquelassë évoquant la montagne sainte du Taniquetil au sommet de laquelle trône Manwë, le plus grand des Valar, tandis que le yavannamirë désigne Yavannahh, dont le chant sacré est à l’origine des deux Arbres de Valinor. Les feuilles vertes persistantes des arbres de Nisimaldar témoignent à leur tour de leur provenance sacrée, de leur lien avec le Royaume Béni de Valinor qui échappe à l’usure du temps et à la corruption. Enfin, l’existence de ces arbres odoriférants est rendue comme évanescente par le rappel de leur disparition (au moment de la Submersion de Númenor qui reprend le mythe de l’Atlantide) : c’est finalement dans les chants et dans les légendes qu’ils subsistent en Terre du Milieu. Le chant apparaît ici, comme c’est souvent le cas ailleurs dans l’œuvre de Tolkien, comme le porteur de la mémoire, instrument privilégié de la victoire sur la mort.

La description se poursuit avec l’évocation d’un arbre de Númenor que l’on retrouvera en Lothlórien : le malinornë qui, au pays de Galadriel, porte le nom de mallorn, qui signifie « arbre doré ».

Et seulement au Nisimaldar se plaisait le puissant arbre d’or malinornë, qui au bout de cinq siècles atteignait une hauteur à peine moindre que celle qu’il avaient en Eressëa même. Son écorce était lisse et argentée et ses rameaux se relevaient légèrement vers le ciel comme ceux du bouleau ; mais il n’avait jamais qu’un seul et unique tronc. Ses feuilles ressemblaient aussi à celles du bouleau, mais plus larges, et elles étaient vert pâle à l’avers et toutes d’argent à l’envers et chatoyantes au soleil ; et elles ne tombaient pas à l’automne, mais comme de l’or se ternissaient. Au printemps, l’arbre fleurissait d’or, et les fleurs s’épanouissaient en grappes, comme des cerises, et duraient tout l’été ; et dès qu’elles étaient écloses, les feuilles se détachaient, de sorte que le printemps et l’été durant, une futaie de malinorni avait voûte et tapis d’or, mais les piliers étaient d’argent mat. [21]

Nous avons ici un bel exemple d’une constante dans la vision de Tolkien : l’alliance de l’or et de l’argent, du Soleil et de la Lune, cette alchimie qui témoigne des deux essences dont se compose la lumière dans le monde créé, en Arda – première réfraction, dans le monde visible, de la Lumière incréée. C’est d’ailleurs à partir de ce thème des réfractions en chaîne de la lumière primordiale que l’un des meilleures critiques de l’œuvre de Tolkien, Verlyn Flieger, a élaboré sa lecture dans Splintered Light. [22] Cette description des arbres d’or de Nisimaldar reprend également le thème de l’involution cyclique, les arbres de Númenor étant légèrement moins hauts que ceux de Tol Eressëa, tandis que, transplantés en Lothlórien, « les malinorni ne devaient jamais atteindre là-bas la hauteur et la vigueur des grandes futaies du Númenor » [23].

Nous voudrions maintenant aborder trois aspects que prend le thème du jardin dans l’œuvre de Tolkien : le lien entre le jardin et le rêve, le jardin et la renaissance de la vie, enfin le jardin de guérison en relation avec le thème du Roi thaumaturge.

Le rêve comme moyen de voyage dans le temps est un thème cher aux Inklings, le club littéraire auquel appartenaient Tolkien et son ami C.S. Lewis. Verlyn Flieger a étudié, dans son ouvrage A Question of Time [24], l’influence sur Tolkien de J.W. Dunne, auteur, en 1927 de An Experiment with Time, dont les théories sur les rêves et les voyages dans le temps firent fureur dans les années trente. Deux récits de Tolkien, en particulier, se présentent comme des voyages dans le temps : dans The Lost Road, Alboin Errol et son fils Audoin, sont conduits au temps de la Submersion de Númenor qui se rattache au fameux « complexe atlantéen » de Tolkien manifesté par le rêve récurrent, chez lui et chez son fils Michael, d’une vague immense engloutissant un continent ; The Notion Club Papers, autre voyage dans le temps, met en scène des professeur d’Oxford au XXe siècle : en 1987, Lowdham et Trewin, l’un philologue et l’autre auteur de littérature fantastique (une projection de J.R.R. Tolkien et de C.S. Lewis ?) vont expérimenter les théories émises par Ramer, spécialiste de philologie finno-ougrienne sur le Rêve vrai : Lowdham se retrouve dans ses visions dans la peau d’Elendil et il reçoit dans des rêves auditifs la révélation de deux langues númenoréennes, l’avallonien et l’adunaïque.

Dès les débuts de sa mythologie, dans le Livre des Contes Perdus, Tolkien a imaginé de représenter le passage entre le monde ordinaire et le monde de la Faërie par un chemin qui est celui des rêves, auquel il donne le nom d’Olórë Mallë. C’est par ce Chemin des Rêves que les enfants arrivent dans la Chaumière du Jeu Perdu, où les anciens contes, les anciennes chansons et la musique elfique sont préservés ; là, ils jouent et dansent dans un jardin où chantent toutes sortes d’oiseaux. Tolkien décrit la demeure de la reine Meril-i-Turinqi au Pays des Ormes :

La maison de cette gente dame se trouvait en cette même cité, car au pied de la grande tour bâtie par Ingil était un large bosquet des plus anciens et des plus beaux ormes que possédait tout ce Pays des Ormes. Ils se dressaient jusqu’au ciel, en trois étages décroissants de feuillage brillant, et la lumière du soleil qui filtrait au travers était très fraîche - un vert doré. Au milieu de ces arbres était une grande pelouse verte, lisse comme une toile de tissu, et autour de celle-ci les arbres se dressaient en un cercle, de sorte que les ombres étaient lourdes sur les bords mais que le regard du soleil tombait toute la journée en son milieu. Là se dressait une maison superbe, et elle était toute bâtie de blanc et d’une blancheur qui brillait, mais sa toiture était tant recouverte de mousses et de joubarbes et de maintes plantes grimpantes curieuses que ce dont elle fut jadis façonnée ne pouvait se distinguer sous le labyrinthe glorieux de couleurs, d’or et de rouge-brun, d’écarlate et de vert. [25]

Ici, la description est plus construite que celle des Arbres de Nisimaldar, puisque nous passons du cercle ombreux des arbres à la pelouse centrale où la lumière du soleil vient relever la blancheur éclatante de la maison, mais ce qui prédomine, c’est l’éventail de couleurs vives de ce jardin luxuriant que la nature – et non la main de l’homme - a disposé sur la toiture de cette demeure.

On retrouve ce thème des enfants venant en rêve jouer dans des jardins délicieux dans une œuvre qui n’appartient pas au Légendaire, Roverandom ; on y suit les tribulations d’un petit chien perdu et qui a été transporté sur la Lune.

On pourrait encore évoquer les funellar ou fleurs de sommeil : ce sont des coquelicots qui se trouvent à Valinor, dans le palais de Lórien à Murmuran, où il possède de vastes jardins. Ici, la plante est associée aux sortilèges confectionnés par ce puissant Vala.

Si le jardin est ainsi souvent associé, chez Tolkien, au rêve comme moyen privilégié de voyage dans le temps et dans l’espace, il est aussi parfois mis en rapport avec le thème de la guérison, de la renaissance à la vie. Le site d’Orthanc, dans l’Isengard, a été transformé par le mage félon Saruman en une sorte d’annexe épouvantable du Mordor, le territoire du Seigneur Ténébreux. Après la défaite et la fuite honteuse de Saruman, les Ents redonnent vie à ce lieu transformé maintenant en un jardin plein de vergers et d’arbres ; mais il subsiste, comme témoin d’un passé douloureux, entourée d’un lac d’eau claire, la Tour d’Orthanc dont le rocher noir se reflète dans l’étang. [26] De même, la Comté, après avoir été débarrassée de Saruman – qui y régnait en y répandant la terreur sous le nom de Sharcoux – va-t-elle renaître à la vie grâce au don remis par Galadriel à Sam Gamegie, jardinier de son état :

Pour vous, petit jardinier et amateur d’arbres, dit-elle à Sam, je n’ai qu’un petit cadeau. Elle lui mit dans la main une petite boîte de simple bois gris, sans autre ornement qu’une seule rune d’argent sur le couvercle. - Cela représente un G pour Galadriel, dit-elle, mais ce peut aussi bien évoquer un jardin dans votre langue. Il y a dans cette boîte de la terre de mon verger, et elle est sous l’influence de la bénédiction que Galadriel est encore en état de conférer. Si vous la conservez et que vous revoyiez votre pays en fin de compte, peut-être y trouverez-vous votre récompense. [27]

C’est grâce à ce terreau de la Lothlórien que la Comté va retrouver, après le retour des compagnons qui ont participé à la Guerre de l’Anneau, un éclat nouveau et connaître un véritable âge d’Or.

Mais c’est sur l’évocation des jardins de guérison de Minas Tirith, la citadelle de Gondor, que nous terminerons notre parcours dans l’univers de Tolkien. C’est dans ce lieu paisible que sont conduits les rescapés des terribles combats livrés autour de la cité. Et lorsque Aragorn, après la victoire sur les Champs du Pelennor, entre pour la première fois à Minas Tirith, ce n’est pas encore en Roi triomphateur, mais sous l’allure sacrificielle de roi thaumaturge. Il se fait connaître à son peuple en réponse à l’humble appel d’une vieille femme qui se souvient des chansons de l’ancien temps :

Une vieille femme, Ioreth, pleura et dit : — Pût-il y avoir à Gondor des rois, comme il en fut autrefois, à ce qu’on dit. Car il est dit selon l’ancienne tradition : Les mains du roi sont celles d’un guérisseur. Et ainsi pouvait-on toujours connaître le roi légitime. Et Gandalf, qui était auprès d’elle, dit : — Il se peut qu’un roi soit en fait revenu à Gondor. [28]

C’est grâce aux vertus d’une plante appelée athelas ou feuille de roi, qu’Aragorn va soigner les blessés. Un bref échange de propos entre Aragorn et le maître des herbes - pédant qui pontifie sur les noms de l’athelas mais ignore ses vertus qu’il attribue aux contes de bonnes femmes — sert de contrepoint, de détente dans un moment pathétique, mais il montre aussi la force du lien traditionnel entre le roi et son peuple, avec les humbles et les simples, tandis que les « savants » ont perdu les richesses transmises par les chansons des temps anciens. Ce thème du roi thaumaturge évoque naturellement le pouvoir de guérison des écrouelles qui était la prérogative des rois de France. Dans la monarchie capétienne, ce pouvoir est la conséquence de l’onction du sacre qui fait du Roi l’Oint du Seigneur (indépendamment de ses qualités personnelles). Jean Hani précise que « les guérisons opérées par le roi de France n’étaient pas ce qu’on appelle des « miracles » comme en font les saints personnages, mais une activité courante et régulière, car le roi ne guérissait pas seulement le lendemain du sacre, mais d’une façon habituelle pendant tout son règne » [29]. Chez Aragorn, ce don thaumaturgique ne provient pas d’une onction, mais lui est donné simplement par sa filiation qui remonte aux rois de Númenor ; et l’exercice de ses dons de guérison n’implique aucun rituel particulier, à la différence du roi de France qui portait une dalmatique sous le manteau royal, demeurait nu-tête, traçait d’abord le signe de croix sur le visage du malade et touchait enfin les plaies en disant : « Dieu te guérisse, le roi te touche ». Tolkien qui écarte soigneusement dans son œuvre toute référence chrétienne explicite ne pouvait que réduire ce rituel à sa plus simple expression — ce qui, en un certain sens, donne une force singulière à la reconnaissance de la présence au milieu de son peuple du Roi légitime.On constatera, en conclusion, que chez Tolkien le jardin fait rarement l’objet d’une description détaillée : à la différence de la forêt, qui est, avec la montagne, un des lieux privilégiés du paysage dans l’œuvre de Tolkien, le jardin demeure relativement dans l’ombre ; certes, il est présent dans tous les hauts lieux du Légendaire – dans le Royaume Béni d’Aman, à Númenor et en Terre du Milieu – mais ce qui importe, semble-t-il, c’est sa fonction plus que sa nature, qu’il soit en relation avec le rêve ou avec la guérison, la renaissance à la vie. Et le plus souvent, on voit l’imagination de Tolkien se mettre à l’œuvre à partir de la création de noms d’arbres ou de plantes dans les diverses langues de son invention : pour l’enchantement du lecteur, le philologue et le romancier ne font qu’un.

Charles Ridoux
Amfroipret, le 24 janvier 2004

Notes

[1] TOLKIEN J.R.R., Le Seigneur des Anneaux, Traduit de l’anglais par F. LEDOUX, Christian Bourgois, 1995, p. 475.

[2] HAMMOND Wayne G. et SCULL Christina, J.R.R. Tolkien Artiste et Illustratreur, Christian Bourgois, 1996. - Traduit de l’anglais par Jacques Georgel.

[3] Ibid., p. 12.

[4] Home, t. X, pp. 303-370. [Nous renvoyons sous l’abréviation de Home à The History of the Middle-earth, publiée en douze volumes par Christopher Tolkien de 1983 à 1996 (non encore traduits de l’anglais, sauf les volumes I et II, Le Livre des Contes perdus, traduits en français par Adam Tolkien, le petit-fils de l’auteur).

[5] TOLKIEN J.R.R., Beowulf and the Critics, edited by Michael Drout, Tempe (Arizona), Arizona Center or Medieval and Renaissance Studies, Medieval and Renaissance Texts and Studies, vol. 248, 2002.

[6] Tolkien, les racines du légendaire, Cahier d’études tolkieniennes réunies sous la direction de Michaël Devaux, Ad Solem, 2003, p. 365.

[7] CARPENTER Humphrey, J.R.R. Tolkien, une biographie, Christian Bourgois1980, p. 125.

[8] Ibid., p. 129.

[9] CALDECOTT Stratford, RANCE Didier, SOLARI Grégory, Tolkien, Faërie et Christianisme, Genève, Ad Solem, 2002, p. 13.

[10] TOLKIEN J.R.R., Le Livre des Contes Perdus, Chriatian Bourgois, 1995-1998, 2 vol. - Traduit de l’anglais par Adam Tolkien, t. 2, p. 214.

[11] TOLKIEN J.R.R., Le Silmarillion, Christian Bourgois, 1978, p. 125.

[12] Ibid., p. 261.

[13] KLOCZKO Édouard, Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques, Argenteuil, Éditions Arda, 2002, p. 18.

[14] Ibid., p. 20.

[15] TOLKIEN J.R.R., Contes et Légendes inachevés, Christian Bourgois, 1982, 3 vol. (Traduit par Tina Jolas), t. 3, p. 74, n. 38.

[16] DUBOST Francis, Aspects fantastiques de la littérature médiévale (XII°-XIII° s.), 2 vol., Paris, Champion, 1991.

[17] Contes et Légendes inachevés, t. 1, p. 153 et p. 224, n. 14.

[18] Silmarillion, p. 244.

[19] FREITAS Lima (de), 515. Le lieu du miroir. Art et numérologie, Albin Michel, 1993 (Bibliothèque de l’Hermétisme). [Cf. notamment le chapitre intitulé « Approches de la symbologie du 5 »].

[20] Contes et Légendes inachevés, t. 2, p. 10.

[21] Ibid., p. 11.

[22] FLIEGER Verlyn, Splintered Light. Logos and Language in Tolkien’s world, The Kent State University Press, 2002 [1ère éd., 1983].Un nouvel ouvrage de cet auteur, Interrupted Music : Tolkien and the Making of a Mythology, devrait paraître au printemps 2005.

[23] Contes et Légendes inachevés, t. 2, p. 11.

[24] FLIEGER Verlyn, A Question of Time. J. R. R. Tolkien’s Road to Faërie, Kent, Ohio & London, England, The Kent State University Press, 1997.

[25] Livre des Contes Perdus, t. 1, p. 131.

[26] Seigneur des Anneaux, p. 1043.

[27] Ibid., p. 410.

[28] Ibid., pp. 920-921.

[29] HANI Jean, La Royauté sacrée, Trédaniel, 1984, p. 214.