Les illustrateurs de Tolkien et le monde visionnaire de Čiurlionis

Communication pour un colloque Čiurlionis prévu à Moscou, puis à Saint-Pétersbourg (Décembre 2005 )

Lundi 16 novembre 2009, par Charles RIDOUX // 3. Tolkien - Čiurlionis

Les illustrateurs de Tolkien
et le monde visionnaire de Čiurlionis

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Tolkien et Čiurlionis : la réunion de ces deux noms peut surprendre au premier abord. En effet, quoi de commun entre un peintre et compositeur lituanien, dont l’œuvre précède la Première Guerre mondiale, et un écrivain anglais qui a vécu entre 1892 et 1973 et dont l’œuvre a connu un succès mondial après la Seconde Guerre mondiale, en particulier à partir du milieu des années soixante ?

Ce lien s’est peu à peu imposé à nous durant la rédaction d’un livre de synthèse sur Tolkien, qui est paru en septembre 2004 sous le titre Tolkien, le Chant du monde [1]. Il se trouve que la découverte de ces deux œuvres nous a été offerte durant les années soixante-dix, avec la révélation émerveillée aussi bien des tableaux de Čiurlionis exposés au Musée de Kaunas que du Légendaire de Tolkien enfin accessible – en partie seulement – en français dès cette époque. Dans notre parcours personnel, ces deux découvertes ont été le fruit de l’amitié, et nous gardons toujours à l’esprit le beau visage énigmatique que lui a donné Čiurlionis ainsi que le sens de la fraternité qui unit les Compagnons de l’Anneau.

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Une évidence s’est imposée au fil de nos recherches, à savoir qu’une profonde parenté spirituelle unit les deux univers visionnaires qui s’expriment dans les œuvres de Čiurlionis et de Tolkien. Toute question d’influence d’un de ces créateurs sur l’autre est à écarter radicalement, de sorte que cette parenté est du ressort à la fois d’un « air du temps » propre à la période qui s’ouvre au tournant des XIXe et XXe siècles, et d’un phénomène de « familles spirituelles » qui s’observe plus généralement chez des esprits pouvant appartenir à des époques différentes et même à des cultures distinctes. Cette parenté spirituelle relève donc en partie de l’histoire et en partie du trans-historique. Il se trouve en outre qu’elle se manifeste sous deux aspects complémentaires ; en effet, Tolkien aussi bien que Čiurlionis sont des artistes qui ont œuvré chacun en même temps dans deux domaines différents de l’activité artistique. On sait que Čiurlionis était à la fois un peintre et un compositeur, même si l’originalité de son génie se révèle davantage dans son œuvre picturale que dans ses compositions musicales. A quoi il faut ajouter que l’aspiration bien vivante en son temps à une « synthèse des arts » s’est manifestée chez lui de la façon la plus remarquable par l’insertion d’un principe de composition musicale au sein même de sa création picturale. Le cas de Tolkien n’est pas moins intéressant, et cela à deux égards. Tout d’abord, Tolkien est avant tout un « philologue », mais au sens plein du terme, c’est-à-dire que son amour pour les mots – pour le logos – est tel qu’il l’a conduit aussi bien à étudier de nombreuses langues, telles que le gallois, le finnois ou le russe, en plus de l’anglo-saxon qui était sa spécialité dans son enseignement à Oxford, qu’à inventer plusieurs langues pour son Légendaire. Chez Tolkien, l’aspect le plus remarquable de sa création visionnaire est le fait qu’elle trouve son point de départ, son tremplin, dans la création de langues particulièrement harmonieuses (ou discordantes lorsqu’elles se réfèrent à des créatures ténébreuses). Mais, en second lieu, il convient de préciser que Tolkien ne fut pas seulement un écrivain et un poète mais aussi un artiste, un dessinateur de grand talent, attiré particulièrement par les arts dits « mineurs » et par les arts décoratifs. Il a lui-même illustré en partie ses œuvres littéraires - en particulier le Hobbit et le Seigneur des Anneaux ainsi que des récits de sa mythologie insérés dans le Silmarillion (publié après sa mort par son fils Christopher Tolkien).

Dans les deux colloques qui se sont tenus en septembre dernier à Vilnius et à Kaunas, nous avons présenté certains aspects de cette parenté thématique entre Tolkien et Čiurlionis. A Vilnius, nous avons mis l’accent sur les liens existant entre l’univers pictural de Čiurlionis et le Légendaire de Tolkien. Par ce terme de « Légendaire » nous entendons, à la suite de l’auteur lui-même, l’ensemble des récits et des textes qui concernent la mythologie créée par Tolkien tout au long de son existence, depuis les premiers poèmes datant de l’époque de la Première Guerre mondiale, jusqu’aux ultimes réélaborations et modifications de cette mythologie postérieures à la publication du Seigneur des Anneaux en 1954. Ainsi font partie du Légendaire non seulement le Hobbit (publié en 1937) et le Seigneur des Anneaux mais également le Silmarillion édité en 1977 par Christopher Tolkien, ainsi que les douze volumes de The History of the Middle-earth publiés et commentés eux aussi par le fils de Tolkien entre 1983 et 1997. A Kaunas, notre intervention était consacrée à un autre aspect de la parenté spirituelle entre Tolkien et Čiurlionis, puisque là nous avons traité des liens en relation avec l’œuvre de Tolkien en tant que dessinateur et illustrateur. Là encore, nous avons pu constater combien est profonde la parenté spirituelle entre les deux univers visionnaires de Tolkien et de Čiurlionis.

Aujourd’hui, à Moscou – où nous avons eu le privilège d’étudier durant plusieurs mois, en 1971, les travaux de la critique russe consacrés à Dostoïevski, et en particulier les textes de Mikhaïl Bakhtine et ceux des sémioticiens de Tartu – nous allons aborder un nouvel aspect de l’exploration des liens entre l’imaginaire de Tolkien et celui de Čiurlionis. La beauté engendre la beauté : cela est particulièrement vrai lorsque l’on songe au jaillissement de beauté qui s’est exprimé parmi les nombreux illustrateurs des œuvres de Tolkien. Et notre interrogation portera précisément sur ce point : la parenté spirituelle, constatée entre les univers visionnaires de Tolkien et de Čiurlionis, se manifeste-t-elle également chez les plus doués des illustrateurs de Tolkien ? Il convient sur ce point de distinguer d’abord entre plusieurs générations d’illustrateurs, forcément marqués par des tendances esthétiques propres à des périodes distinctes.

Greg et Tim Hildebrandt – Tom Bombadil (Calendrier 1976)

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Greg et Tim Hildebrandt – Rivendell (Calendrier 1977)

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Ainsi, on constate chez les premiers illustrateurs, ceux des années soixante-dix, une tendance à contenir Tolkien dans un univers « enfantin » qui était celui du Hobbit et, en partie, du début du Seigneur des Anneaux. Nous ne nous étendrons pas sur ces illustrateurs, dont les frères Greg et Tim Hildebrandt, dans les calendriers des années 1976, 1977 et 1978, peuvent être pris comme des représentants emblématiques de cette tendance à une sorte d’infantilisation de l’univers visionnaire de Tolkien. Certes, ces dessinateurs n’étaient pas dépourvus de talent, mais leur Tom Bombadil hilare et la maisonnette dans un style de « Disneyland » hollywoodien qui prétend représenter la demeure elfique de Rivendell manquent vraiment de charme et de profondeur.

Ralph Bakhsi – Le Départ de Hobbiton – Calendrier 1979

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Certes, on peut se féliciter du fait que les frères Hildebrandt n’aient pas atteint au niveau de grotesque dans la représentation des Hobbits qui enlaidit le long métrage sous forme de dessin animé présenté par Ralph Bakshi en 1979.

En vif contraste avec cette tendance à restreindre le monde de Tolkien à un univers de contes pour enfants – qui est certes un aspect de son œuvre, mais non l’aspect dominant – les principaux illustrateurs des années 1990 et du début de la première décennie du XXIe siècle se caractérisent par un sens marqué de la dimension épique et tragique du Légendaire. Parmi les grands maîtres actuels, nous retiendrons les trois noms d’Alan Lee, de John Howe et de Ted Nasmith.

Alan Lee – Le Seigneur des Anneaux – Cerin Amroth

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Alan Lee – Le Seigneur des Anneaux – Le surgeon de Nimloth

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Dans ses illustrations du Seigneur des Anneaux, Alan Lee s’inscrit dans une esthétique proche de celle des des pré-préraphaélites, fort appréciés de Tolkien et non sans rapport avec la peinture de Čiurlionis par une certaine prédilection envers des tons relativement pâles et subtils, par un savant jeu de la luminosité, ainsi que par le sens de l’ornementation qui s’exprime, par exemple, dans les cadres de certaines illustrations.

John Howe – Ungoliant et Melkor (détail) – Calendrier 1997

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John Howe a un style plus musclé et plus proche de l’expressionnisme, avec des formes aiguës et tranchantes et des couleurs violentes, parfaitement adaptées pour illustrer la dimension épique et tragique inscrite dans l’univers de Tolkien et pour représenter les êtres monstrueux qui peuplent la Terre du Milieu.

John Howe – Galadriel – Calendrier 1991

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John Howe – Minas Tirith – Calendrier 1991

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Toutefois, lorsqu’il en vient à traiter de sujets évocateurs de la splendeur du monde, comme Dame Galadriel ou la Cité de Minas Tirith, John Howe trouve une tonalité douce et lumineuse, d’une grande élégance que ce soit pour célébrer la beauté féminine ou pour chanter la gloire du Gondor.

John Howe – Les Argonath – Calendrier 2001

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John Howe – Les Havres Gris – Calendrier 2001

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Dans le Calendrier de 2001, ce sont des illustrations bleutées qui prédominent, d’une sublime beauté, évocatrices d’une atmosphère de grandeur et d’éloignement dans des temps immémoriaux, comme les statues grandioses des Argonath, les antiques statues des Rois Isildur et Anarion, aux Portes du Gondor sur le grand fleuve Anduin qui s’écoule au cœur de la Terre du Milieu ou comme les Havres Gris, le port d’où les Elfes quittent la Terre du Milieu pour rejoindre le Royaume Béni de Valinor. Dans ces illustrations, on peut dire que l’artiste réussit à pénétrer au cœur même de ce qu’évoque le génie créateur de Tolkien, et l’on retrouve ici pleinement la parenté spirituelle avec le monde visionnaire de Čiurlionis.

Ted Nasmith – Les Cavaliers de Rohan – Calendrier 2003

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Ted Nasmith – Dernier regard sur la Comté – Calendrier 2002

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Chez Ted Nasmith, les tableaux sont peut-être moins hiératiques, les paysages baignent moins dans une ambiance onirique et sont davantage en relation avec l’action des personnages. Il y a chez lui un sens de la grandeur et une théâtralisation de l’espace qui sont proches d’une perception cinématographique. On sent ici une inspiration épique, avec des références à certains grands tableaux historiques de l’époque romantique. Cependant, dans une œuvre comme le Dernier regard sur la Comté, le paysage nocturne au bleu sombre sous la clarté lunaire respire une intériorité qui pourrait se rapprocher de l’impression que suscite, dans l’œuvre de Čiurlionis, le triptyque Raigardas.

Dragon

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Entre les illustrateurs de Tolkien qui sont nos contemporains et Čiurlionis qui mettait au jour son œuvre il y a maintenant un siècle, il ne saurait exister le même type de parenté spirituelle qu’entre Tolkien lui-même et le peintre lituanien. Cependant, chez les meilleurs parmi les très nombreux illustrateurs de Tolkien, on relèvera souvent la possibilité d’effectuer un lien avec l’œuvre de Čiurlionis à partir de certains aspects communs de leurs mondes imaginaire. Là où le rapprochement est le plus sensible, c’est dans l’évocation d’un monde d’une profonde beauté, même si chez Tolkien le thème de la souillure du monde par les puissances ténébreuses du mal est nettement plus développé que chez Čiurlionis, où ce thème n’est présent que dans quelques tableaux tels que le Démon ou la Ballade du Soleil Noir. Nous nous limiterons à trois exemples tirés de l’œuvre de Ted Nasmith.

Ted Nasmith – Silmarillion - L’éveil des Elfes à Cuiviénen

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Dans le Silmarillion, après avoir fait le récit de la création du monde dans l’Ainulindalë ou « le grand chant des Ainur », Tolkien consacrera la majeure partie de ses récits mythologiques aux tribulations des divers royaumes elfiques en Terre du Milieu. Dans sa mythologie, les Elfes et les Humains sont qualifiés comme les « Enfants d’Ilúvatar », c’est-à-dire du Dieu unique (Eru) sous sa forme de « Père de la Lumière ». La venue au monde des Elfes précède de longtemps celle des Humains et Tolkien fait le récit de l’éveil des Elfes au bord du lac de Cuiviénen, sous la lumière du ciel étoilé, alors que n’existent encore ni le Soleil ni la Lune. Dans toute sa mythologie, les Elfes – nommés aussi Eldar – sont liés à la lumière des étoiles, et le marin Eärendil, le héros privilégié qui atteindra depuis la Terre du Milieu le Royaume Béni de Valinor, sera lui-même transformé en étoile avec son navire qui vogue dans le ciel. L’illustration de Ted Nasmith pour l’heure sacrée et bénie de l’éveil des Elfes met précisément en valeur ce lien privilégié entre les Elfes et les étoiles en accordant au ciel étoilé les deux tiers supérieurs de l’espace traité. La silhouette majestueuse de la chaîne montagneuse, dans des tons bleus sombres, et la forêt de sapins suggèrent une sorte de participation silencieuse des éléments naturels à ce moment solennel. Les elfes, dont le regard est tourné vers le ciel, sont habillés de blanc et font penser aux Vestales de l’Antiquité.

Ted Nasmith – Adieu à la Lórien – Calendrier 1992

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En Terre du Milieu, la Lórien est comme un reflet de la splendeur de Valinor, le Royaume Béni des Valars situé à l’extrême occident du monde et devenu inaccessible après la chute de Númenor à la fin du Second Age. Le cygne – associé chez les anciens Grecs à l’Apollon hyperboréen – est, dans le Légendaire de Tolkien, comme un emblème de la grâce et de l’inventivité des Elfes marins. Dans cet Adieu à la Lórien où la Compagnie de l’Anneau va reprendre le chemin des aventures en naviguant vers le sud sur le grand fleuve Anduin, nous sommes en quelque sorte au point de jonction entre un lieu hors du temps avec le cours même du Temps : dans la Lórien, qui vit comme figée dans un lointain passé, il n’y a pas de lune, mais seulement les étoiles la nuit et le soleil le jour ; les Compagnons de l’Anneau ont vécu ici dans un temps qui, partout ailleurs, n’existe plus depuis longtemps. Mais ils vont reprendre, avec la descente du grand fleuve Anduin, le cours ordinaire du temps ; et c’est au long de ce fleuve que flottera, au-delà des gorges du Rauros, la barque funèbre de Boromir qui conduira le héros mort jusqu’à la mer, figure de l’Éternité

Ted Nasmith – Iluin, la Lampe des Valar – Calendrier 2000

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Dans le Légendaire, Tolkien traite le thème de la lumière sous la forme d’une alchimie entre les deux métaux précieux, l’or et l’argent, que l’on retrouve dans les diverses formes que prend, au cours du temps, la source de la lumière à Valinor, la demeure des dieux. Ainsi, le Soleil et la Lune ne viendront que dans un troisième temps, après les Lampes, puis les Arbres de Valinor. Iluin est la lampe dressée au Nord afin d’éclairer la Terre du Milieu. Ted Nasmith intègre ici de façon originale la Lampe avec les arbres solennels de diverses tailles, suggérant ainsi la transition du foyer lumineux de la Lampe vers l’Arbre. On remarquera au passage que cette illustration participe à une « esthétique de la verticalité » qui est l’un des aspects frappants de l’art de Čiurlionis.

On a relevé depuis longtemps l’importance des motifs architecturaux dans l’œuvre de Čiurlionis, les nombreuses cités étranges et splendides, souvent évocatrices de civilisations disparues, ainsi que le motif récurrent de la tour. La Cité et la Tour, ce sont là des thèmes également majeurs et constants dans l’œuvre de Tolkien, et ils ont inspiré, eux aussi, les illustrateurs contemporains.

Ted Nasmith – Tuor atteint la Cité cachée – Calendrier 1996

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La Geste de Tuor est l’une des plus belles créations de Tolkien et elle est en rapport étroit avec l’histoire du royaume caché de Gondolin, au cœur de la vallée de Tumladen, entourée d’un cirque de hautes montagnes enneigées. Ted Nasmith a su rendre ici la splendeur de cette cité conçue, en Terre du Milieu, sur le modèle de Valinor, la cité du Royaume Béni devenu inaccessible. L’incomparable beauté de ce lieu est suggérée par la blancheur immaculée de la Cité, en écho à la blancheur des montagnes, mais également par la structuration circulaire de l’espace central, le cercle de la Cité rayonnant sur la plaine verdoyante comme un centre immobile donateur de vie. A l’avant-plan, les rochers, la chute écumante du torrent, la pose du héros appuyé sur sa lance s’inscrivent bien dans l’esthétique « romantique » de Ted Nasmith.

Dragon

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Si la parenté spirituelle qui unit en profondeur les univers visionnaires de Tolkien et de Čiurlionis ne saurait reposer sur un jeu d’influences, il faut peut-être en rechercher le mystère dans le grand tournant historique qui s’est produit depuis la fin du XIXe siècle et dans lequel l’humanité se trouve peut-être encore engagée. Après cinq siècles de culture européenne qui ont été marqués par un mouvement constant vers des formes de rationalisme de plus en plus radicales – de Guillaume d’Ockham au positivisme du XIXe siècle - il s’est opéré, au tournant des XIXe et XXe siècles, un bouleversement complet des conceptions anciennes dans de nombreux domaines. Bouleversement des conceptions relatives à l’ordre physique du monde (théorie de la relativité d’Einstein, physique quantique), mais aussi des conceptions qui touchent à l’intériorité de l’homme (psychanalyse freudienne et psychologie des profondeurs de Carl-Gustav Jung), ou encore à la place de l’homme dans l’univers physique (lente prise de conscience de l’historicité d’un univers dont on postulait jusqu’alors l’éternité) ou dans son rapport à l’imaginaire (intérêt renouvelé pour les mythologies et les langues anciennes) ainsi qu’à la religion (sens renouvelé d’une Tradition primordiale présente, sous diverses formes, dans toutes les grandes religions de l’humanité). Des créateurs tels que Čiurlionis ou Tolkien nous semblent porteurs d’une conscience nouvelle du monde en résonance avec cette véritable mutation et leurs œuvres nous paraissent être encore d’une parfaite actualité dans ce début du XXIe siècle où elles contribueront peut-être à un « ré-enchantement du monde » dont le besoin se fait sentir chez beaucoup.

Charles Ridoux
Amfroipret, le 14 juin 2005

Notes

[1] RIDOUX Charles, Tolkien, le Chant du Monde, Encrage / Les Belles-Lettres, Paris, 2004.