Autour du thème de Tolkien

Lundi 16 novembre 2009, par Charles RIDOUX // 3. Tolkien - Čiurlionis

Cette étude astrologique sur J.R.R. Tolkien et le Seigneur des Anneaux est parue dans les Cahiers d’Univers-Site (n° 54, août 2003 et n° 56, octobre 2003)disponibles sur le site www.univers-site.com.

Ayant eu le bonheur de vivre un an durant, jour et nuit, en compagnie de Tolkien et de son œuvre, ce qui a abouti à la naissance d’un livre intitulé Tolkien, le Chant du Monde, je ne pouvais que faire partager mon admiration et mon enthousiasme pour cette œuvre par un hommage astrologique.

Une première partie traite du thème de J.R.R. Tolkien, une seconde abordera le thème du Seigneur des Anneaux.

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Note préliminaire - Le père de J.R.R. Tolkien a écrit dans une lettre à sa mère : « Mabel m’a donné un beau petit garçon la nuit dernière (3 janvier) » [1]. Le thème a été rectifié par Ruth Dewey, avec SA à l’AS. C’est ce thème, utilisé par Beth Koch [2] et par Paul E. Newman [3], que nous reprenons ici.

Un natif de la conjonction Neptune-Pluton

Avant toute considération d’ordre personnel relative à Tolkien, on relèvera qu’il est un natif de la grande conjonction NE-PL de 1892 (exacte le 30 avril 1892 à 7°42 des Gémeaux). Cela le situe d’emblée dans le cadre d’une génération appelée à introduire dans le monde l’esprit d’une époque radicalement nouvelle, en rupture avec le climat intellectuel et spirituel dominant durant toute la phase descendante du grand cycle NE-PL précédent, soit de l’opposition de 1646 à la conjonction de 1892, période qui correspond à la suprématie d’une rationalité mécanique et d’une conception assez étroite de la raison humaine coupée de ses racines transcendantes vivifiantes - paradigme naturellement très schématique et diversement coloré à l’époque de l’Age classique, au temps des Lumières ou à l’ère du positivisme triomphant. Le nouveau cycle NE-PL qui s’étendra jusqu’en 2385 et qui atteindra son apogée lors de l’opposition de 2139, commence de façon fracassante par un bouleversement des conceptions relatives à l’ordre physique du monde (théorie de la relativité d’Einstein, physique quantique), mais aussi de celles qui touchent à l’intériorité de l’homme (psychanalyse freudienne et psychologie des profondeurs de Carl-Gustav Jung), ou encore à la place de l’homme dans l’univers physique (lente prise de conscience de l’historicité d’un univers dont on postulait jusqu’alors l’éternité) ou dans son rapport à l’imaginaire (intérêt renouvelé pour les mythologies et les langues anciennes) ainsi qu’à la religion (sens renouvelé d’une Tradition primordiale présente, sous diverses formes, dans toutes les grandes religions de l’humanité). Si les éléments clés de ce cycle ébranlent les conceptions anciennes dès le moment de la conjonction, c’est durant les phases ultérieures du cycle qu’ils vont se manifester dans le monde, en particulier lorsqu’ils bénéficieront de l’appui d’un sextile ou d’un trigone. C’est précisément le cas durant une grande partie du XXe siècle ainsi qu’au début du XXIe siècle, puisque le sextile évolutif est en orbe grosso modo de 1940 à 2020 (avec quelques retours à la phase du septile, soit de l’aspect de 51°30) : c’est alors une période qui favorise l’expansion à travers le monde des graines qui ont été semées au temps de la conjonction et qui permet également un mûrissement de théories qui ont pu se présenter, au premier abord, sous une forme quelque peu fracassante et provocatrice. Mais il ne faut pas négliger la phase, qui peut être très stimulante, du septile, aspect qui correspond, selon l’enseignement de Charles Harvey, à un influx d’inspiration, à une sorte de vision plus haute provenant de la perception de l’unité, de la globalité de l’idée derrière les parties qui l’expriment. [4] Cette étape du septile a été franchie avec 1° d’orbe de novembre 1937 à l’été 1942, libérant dans le monde une énergie qui a été utilisée surtout de façon destructrice, mais qui a donné aussi lieu à des réalisations techniques et scientifiques remarquables (l’invention de la pénicilline ou les premiers vols réguliers à travers l’Atlantique). Une nouvelle phase de septile doit durer de décembre 2001 jusqu’en février 2011. Chacun remarquera aussitôt que le film de Peter Jackson inspiré par le Seigneur des Anneaux est paru sur les écrans pour la première fois le 19 décembre 2001, à l’ouverture même de cette nouvelle phase du septile ascendant qui doit durer dix ans ; mais les spécialistes de Tolkien ne manqueront pas d’observer également que la rédaction du Seigneur des Anneaux par Tolkien est en étroite correspondance avec la première de ces phases de septile : en effet, après la parution du Hobbit le 21 septembre 1937, et fort du succès immédiat de cette œuvre auprès du public, l’éditeur Stanley Unwin incite Tolkien à rédiger une nouvelle histoire de hobbits. Tolkien se met au travail et c’est entre le 16 et le 19 décembre 1937 qu’il entreprend ce qui deviendra le Seigneur des Anneaux – juste un mois après le début du septile NE-PL. Vers la fin de 1941, Tolkien poursuit le récit jusqu’à l’épisode de la Lothlórien, et à la fin de 1942 il atteint le début du Livre III, mais il se trouve alors arrêté par la complication du récit de la Guerre de l’Anneau et du siège de Minas Tirith auquel il ne reviendra que plus tard. Ainsi, tout le premier jet du Seigneur des Anneaux s’inscrit dans cette phase cruciale du septile NE-PL de 1937-1942 ; on pourrait dire que cette œuvre est vraisemblablement appelée à mettre en lumière certains aspects majeurs du cycle NE-PL ouvert au moment de la naissance de l’auteur. Il y a de fortes chances pour que cet élan soit renouvelé et amplifié après la sortie du film de Peter Jackson durant toute la première décennie du XXIe siècle, avec une conscience plus aiguë, sans doute, de la profondeur de l’œuvre de Tolkien, encore reléguée dans le voisinage de la paralittérature par la critique académique, alors même que le grand public anglais a décerné à Tolkien en 1996, le titre d’ « auteur du siècle ».

Dans le thème de Tolkien, cette conjonction NE-PL est positionnée en M. IX, au trigone de SA à l’AS et de VE en Verseau, tandis que ME, Maître de la conjonction, se trouve angulaire au FC, à 0° Capricorne, donc en relation directe avec le Point Gamma (0° Bélier). Toutes ces relations permettent de personnaliser les indications générales tirées de la grande conjonction en tant que telle et de préciser la signification et le rôle de Tolkien et de son œuvre au moment où le nouveau cycle NE-PL atteint, au bout d’une centaine d’années, son plein régime de développement. La position de SA à l’AS, à 0° Balance, témoigne du sérieux, de la probité, du sens des responsabilités et du respect de l’autorité qui caractérisent l’homme aussi bien que son œuvre ; on y décèle aussi un grand sens de la justice et le respect de ses engagements ; cette position peut indiquer aussi un certain détachement vis-à-vis de soi-même. Tous ces éléments correspondent parfaitement au portrait qui se dégage de la biographie consacrée à Tolkien par Humphrey Carpenter. Sans doute, ce SA à l’AS a-t-il permis à Tolkien de persévérer jusqu’à sa mort dans une œuvre entreprise dès sa jeunesse, alors même que la plus grande partie de cette œuvre n’a pas été publiée de son vivant (il a fallu attendre, en effet, 1996 pour que soit publiée dans son intégralité, par Christopher Tolkien, fils de l’auteur, The History of the Middle-earth qui renferme la version la plus étendue de son Légendaire). Comme ce fut également le cas pour Marcel Proust, un SA fort (à l’AS chez Tolkien, au MC chez Proust) a permis à un auteur porté sur l’imagination et la fantaisie de structurer son œuvre et d’échafauder un des plus impressionnants monuments littéraires du XXe siècle. Le positionnement de la conjonction NE-PL en M. IX dans le thème de Tolkien lui a permis de bien capter les courants collectifs de son époque et de défendre des opinions fortement ancrées. Le trigone de cette conjonction avec SA à l’AS apporte, avec l’endurance et la discipline, la capacité à concrétiser ses idéaux ainsi qu’un grand recul favorisant un regard lucide sur son œuvre ; dans les dernières années de sa vie, Tolkien, au dire de son fils Christopher, s’était fait en quelque manière l’observateur et l’explorateur des trésors philosophiques, religieux ou linguistiques que recélait son Légendaire.

ME, Maître de la conjonction en Gémeaux, se situe exactement sur la pointe du FC, à 0° Capricorne, au carré exact de SA. Un ME en Capricorne rend capable de manier l’abstraction tout en gardant le sens du concret, ainsi qu’il donne des capacités d’organisation pouvant s’appliquer à de grands ensembles : la maîtrise d’une œuvre aussi vaste et complexe que le Légendaire, qui recouvre plusieurs Âges et brasse une multitude de peuples et de personnages, exigeait de telles qualités, ainsi que les spéculations métaphysiques sur des thèmes comme la mort et l’immortalité, la structure de l’espace et du temps ou encore la transmission de la pensée que l’on trouve particulièrement développés dans la partie de l’œuvre de Tolkien non encore traduite en français. La conjonction de ME au FC permet une excellente connaissance de soi et signe un héritage intellectuel fortement ancré dans les traditions familiales ou nationales : Tolkien, après la mort prématurée de son père alors qu’il était lui-même âgé de trois ans, eut tendance à s’identifier à la famille de sa mère, les Suffield, et à cultiver des racines qui remontaient à la « bonne vieille Angleterre » dont les institutions de la Comté et le caractère des Hobbits reflètent les valeurs, alliant le courage, l’endurance et la joie de vivre à une certaine étroitesse d’esprit et à un goût prononcé du confort matériel. Le carré entre ME et SA correspond à certaines tendances dépressives de Tolkien, contrebalancées par le fort élan vital que lui donne un double sextile au trigone MA-JU ; ce carré ME-SA éclaire aussi certaines particularités des conditions de travail et de publication de l’auteur : sa difficulté à achever une œuvre du fait d’une tendance à remanier constamment ce qui est déjà écrit et à explorer de nouvelles versions, ses difficultés à obtenir d’un éditeur la publication conjointe du Seigneur des Anneaux et du Silmarillion (qui ne sera finalement publié qu’après la mort de l’auteur, par son fils Christopher, en 1977), la lenteur de la critique académique à accorder à Tolkien la place qui lui revient parmi les tous grands noms de la littérature mondiale du XXe siècle. Toutefois, la relation de ce carré ME-SA avec le Point Gamma (0° Bélier) donne à Tolkien une renommée mondiale et une dimension collective incontestable et il sera sans doute très intéressant de voir ce qu’apportera en 2008 le transit de PL sur ce ME au carré de SA : il est permis de présumer qu’à cette période l’œuvre de Tolkien sera à la fois mise en valeur et comprise dans toute sa profondeur, mais peut-être aussi vivement contestée par des courants hostiles. Ce pourrait être un moment favorable pour faire le tri entre « le bon grain et l’ivraie », pour dissocier Tolkien en tant qu’artiste et écrivain de phénomènes sociaux auxquels son œuvre a donné lieu, sans qu’il y soit pour rien, phénomènes qui, par certains aspects, sont susceptibles de dériver vers une sous-culture plus ou moins glauque aux antipodes du véritable esprit, lumineux et chevaleresque, de son œuvre.

La conjonction NE-PL est enfin reliée par trigone à VE en Verseau en M. V, elle-même en carré de son Maître Uranus en Scorpion tout à la fin de la M. I. Cette VE en Verseau est bien adaptée pour un homme qui appréciait particulièrement l’ambiance de camaraderie et de fraternité littéraire dans les clubs qu’il anima dès ses jeunes années, en particulier celui des Inklings à Oxford où il fréquentait des écrivains comme lui à la fois catholiques et ouverts à l’héritage mythologique de l’Europe du Nord, notamment C.S. Lewis et Charles Williams. Une VE en Verseau qui correspond aussi, sans doute, aux circonstances peu ordinaires de son amour contrarié (par les conventions sociales de l’époque victorienne) avec Édith Bratt qu’il ira rejoindre, après en avoir été séparé durant toute la fin de son adolescence, dès le jour de sa majorité et qu’il épousera peu avant de partir pour le front de la Somme, au moment de la grande offensive de l’été 1916. VE en M. V correspond à son amour pour les enfants et à ses dons pour les passionner grâce aux histoires de hobbits ou autres contes, destinés d’ailleurs aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Le carré de VE à UR est ici un indice de l’instabilité des sentiments durant l’enfance de Tolkien, alors que les conditions de vie étaient rendues particulièrement difficiles du fait de la mort de son père et du rejet dont fut victime sa mère de la part de sa propre famille après sa conversion au catholicisme. Ce carré VE-UR indique aussi un besoin d’excitation et un certain goût de l’exotisme, présent chez le jeune Tolkien qui dans son enfance avait « le plus vif désir des dragons » et qui explora, dans son œuvre, des temps et des lieux inaccessibles à tout autre avant lui. UR à la fin de la M. I est le signe d’une personnalité qui, avec le temps, affirme de plus en plus son originalité, voire une certaine excentricité, avec un tempérament nerveux et tendu que trahissait chez lui une élocution plutôt vive.

Mi-points et Harmoniques

En 1990, Charles Harvey et Michael Harding ont publié un ouvrage de grande qualité explorant, dans la foulée des travaux de John Addey et de Reinhold Ebertin, l’utilisation des mi-points et des harmoniques. [5] A quelques exceptions près, l’usage de ces techniques n’est point encore devenu familier aux astrologues français en dépit de l’intérêt qu’elles présentent et de la facilité qu’apportent désormais des logiciels d’astrologie performants. Le thème harmonique n’est en rien différent, quant au fond, du thème natal ; il permet simplement de distinguer très aisément des configurations planétaires plus complexes que celles auxquelles l’astrologue est accoutumé : ainsi, en Harmonique 5 apparaîtront les aspects de 72° ou des multiples comme 144°, tandis qu’en Harmonique 7 sont mis en valeur les aspects de 51°30 et leurs multiples 103° et 154°30. Dans notre pratique courante, nous nous intéressons tout spécialement aux Harmoniques 5, 7 et 9 qui fournissent souvent de précieuses indications complémentaires à une étude classique du thème natal. Selon Charles Harvey, les configurations majeures en H5 « indiquent la manière dont un individu réalisera son œuvre dans le monde et le type de principes dynamiques autour desquelles il se centrera de manière consciente ». Michael Harding attribue pour sa part à la septième Harmonique (H7) la capacité de refléter ce qui inspire ou captive l’âme et d’éclairer la mythologie personnelle du natif, le choix de ses héros et de ses héroïnes. Quant à la neuvième Harmonique (H9), Charles Harvey la met en rapport, à la suite de John Addey, avec « l’idéal à réaliser », avec la joie et la paix qui résultent d’une acceptation par le natif de sa place dans l’ordre du monde.

Que nous indiquent maintenant les thèmes de cinquième, septième et neuvième Harmoniques chez Tolkien ?

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Ce qui frappe dès le premier regard, c’est qu’en H5 la conjonction NE-PL se trouve renforcée par l’amas constitué du fait des aspects de 72° avec KR et de 144° avec le SO. En H5, la conjonction NE-PL signale un individu préoccupé par la vérité universelle et par la dimension mystique de l’existence. L’association du SO à cette conjonction marque en quelque sorte l’engagement profond de l’être, avec toute sa volonté, dans cette quête d’ordre métaphysique. Il nous semble que la présence de KR dans ce quatuor apporte la signature d’un guide secret et bienveillant, et l’on rappellera que le Silmarillion a été publié l’année même de la découverte de Chiron, en 1977. L’opposition SA-UR (qui résulte d’un aspect de 36° dans le thème radical) peut être lue comme la marque d’un style qui oscille entre deux pôles, l’un de précision, de clarté et d’originalité, l’autre de contrôle et de restriction. Dualité qui se manifeste, par exemple, chez Tolkien, dans une tendance à étoffer sa narration par des dialogues et des descriptions qui la rendent plus vivante et plus précise (en particulier dans les Contes et Légendes inachevés), et en même temps à présenter des résumés succincts (tel que le Sketch of the Mythology datant de la période 1926-1930).

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Le thème en H7 associe le SO et SA à l’AS en opposition de VE et révèle une opposition JU-UR. La conjonction SO-SA (qui correspond à un double septile dans le thème radical) montre un être inspiré par des idéaux de devoir, de dévouement, de sens de l’ordre, de loyauté ; cette configuration signale une acceptation du destin, la croyance en la nécessité de la souffrance et témoigne d’une vision tragique de soi-même. Cet aspect reflète bien un certain nombre des valeurs fondamentales du Seigneur des Anneaux ainsi que les aspects les plus sombres de la mythologie de Tolkien, en particulier la Geste de Húrin, inspirée par le héros tragique du Kalevala finnois, Kullervo, dont la sombre et puissante musique de Sibelius retrace elle aussi la triste et glorieuse destinée. L’opposition à VE de cette conjonction SO-SA témoigne pour sa part d’une vision romantique de soi et du monde, d’un romantisme plutôt pessimiste, où les idéaux de souffrance, d’épreuve et de sens du devoir jouent un rôle prépondérant. Quant à l’opposition JU-UR, elle est le signe d’un être inspiré par la grandeur, la noblesse et l’éclat, mais attiré aussi par le besoin d’affirmer son originalité, sinon son extravagance.

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Dans la neuvième Harmonique, c’est MA que l’on trouve maintenant associé à la grande conjonction NE-PL. En H 9, le sens de la conjonction NE-PL est de signaler que le natif trouve sa joie dans le sentiment que, au travers d’un dévouement total, il peut atteindre une vérité supérieure et un niveau de conscience universel. MA et NE indiquent que le sujet trouve son bonheur dans sa capacité à agir en accord avec ses idéaux et à toucher les autres par son idéalisme. MA et PL situent la joie du sujet dans sa capacité à travailler dur et à toucher les autres par son opiniâtreté.

On voit ainsi comment cette étude des harmoniques vient à la fois confirmer le rôle central de la conjonction NE-PL dans le thème de Tolkien et préciser certains aspects de sa signification profonde, grâce à la prise en compte d’aspects « mineurs » invisibles dans une représentation « classique » du thème radical qui ne fait apparaître que les aspects « majeurs ». On peut maintenant compléter cette approche du thème par les Harmoniques avec un examen de certains mi-points. On ne sera pas trop étonné de trouver VE au mi-point SO/LU, significatrice d’une relation harmonieuse entre les dispositions intellectuelles et morales et d’un attrait prononcé pour les choses artistiques, et l’on rappellera que Tolkien a été le premier illustrateur de son œuvre et l’auteur, de sa jeunesse à la fin de sa vie, d’une œuvre picturale de grand intérêt. [6] Mais l’on pourra retenir également la position d’UR au mi-point de JU/MC, signe d’optimisme et de réussite dans ses entreprises, ainsi que de succès soudains : cette position du mi-point à 6° des signes Fixes tombe précisément sur le SO du Seigneur des Anneaux (paru le 29 juillet 1954 avec une Nouvelle Lune à 6° Lion). Quant au mi-point SO=MA/JU, il donne au natif une vie sexuelle saine, une grande force créatrice, de la joie d’entreprendre, des talents d’organisateur, de la fierté et le sens de l’honneur, toutes qualités que l’on rencontre aussi bien chez l’auteur que dans son œuvre.

Le Seigneur des Anneaux

Quelques transits majeurs en relation avec les publications de Tolkien confirment l’importance de la conjonction NE-PL autour de laquelle nous avons construit notre interprétation du thème de l’auteur. Dans le thème natal de Tolkien, SA est au sextile de la conjonction NE-PL, ce qui implique les deux cycles SA-NE et SA-PL. Paru peu après la conjonction SA-NE de 1953, le Seigneur des Anneaux suscite un regain d’attention depuis la parution du film de Peter Jackson, en décembre 2001, sous la phase d’un trigone évolutif SA-NE. La première grande vague de succès de l’œuvre majeure de Tolkien eut lieu aux États-Unis au milieu des années soixante au moment de l’opposition SA-PL ; la seconde vague, suscitée maintenant par le film de Peter Jackson, se produit au moment d’une autre opposition SA-PL. La publication de The History of the Middle-earth par Christopher Tolkien, qui permet enfin d’avoir une idée précise de l’ampleur du Légendaire édifié par son père entre septembre 1914 et sa mort en 1973, s’inscrit dans la phase montante du cycle SA-PL en cours, commençant en 1983 (peu après la conjonction de décembre 1982) et s’achevant en 1996 au temps du trigone évolutif SA-PL. La publication du Hobbit elle-même, le 21 septembre 1937, avait eu lieu sous un trigone involutif du cycle SA-PL commencé en 1914, au moment même où Tolkien consacrait ses premiers poèmes aux voyages du marin Eärendil.

Le premier grand succès littéraire de Tolkien est en effet Le Hobbit, publié le 21 septembre 1937. Dès le mois de décembre, Tolkien, à la demande de son éditeur, se met à rédiger une « suite » qui deviendra, en fait, le Seigneur des Anneaux. Durant cette période, on observe deux transits importants dans son thème : PL arrive au sextile de son SA à l’AS, tandis que l’axe des Nœuds transite la grande conjonction NE-PL en Gémeaux. L’année 1954 est ensuite l’une des plus remarquables dans la carrière de Tolkien : le Seigneur des Anneaux paraît le 29 juillet, tandis que Tolkien reçoit cette année-là deux distinctions honorifiques (il est fait docteur honoris causa de l’Université de Dublin le 5 juillet, et il reçoit la même distinction à l’Université de Liège en octobre). C’est alors le sextile natal SO-JU qui est transité par l’axe des Nœuds, tandis que lors de la publication du Seigneur des Anneaux un sextile VE-JU vient activer cette zone. Tolkien recevra encore de grands honneurs durant l’année qui précède sa mort : le 28 mars 1972, il reçoit de la reine Élisabeth II la médaille de l’Empire britannique, et il est fait docteur ès lettres en philologie par l’Université d’Oxford. A ce moment, un trigone SA-PL transite son SA à l’AS et l’axe des Nœuds est une fois de plus en transit harmonique avec cette zone.

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Paru le 29 juillet 1954, le Seigneur des Anneaux naît au moment d’une Nouvelle Lune à 6° Lion, au carré de SA et encadrée par UR-PL, la conjonction SA-NE étant encore en orbe autour du DS. C’est au moment où UR et PL formeront en 1965-1966 leur conjonction en Vierge, sur la VE de ce thème, que le Seigneur des Anneaux va devenir aux États-Unis un véritable phénomène de masse dépassant le cadre strict de la littérature. MA en Sagittaire en M. IX, planète la plus élevée du thème, correspond à la Quête de Frodo qui cherche à atteindre, au cœur du Mordor, la Montagne du Destin où doit être jeté l’Anneau afin de délivrer le monde de l’emprise de Sauron, le Seigneur Ténébreux ; ce MA est aussi significateur de la Guerre de l’Anneau qui donne à l’œuvre sa pleine dimension épique, avec les grands épisodes guerriers dans l’Isengard et lors du siège de Minas Tirith, la Cité de Gondor. MA au trigone de PL suggère la résistance et l’opiniâtreté du Porteur de l’Anneau et de son compagnon Sam, tandis que le sextile de MA à SA souligne les qualités requises pour atteindre le but : esprit pratique, sens de la discipline, capacité à fournir de gros efforts, prudence.

Dans l’étude qu’il a présentée dans The Moutain Astrologer [7], Paul E. Newman accorde une grande importance à l’axe des Nœuds situé sur la ligne du méridien dans l’axe Cancer-Capricorne. Le NS en Cancer, conjoint à JU, évoque l’ancrage dans la Comté, le confort et le soutien accordés à Frodo par Bilbo ou par Elrond à Rivendell, tandis que le NN en Capricorne requiert que le petit hobbit se transforme en héros sacrificiel pour le salut des peuples libres. Lorsque Frodo est blessé à l’épaule par un des Spectres de l’Anneau au service de Sauron, le 6 octobre, le SO approche du carré de l’axe des Nœuds, et cette blessure sera ravivée au même moment l’année suivante. Dans le Seigneur des Anneaux, le thème de la route qui conduit vers les aventures lointaines ou qui ramène au pays les héros est un thème central qui donne lieu à plusieurs chansons ; la route commence à la porte d’une demeure de hobbit dans la Comté (Cancer) pour conduire Frodo jusqu’au sommet d’une montagne (Capricorne). Des tribus et des races anciennes (NS en Cancer et en M. IV) sont appelées à disparaître dans la lutte en faveur d’une nouvelle autorité organisatrice (NN en Capricorne). Quant au NS, il est également conjoint à ME, qui régit les mains et les doigts : la réussite finale de la Quête, en dépit de l’échec final de Frodo, est obtenue par le sacrifice d’un doigt, de même que la perte d’une main sanctionne, dans le Silmarillion, le grand exploit de Beren qui arrache à Morgoth un des Silmarils sertis dans sa couronne de fer. Les Silmarils, œuvre de l’Elfe Fëanor, sont des joyaux qui contiennent la lumière des deux Arbres d’Or et d’Argent de Valinor : ces noces alchimiques des deux polarités de la Lumière reviennent comme un constant leitmotiv dans l’œuvre de Tolkien et trouvent une expression astrologique dans le thème du Seigneur des Anneaux par la conjonction du SO et de la LU en Lion, signe royal par excellence. Bilbo et Frodo sont tous deux natifs du 22 septembre, jour de l’équinoxe d’automne, où le SO entre dans le signe de la Balance, à l’endroit où se situe, dans le thème de Tolkien, son SA à l’AS. En outre, le SO de Tolkien, à 13° Capricorne, est conjoint au NN du thème du Seigneur des Anneaux.

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Paul E. Newman dresse ce qu’il appelle un « thème draconique » (calculé de manière à ce que la position du NN dans le natal devienne 0° Bélier), [8] thème qui est supposé indiquer le but suprême d’un thème natal. Dans un thème draconique, les Maisons et les positions angulaires entre les planètes demeurent les mêmes que dans le thème radical, mais les signes changent. Pour le Seigneur des Anneaux, l’accent porté dans le natal sur les signes du Lion et du Cancer se déplace dans le thème draconique sur le signe de la Balance. Selon Paul E. Newman, la présence des deux luminaires en Balance suggère que le but suprême du récit est le retour du monde vers l’équilibre, la justice et la beauté. Dans ce thème draconique, MA à 11° Poissons coïncide avec le SO de naissance d’Aragorn (né un 1er mars) désignant ce guerrier comme le Roi restaurateur de l’ordre cosmique et social. JU est positionné à 0° Balance, apportant la réussite à Frodo dont le SO de naissance se situe sur ce degré équinoxial.

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Le film de Peter Jackson est sorti le 19 décembre 2001 avec une conjonction du SO au NS sur le Centre Galactique, au temps de l’opposition SA-PL et du trigone SA-NE. Le Centre Galactique, actuellement situé à 27° Sagittaire, est le point autour duquel se meut notre Soleil au sein de la Galaxie, dans un circuit qui dure entre 220 et 240 millions de nos années solaires. On peut considérer que ce Centre Galactique représente un principe solaire de niveau supérieur, susceptible d’être une source d’inspiration plus vaste et plus universelle que les énergies solaires ordinaires. Les personnes ou les événements dont le thème présente un lien fort avec ce point peuvent être les vecteurs d’une prise de conscience de cette source d’inspiration supérieure. On relèvera que l’acteur qui joue dans le film le rôle de Frodo, Elijah Wood (né le 28 janvier 1981, Cedar Rapids - Iowa) présente lui aussi une conjonction du SO avec le NS.

Nous conclurons enfin en signalant une correspondance personnelle qui nous ravit avec le thème du Seigneur des Anneaux : étant né le 29 juillet 1946, nous partageons le même SO, mais également la même VE à 17° Vierge, puisque tous les huit ans VE revient à une même position relativement au SO. Cette harmonie céleste n’est peut-être pas sans rapport avec l’attachement qui est le nôtre envers l’œuvre de Tolkien.

Charles Ridoux
Amfroipret, le 8 juillet 2003

Notes

[1] CARPENTER Humphrey, J.R.R. Tolkien, une biographie, Christian Bourgois, 1980, p. 12.

[2] KOCH Beth, ”The Magical World of J.R.R. Tolkien “, American Astrology, September 1989.

[3] NEWMAN Paul E., “J.R.R. Tolkien and The Lord of the Rings ”, The Moutain Astrologer, N° 101, Feb/Mar. 2002, pp. 9-16.

[4] BAIGENT Michael, CAMPION Nicholas, HARVEY Charles, Mundane Astrology, Thre Aquarian Press, Wellingborough, 1984. - Traduit en français par Ch. Ridoux sous le titre : Astrologie mondiale, Paris, Editions du Rocher, 1995, pp. 207-208.

[5] HARDING Michael et HARVEY Charles, Working with Astrology, The psychology of Harmonics, Midpoints and Astro*Carto*Graphy, Londres, Arkana,1992 (2° éd.).

[6] HAMMOND Wayne G. et SCULL Christina, J.R.R. Tolkien Artiste et Illustrateur, Christian Bourgois, 1996.

[7] NEWMAN Paul E., “J.R.R. Tolkien and The Lord of the Rings ”, The Moutain Astrologer, N° 101, Feb/Mar. 2002, pp. 9-16.

[8] Nous distinguerons, par commodité, le thème « draconique » (avec le NN à 0° Bélier) du thème « nodal » (avec le NN à l’AS).