Centenaire de la mort de Čiurlionis - III

Vendredi 18 novembre 2011, par Charles RIDOUX // 3. Tolkien - Čiurlionis

Cette partie regroupe, d’une part, la recension d’ouvrages consacrés à l’œuvre musicale de Čiurlionis, d’autres part divers textes et contributions qui ont préparé ou accompagné diverses manifestations à l’occasion du Centenaire de la mort de Čiurlionis. Nous commençons par la présentation de deux ouvrages récents qui portent sur divers aspects de la création artistique de Čiurlionis.

Deux ouvrages récents

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Le n° 59 de la revue Acta Academiae Artium Vilnensis, présente en couverture un tableau du peintre letton Rihards Zarinš, La Tombe du Poète, datant de 1913, qui se trouve au Musée d’Art de Riga [1]. Après la présentation de ce numéro par Osvaldas Daugelis, directeur du Musée national Čiurlionis à Kaunas, le premier article qui a retenu notre attention est celui de Tomas Sodeika, intitulé « Un regard rétrospectif sur la philosophie de la vie ». L’auteur rappelle la place centrale du concept de « vie » dans la philosophie en Allemagne et en France durant la seconde moitié du XIXe et au début du XXe siècle, avec des références à Schopenhauer, Nietzsche et Bergson, ainsi qu’à Wagner chez qui s’opère la transformation d’une quête philosophique sous le mode du drame musical : le mythos prend le pas sur le logos. Avec Oswald Spengler et Georg Simmel, le concept de « vie » devient un outil servant à diagnostiquer les conflits et les contradictions de la culture moderne.

Stasys Goštautas consacre sa contribution aux relations entre Odilon Redon et Čiurlionis. On observe de nombreux parallèles dans la création artistique de Čiurlionis et d’Odilon Redon : une attirance commune pour certains motifs (anges, nuages, exotisme, pyramides, visages, forêts , voiles) ; un intérêt commun pour Edgar Allan Poe, Goya, la peinture japonaise ; enfin une parenté d’esprit qui se traduit dans un parallélisme entre leurs conceptions philosophiques et leur approche de la vie plutôt que dans leurs œuvres mêmes.

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Darius Kučinskas étudie « Quelques aspects de la visualité dans le texte musical de Čiurlionis ». Après un survol d’un siècle de commentaires sur la musique de Čiurlionis, il analyse un des aspects les plus singuliers de sa musique : sa visualité. De même que l’on trouve des principes musicaux dans la peinture de Čiurlionis, on trouve également des aspects visuels dans son écriture musicale.

L’article de Radoslaw Okulicz-Kazaryn, « Comparaison entre Tranquillité de Čiurlionis et différents développements du thème de « l’Île des morts », évoque l’admiration de Čiurlionis pour Arnold Böcklin, qui jouit d’une immense popularité au tournant des XIXe et XXe siècles.

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Rasa Andriušytè-Žukienè s’intéresse à la Sonate des Pyramides de Čiurlionis. Il se trouve que l’Andante de la Sonate des Pyramides est un des rares tableaux de Čiurlionis à avoir été vendu. Il a été racheté tout récemment aux Pays-Bas, en 2009. Parmi les spécialistes, deux conceptions de la séquence Allegro-Andante-Scherzo s’opposent. La question est de déterminer quel tableau représente l’Allegro et lequel le Scherzo. Pour l’auteur de cet article, la séquence proposée par V. Kairiukštis semble montrer plus clairement le parallélisme avec des éléments du culte solaire dans l’Égypte antique.

« La restauration des œuvres de Čiurlionis » fait l’objet d’une contribution commune d’Eglè Virpilaitienè et d’Eglè Piščukaitè. Ce travail de restauration est rendu nécessaire à cause de la mauvaise qualité du papier utilisé par Čiurlionis et du fait de conditions de conservation longtemps déficientes. La restauration des tableaux fut entreprise au Musée Čiurlionis de Kaunas à partir de 1971. Cet article présente le cas de deux tableaux : La Cité et l’Andante de la Sonate des Pyramides.

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Un ouvrage remarquable, dont l’idée remonte à 1994, est paru récemment, qui propose une analyse comparative de l’art de Čiurlionis et du peintre expressionniste norvégien Edvard Munch (1863-1944). Ce livre au titre évocateur - Mélancolie et Soleil. Čiurlionis et Munch - est l’œuvre de Laima Petruševičiute, qui a vécu longtemps en Norvège [2]. C’est un ouvrage qui crée un pont solide entre Norvège et Lituanie, qui relie l’œuvre de Čiurlionis avec les mouvements artistiques des pays nordiques et met en pleine lumière l’art de Čiurlionis comme partie prenante de l’ensemble culturel de l’Europe du Nord - autre point commun entre Čiurlionis et J.R.R. Tolkien… Le livre comporte une introduction d’Antanas Andrijauskas, sept chapitres et un bref appendice sur la Norvège et la Lituanie.

Dans son introduction, Antanas Andrijauskas souligne l’intérêt que porte la critique d’art contemporaine pour des approches non conventionnelles et la mise en valeur de phénomènes artistiques qui ont été laissés de côté par l’histoire officielle de l’art occidentale. Il estime qu’il s’opère actuellement un passage d’une critique d’art traditionnelle (intérêt focalisé sur l’œuvre d’art elle-même) à une critique d’art contextuelle (prise en compte de la relation entre le critique et le sujet de sa recherche) : c’est là, nous semble-t-il, une démarche qui présente des analogies avec celle de la physique quantique, qui prend en compte le point de vue de l’observateur. Le second point de cette introduction porte sur le choix effectué par Čiurlionis de relier la culture populaire lituanienne avec les courants artistiques de son temps les plus modernistes : « Čiurlionis a tissé les couleurs et les intonations musicales de son pays avec toute son âme ». Une démarche qui, au temps du romantisme, fut celle de Chopin dans le domaine musical [3]. Le troisième élément consiste en une réflexion sur les liens historiques entre la Norvège et la Lituanie, toutes deux marquées par le substrat viking et qui ont connu une évolution historique qui présente des analogies frappantes : une même vague d’expansion qui atteint une dimension impériale, mais ne réussit pas à créer un véritable empire et connaît ensuite une longue phase de déclin et la perte de l’indépendance. Dans les deux cas, Čiurlionis et Munch apparaissent comme des symboles d’une renaissance spirituelle dans les nations lituanienne et norvégienne. Si Čiurlionis est lui-même peintre et compositeur, Edvard Munch trouvera un allié dans le compositeur Edvard Grieg, qui jouit d’une reconnaissance européenne.

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Laima Petruševičiute expose, dans la Préface, sa méthode qui repose sur trois sources : les reproductions des tableaux de Čiurlionis et de Munch ; leurs écrits ; les introductions analytiques de Laima Petruševičiute. L’objet de son livre est d’ « introduire un dialogue culturel entre la Lituanie et la Norvège, reposant sur l’œuvre de deux grands artistes, Čiurlionis et Munch ». L’auteur précise que ce deux artistes ne se sont jamais rencontrés : il s’agit là d’un dialogue entre les âmes. Les sept chapitres portent les titres suivants : Le monde à partir du voyage de l’âme dans les hauteurs ; Une vision du monde à travers une vision de la nature ; La Frise de la vie et La Création du monde ; Éveil : le printemps ; Mélancolie : tristesse ; La route et le bord de la route ; Le soleil comme symbole de la lumière du monde et comme Credo créatif. Quatre appendices sont consacrés respectivement à Edvard Much, à M.K. Čiurlionis, à la Norvège et la Lituanie au tournant des XIXe et XXe siècles et à une liste des illustrations.

Ouvrages sur Čiurlionis musicien

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Nous présentons ici quelques ouvrages qui traitent de Čiurlionis en tant que compositeur, et qui témoignent des avancées de la recherche dans ce domaine durant les deux ou trois dernières décennies.

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Le monde musical est redevable à Darius Kučinskas, qui enseigne à l’Institut Technologique de Kaunas, d’un ouvrage très précieux sur les manuscrits des œuvres pour piano de Čiurlionis, paru en 1999 [4]. L’auteur analyse l’héritage musical de Čiurlionis dans le cadre de la musicologie en Lituanie et dans le monde, selon un triple point de vue éducatif, musicologique et textuel. Les manuscrits de Čiurlionis - qui se trouvent pratiquement tous au Musée de Kaunas, à quelques exceptions près - comportent toute une série de divers ornements graphiques et quelques dessins. L’éditeur est confronté à de nombreux problèmes : des compositions écrites au crayon, chargés de nombreuses corrections, inachevés, remaniés sur des carnets de brouillons. La façon de grouper les compositions est, elle aussi, mouvante. A l’heure actuelle, il existe trois différentes numérotations : celle de l’auteur (MKČ), celle de Jadvyga Čiurlionyte (JČ) et celle de Vytautas Landsbergis (VL). Il n’est pas évident non plus de savoir à quel instrument est dédiée telle ou telle composition : orgue ou piano. L’édition de compositions musicales est une branche relativement nouvelle de la musicologie : cela remonte au milieu du XVIIIe siècle en Europe occidentale. De nos jours, il existe trois sortes de publications : fac-similé, version originale (Urtext), édition destinée à des objectifs variés (pédagogique, musicologique, performatif). Vytautas Landsbergis a donné l’essor en Lituanie à un nouveau stade de pratique éditoriale : la discussion de toutes les sources connues, commentaires et notes additionnelles comportant des suggestions.

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Dans un ouvrage plus récent, paru en anglais en 2003 [5], Darius Kučinskas a réuni trois études sur la genèse de l’art de Čiurlionis : le son, la couleur, le mot ; sur la nature instrumentale de la musique pour piano ; et sur une analyse de la Fugue en si bémol mineur.

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La publication par Vytautas Landsbergis, en 2004, d’un ouvrage comportant l’ensemble des compositions pour piano de Čiurlionis [6] a constitué un autre pas décisif, après l’étude sur les manuscrits de Darius Kučinskas, dans la pleine reconnaissance de Čiurlionis en tant que compositeur. Ce précieux livre offre plus de 400 pages de partitions, suivies d’un commentaire de V. Landsbergis. Dans la présentation de ce livre, l’auteur signale que la plupart des compositions pour piano de Čiurlionis dans cet ouvrage proviennent des manuscrits qui sont conservés au Musée national de Kaunas. Il précise que la plupart du temps, Čiurlionis n’écrit que les notes : le tempo, la dynamique et les autres indications relatives à l’interprétation sont très rares. Les indications sont donc des suggestions et des avis de l’éditeur destinés à de futurs interprètes. La numérotation des compositions (VL 185, etc.) est tirée de la monographie de V. Landsbergis, La Musique de Čiurlionis (Vilnius, 1986). Enfin, les œuvres sont regroupées selon les genres et les cycles.

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Vytautas Landsbergis donne (p. 422) la liste des œuvres pour piano de Čiurlionis, que nous reproduisons ci-dessous :

Deux NocturnesHuit pièces pour piano

Huit Mazurkas

Préludes de Druskininkai

Canons et Fugues

Miniatures de Leipzig

Du Cycle inachevé

Quatre Préludes et un fragment tiré de la Mer

Fuguette et deux Préludes en si mineur

Quatre Préludes

Trois pièces pour piano

Petite Sonate (Quatre compositions sur un thème)

Six pièces pour piano

Deux Préludes

Variations sur le thème Sefaa Esec

Variations sur le thème Besacas

Diptyque

Quatre pièces pour piano

Nos petites chansons [7]

Nouveaux modes.

Trois Préludes

Sturm und Drang

Formes classiques (Fuguettes, Canon, Fugue en mode diminué)

La Mer.

Cycle de petits paysages

Préludes La Mer

Deux Préludes en sol mineur

Le dernier été (Huit Préludes)

Fugue en si bémol mineur

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Après les partitions, l’interprétation ! C’est un grand cadeau qui vient de nous être fait, durant l’année 2011, avec la parution du livre de Rokas Zubovas, Compositions pour piano de Čiurlionis [8].

Dans son introduction, Rokas Zubovas - lui-même interprète de l’intégrale de l’œuvre pianistique de Čiurlionis - définit les deux pôles du langage musical de Čiurlionis, ouvertement romantique durant ses années d’études, puis qui devient hautement personnel dans ses œuvres de la maturité. On y des innovations qui précèdent de plus d’une décennie la technique dodécaphonique de Schönberg. Un siècle après la disparition de Čiurlionis, la question de savoir quel est le plus important de ses deux moyens d’expression - la musique ou la peinture - demeure ambiguë. Alors que le peintre a joui aussitôt après sa mort d’une reconnaissance certaine, tel ne fut pas le cas de sa musique. Toutefois, dès 1912, un célèbre critique de l’époque, V. Karatygin, reconnaissait son originalité dans le domaines musical.

La plus grande partie des manuscrits musicaux de Čiurlionis n’ont survécu que sous la forme de brouillons et d’esquisses. Jusqu’à la fin des années 1950, la musique de Čiurlionis était représentée par cinq petits volumes de pièces pour piano de peu d’étendue, de canons et de fugues pour orgue et d’arrangements de chants populaires pour des chorales. Une considérable extension de la connaissance de l’œuvre musicale est redevable au musicologue et pianiste Vytautas Landsbergis. Ce dernier a recueilli, au cours de voyages à travers la Pologne, le témoignage de contemporains de Čiurlionis encore vivants, qui apportent de précieuses indications sur la période polonaise du compositeur. Rokas Zubovas salue également l’apport de Darius Kučinskas, auteur d’une contribution importante en ce qui concerne le catalogage des œuvres pour piano de Čiurlionis.

Le livre de Rokas Zubovas offre une cinquantaine de pages de reproduction de tableaux de Čiurlionis, d’une très bonne qualité graphique. Une trentaine de pages sont ensuite consacrées à la présentation des œuvres pour piano, groupées selon les lieux de composition : Druskininkai, Varsovie, Leipzig, Saint-Pétersbourg.

Enfin - et c’est là un très grand cadeau - six CD permettent au lecteur d’écouter toute l’œuvre pour piano de Čiurlionis, interprétée par Rokas Zubovas. Cet ensemble comporte presque deux cents compositions pour piano de Čiurlionis, couvrant une période qui s’étend de 1896 à novembre 1909 (Fugue en si bémol mineur, VL 345). Les œuvres sont groupées selon un principe de localisation : les quatre villes dans lesquelles Čiurlionis a passé la plus grande partie de sa vie. Chaque ville représente une étape particulière de sa trajectoire en tant que créateur. Druskininkai est le lieu de l’enfance, de la découvert de son attirance pour une vie vouée à la beauté. Les sources d’inspiration sont alors la nature environnante et les chants populaires. Varsovie est la ville de l’adolescence et des études, prolongées une dizaine d’années ; c’est le lieu de la composition de la plupart de ses œuvres pour piano dans un esprit romantique. A Leipzig, Čiurlionis étudie le contrepoint et l’instrumentation, il découvre l’art européen. C’est le lieu de composition des grandes fugues pour piano. Saint-Pétersbourg représente une source de nouvelles idées artistiques. C’est pour Čiurlionis le lieu d’une reconnaissance internationale, à la fois comme peintre et comme compositeur.

Autour du Centenaire : Conférences, expositions, concerts

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13 - Catalogue de l’exposition de Milan - 2010

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Le 25 septembre 2011, le pianiste italien Orazio Sciortino a donné à la Maison Čiurlionis de Vilnius, à l’invitation de Stasys Ubonas, un récital de piano - fort apprécié - durant lequel il a interprété des œuvres de Čiurlionis et des préludes de Scriabine. Il est réjouissant de voir la musique de Čiurlionis se répandre de plus en plus hors des frontières de la Lituanie.

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Un des grands moments des célébrations du Centenaire de la mort de Čiurlionis a été le Congrès international qui s’est tenu à Vilnius du 21 au 24 septembre, autour du thème « Čiurlionis, son temps et notre temps ». Plusieurs conférences plénières avaient été organisées, traitant des thèmes suivants :

Les œuvres de Čiurlionis dans la perspective d’un centenaire : critique d’art et vie sociale - Rasa Andriušytè-Žukienè

Le sublime - Jonas Bruveris

Étude des marges dans les compositions de Čiurlionis : techniques d’arrangement des strates musicales - Gražina Daunoravičienè

Fin de siècle : un phénomène dans l’art européen et chez Čiurlionis - Hermann Jung

Le puzzle de Čiurlionis - Jacek Szerszenowicz

Recherche sur Čiurlionis - Vytautas Landsbergis

Čiurlionis à la lumière de la sémiotique existentielle - Eero Tarasti

Ne pouvant ici tout commenter, nous nous limiterons à la présentation de quatre communications qui nous ont paru particulièrement intéressantes et originales.

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Musicologue et sémioticien finlandais, Eera Tarasti est né à Helsinki en 1948. Il a consacré une thèse à Sibelius et il est l’auteur de nombreux ouvrages présentant une approche sémiotique de la musique : Mythe et musique. Une approche sémiotique des esthétiques du mythe en musique, notamment chez Wagner, Sibelius et Stravinsky (1979) ; La musique comme langage (1887-1988) ; La sémiotique musicale (1996) ; Fondements de la sémiotique existentielle (2009). Son dernier ouvrage, Fondements de la sémiotique existentielle [9], propose une nouvelle théorie et une approche philosophique de l’étude des signes et de la communication. Les racines de sa recherche se situent dans la sémiotique classique (Claude Lévi-Strauss, Algirdas J. Greimas), revue à la lumière de la tradition philosophique allemande et « existentielle » (Kant, Hegel, Kierkegaard, Husserl, Heidegger, Jaspers, Hannah Arendt, Gabriel Marcel).

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Docteur en chimie, travaillant dans le domaine de la production de nouveaux médicament à Moscou, Leonid Fleyderman a pour hobby de prédilection la musique. Il a découvert la peinture de Čiurlionis lors d’une exposition à la Galerie Tretiakov en 1975. Il a noué, depuis, des relations avec les deux sœurs de Čiurlionis, Valerija et Jadvyga et il participe régulièrement aux conférences « Čiurlionis et le monde » organisées chaque été à Druskininkai par Rimantas Astrauskas. Leonid Fleyderman, dans sa communication sur « les disciples de Čiurlionis en Russie », a présenté le groupe Amaravella - un nom construit sur des racines sanscrites, qui peut se traduire par « les porteurs de lumière » ou par « germes d’immortalité ». C’est le nom choisi par un groupe de six peintres résidant à Moscou au milieu du XXe siècle, et unis par leur sens de la dimension cosmique dans la peinture : Alexander Sardan (1901-1974), Sergeï Chigolev (1895-1951), Vera Pchesetskaïa (1879-1945), appelée Runa, Boris Smirnov-Rusetski (1905-1993), Victor Chernovolenko (1900-1972), Piotr Fateïev (1891-1971), peintre professionnel, leader du groupe. Ces artistes ont reçu le soutien de Nicolas Roerich qui les aida à prendre part à des expositions de sa « Couronne du Monde » à New York en 1927 et 1928. Tragique fut la destinée du groupe Amaravella : la moitié d’entre eux ont été victimes des purges staliniennes. Selon Leonid Fleyderman, Amaravella est une continuation, dans un certain sens, de l’œuvre de Čiurlionis.

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« Des alphabets imaginaires de Čiurlionis à Max Ernst » : tel était le titre de la communication de Nathalie Lorand, qui a soutenu une thèse sur Čiurlionis à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne sous la direction de Marina Vanci-Parahim. Nathalie Lorand a publié également des articles sur Čiurlionis dans Les Cahiers lituaniens (2003, 2007). Dans sa communication, elle signale l’invention en 1902 par Čiurlionis d’un alphabet imaginaire qu’il utilise dans la correspondance avec son frère : voici encore un nouveau point commun entre Čiurlionis et J.R.R. Tolkien. Or, cet alphabet réapparaît dans certains des tableaux de l’artiste, et son propre monogramme devient une part constitutive de certaines compositions, telles que l’Allegro de la Sonate de l’Été ou le Finale de la Sonate de la Mer. Cette pratique trouve, selon Nathalie Lorand, un écho dans l’œuvre de Max Ernst, qui a développé une « écriture secrète » dans sa collection d’eau-forte Maximiliana ou l’exercice illégal de l’astronomie ainsi que dans certains tableaux comme Le Monde des naïfs (1965).

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Vance D. Wolverton est professeur de musique à l’Université du Nord Kentucky. Il évoque, dans sa communication « Influence de Čiurlionis en Amérique : l’Ensemble Čiurlionis d’art national lituanien (1949-1992) », un ensemble choral formé en 1940 par Alfonsas Mikulskis, rapidement interdit par le pouvoir communiste. Mikulskis émigre aux États-Unis, à Cleveland. De 1950 à 1993, le « Čiurlionis Ensemble » fonctionnera comme un « ambassadeur culturel » lituanien en Amérique. Après la mort de Mikulskis en 1983, le « Čiurlionis Ensemble » survit une dizaine d’années, puis se disperse en 1992.

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A Druskininkai, dans le sud de la Lituanie, ville où le père de Čiurlionis était organiste, se tient chaque été, au début août, un Festival avec de nombreux concerts et conférences. Les Actes de ces rencontres, organisées par Rimantas Astrauskas, constituent de précieux documents sur les axes de la recherche dans les deux domaines de la musique et de la peinture de Čiurlionis.

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Pour ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance de Čiurlionis et se tenir au courant des diverses manifestations - concerts ou expositions - nous ne saurions trop recommander l’excellent site http://ciurlionis.eu/en/ , site trilingue (lituanien, russe, anglais) qui propose une multitude de sujets : une biographie détaillée de Čiurlionis ; une galerie de tableaux, dont on relèvera l’excellente qualité du graphisme et de la couleur ; une liste des compositions musicales ; une galerie des œuvres graphiques : des textes littéraires de Čiurlionis ; un album photographique ; les actualités relatives à Čiurlionis ; les concerts et expositions ; la présentation d’ouvrages ; des partitions ; des enregistrements d’œuvres de Čiurlionis.

Charles Ridoux
Amfroipret, le 16 novembre 2011

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Suite dans : Centenaire de Čiurlionis - IV - [http://ridoux.fr/spip/spip.php?arti…]

Notes

[1] Acta Academiae Artium Vilnensis – 59, Vilnius, 2010. Meno idèju migracija XX a. Pradžioje : M.K. Čiurlionis ir amžininku kuriba. [The migration of art ideas at the early 20th century : the creation of M.K. Čiurlionis and his contemporaries].

[2] Petruševičiute Laima Marija, Melancholija ir Saule. Munchas ir Čiurlionis, Vilnius, Mintis, 2008. [Mélancolie et Soleil. Čiurlionis et Munch].

[3] Zielinski Tadeusz A., Frédéric Chopin, Paris, Fayard, 1995.

[4] Kučinskas Darius, M. K. Čiurlionio kūriniai fortepijonui : rankraščiai ir redakcijos, Vilnius, 1999.

[5] Kučinskas Darius, Three Etudes on music of Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, Kaunas, Technologija, 2003.

[6] M.K. Čiurlionis, Kuriniai Fortepijonui. Visuma, ed. by Vytautas Landsbergis, Kaunas, 2004. [Compositions for Piano. Completed].

[7] Il s’agit d’une expression de Čiurlionis lui-même pour désigner les chants populaires lituaniens.

[8] Zubovas Rokas, M. K. Čiurlionio Compositions for Piano, 2011.

[9] Tarasti Eera, Fondements de la sémiotique existentielle, Paris, L’Harmattan, 2009.


Documents joints


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