Cyclologie traditionnelle et fin du Kali Yuga

Mercredi 18 novembre 2009, par Charles RIDOUX // 5. Tradition

Introduction

René Guénon

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Nous avons commencé à introduire, dans la partie « Approfondissement » de notre séminaire parisien, la prise en compte des trans-neptuniennes (TNP) de l’École de Hambourg, qui viennent interférer avec le carré UR-PL ainsi qu’avec le septile NE-PL en orbe entre 2001 et 2011. Nous allons franchir un grand pas aujourd’hui en introduisant, pour la première fois dans notre pratique d’astrologue, les enseignements tirés de la cyclologie traditionnelle, prenant appui sur l’œuvre de René Guénon et sur les études particulières apportées en ce domaine par son disciple Gaston Georgel, ainsi que sur l’œuvre de Raoul Auclair qui développe le tableau de l’Eschatologie contenue dans l’Écriture sainte en montrant la réalisation de la Prophétie en Histoire.

Il nous apparaît que, désormais, notre recherche nous conduira à opérer une double articulation entre - sur un plan purement terrestre - astrologie mondiale et géopolitique et - sur un plan supérieur, qui dépasse les réalités visibles pour trouver son ancrage dans les Nombres qui régissent l’univers – entre la cyclologie traditionnelle et la prophétie. L’attitude mentale mise en œuvre dans ces deux plans n’est pas du même ordre. Dans l’horizontalité immanente de l’étude des cycles planétaires en corrélation avec les phénomènes collectifs de l’humanité, il est possible de s’en tenir à une position de profane, au sens premier du terme (celui qui se tient sur le parvis du temple), n’engageant aucune démarche d’ordre spirituel – sinon une éthique de la probité intellectuelle et scientifique qui devrait être celle de « l’honnête homme » à toutes époques. Avec la cyclologie traditionnelle et la prophétie qui vient l’éclairer, nous entrons dans la sphère du sacré, nous sommes conviés à nous ouvrir à une verticalité transcendante. Il n’est pas question ici de « foi » au sens sentimental et affadi que ce terme a pris à la suite de son immersion dans la philosophie kantienne, mais bien - comme l’a montré par exemple Claude Tresmontant dans ses études sur le substrat hébraïque contenu dans le grec des Évangiles - de cette certitude de l’intelligence que signifie le mot hébreu emouna et que l’on trouve dans l’Amen des chrétiens.

Selon le christianisme orthodoxe, depuis ses origines, l’existence de Dieu n’est pas une question de foi, au sens moderne qu’a pris ce terme, ou de croyance, mais une question de connaissance, une question d’intelligence. Dieu est connaissable et connu, indépendamment de la Révélation, par les peuples païens, à partir de la Création.

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L’astrologie mondiale repose sur la connaissance des cycles planétaires ; en tant qu’algèbre céleste, elle marque les temps avec une parfaite certitude, que les connaissances astronomiques de notre temps, avec l’aide de l’outil informatique, permettent de déterminer à la minute, voire à la seconde près. Mais lorsqu’il s’agit d’interpréter les événements collectifs qui affectent l’humanité, l’astrologie mondiale a besoin de recourir à l’histoire et à la géopolitique – lesquelles relèvent normalement de la probité intellectuelle mais qui sont aussi, nous le savons bien, susceptibles d’être entachées de scories idéologiques. De toutes façons, nous sommes là dans le domaine du relatif, et l’on fait du mieux que l’on peut. La cyclologie traditionnelle, pour sa part, repose sur la connaissance des Nombres qui régissent l’univers et qui sont de l’ordre du sacré et qui touchent au monde angélique. Ces Nombres gouvernent des dimensions temporelles qui dépassent de façon démesurée toutes nos possibilités d’expérience humaine, mais que notre esprit peut naturellement concevoir. Mais, de même que l’astrologie mondiale doit trouver un support dans l’histoire pour proposer une interprétation des données cycliques, de même la cyclologie – science sacrée de la structure du Temps – trouve sa clef d’interprétation dans la Prophétie. La Prophétie ne vient pas de l’homme ; elle est un don qui nous est apporté d’en-haut afin de permettre aux générations qui traversent des périodes cruciales de tribulations de comprendre le sens de ces épreuves et de voir au-delà les promesses ouvertes aux cycles futurs. Mais pour être entendue, à la différence du discours historique ou du discours géopolitique qui ne demandent que l’intelligence de la raison humaine, la Prophétie demande que soit ouverte cette intelligence du cœur qui rend attentif aux lumières dispensées d’en haut durant les Âges sombres.

Une image résumera ici notre pensée : on pourrait comparer la pratique de l’astrologie mondiale à un voyage en avion supersonique qui permet une navigation intercontinentale sur Terre ; la pratique de la cyclologie traditionnelle, pour sa part, relèverait d’une navigation en fusée interplanétaire nous emportant à travers l’espace interstellaire – au moins, pour l’instant, jusqu’aux ultimes confins de notre système solaire, jusqu’à la Ceinture de Kuiper avec laquelle commencent à nous familiariser les découvertes de ce début du XXIe siècle, sous les auspices favorables d’un septile NE-PL.

Les deux courants de la cyclologie traditionnelle

La cyclologie hindoue – Gaston Georgel

Nous allons quitter maintenant, pour un temps de ressourcement essentiel, tous les soucis de ce monde et nous rendre en un lieu devenu inaccessible et qui, cependant, est le lieu d’où sortent les quatre fleuves du Temps et de l’Espace : le Paradis. Ce mot, issu du sanscrit Paradêsha et dont les Chaldéens ont fait Pardes, désigne en effet le point de départ de toute tradition, la source unique de tout enseignement ; dans un chapitre de son ouvrage Symboles fondamentaux de la Science sacrée - chapitre intitulé « Les Gardiens de la Terre Sainte » et consacré à la Tradition primordiale et aux traditions qui en dérivent - René Guénon précise :

Cette source est identique à la « fontaine d’enseignement », qui est en même temps la « fontaine de jouvence » ; ses eaux s’identifient à « l’élixir de longue vie » des hermétistes ou au « breuvage d’immortalité » [2].

C’est à cette source de vie et à ce breuvage d’immortalité que sont conviés les chrétiens dans le festin de l’Eucharistie ; dans la liturgie orthodoxe, le chant qui accompagne la communion des fidèles est le suivant : « Recevez le Corps du Christ, buvez à la source immortelle / Je prendrai la coupe du salut et j’invoquerai le nom du Seigneur ». Formules qui sont en étroite résonance avec les ineffables mystères qu’évoque la légende du Graal auquel, précisément, René Guénon consacre plusieurs chapitres de son livre sur les symboles fondamentaux.

Cette assimilation de la Tradition avec le Paradis – dont nous savons bien, hélas, que nous sommes coupés, permet d’écarter dès l’abord une idée erronée, qui consisterait à voir dans la Tradition quelque chose de passé. En fait, la Tradition est hors du temps - « avant » le Temps, pour ainsi dire – ce qui veut dire que chaque génération qui s’inscrit au fil du temps a pour tâche de se relier à cette source vitale. C’est en ce sens que la Tradition se présente aussi sous l’aspect d’une transmission : non point d’un savoir établi et cumulatif, comme la science moderne, mais d’une connaissance qui est avant tout – faute de quoi elle n’est rien du tout – ce qui nous rend capables d’être reliés à la source immortelle. Lien que rend d’ailleurs très opératif l’invocation du « Nom du Seigneur », cette pratique de la « prière du cœur » qui est conservée dans la tradition hésychaste toujours vivante dans le monachisme orthodoxe. Toutefois, comme une conséquence du lien renoué avec la source, il existe bien aussi, dans les sociétés traditionnelles, des enseignements particuliers, notamment ceux qui concernent notre existence dans un monde structuré par l’Espace et par le Temps. On peut considérer ces sciences comme « sacrées », dans la mesure où, à la différence des savoirs profanes qui sont essentiellement d’ordre quantitatif, elles relèvent du qualitatif et reposent sur la connaissance des Nombres constitutifs des lois sur lesquelles repose l’Univers. Par la connaissance de ces Nombres, nous pénétrons dans les mystères propres au monde angélique. On pourrait citer, dans le domaine de la géographie sacrée, les travaux de Jean Richer sur la géographie sacrée du monde grec, où ce savant a mis en valeur le rôle de centres – d’omphalos – que jouaient Delphes, Délos et Sardes dans la Grèce antique [3] ; ou encore les articles et les ouvrages de Jean Phaure consacrés à la géographie sacrée de la France [4].

Mais ici, ce qui nous intéresse, c’est le temps plutôt que l’espace, et c’est vers cette science complémentaire de la géographie sacrée qu’est la cyclologie traditionnelle que nous allons prêter attention. Nous prendrons en considération deux grands courants qui se distinguent par leurs sources et par l’étendue du temps qu’ils englobent. Un premier courant est celui de la cyclologie hindouiste pour la connaissance de laquelle René Guénon a fourni des clés très précieuses dans un article intitulé « Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques » ; cet article a paru en anglais en 1937, dans le Journal of the Indian Society of Oriental Art, dans un numéro dédié à Ananda K. Coomaraswamy à l’occasion de son soixantième anniversaire. Cet article constitue le premier chapitre d’un ouvrage posthume intitulé Formes traditionnelles et cycles cosmiques. [5] C’est dans la foulée de cet enseignement, et avec les encouragements de René Guénon lui-même, que Gaston Georgel a exposé, de façon très détaillée, ses recherches sur la cyclologie traditionnelle dans cinq ouvrages. Les deux premiers ont été publiés encore du vivant de René Guénon : Les Rythmes dans l’histoire (1947) et Les Quatre Âges de l’humanité (1949) ; le troisième, L’Ère future et le mouvement de l’Histoire, est paru en 1956, deux autres sont plus récents : Le cycle judéo-chrétien (1983) et Chronologie des derniers temps (1986). [6]

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La caractéristique fondamentale de la cyclologie traditionnelle est que celle-ci répond à une logique d’involution cyclique qui est radicalement opposée à l’idéologie moderne du progrès qui prévaut dans la civilisation occidentale depuis le Siècle des Lumières. La conception traditionnelle s’exprime par la doctrine des quatre Âges selon laquelle l’humanité – ou une humanité – évolue, ou plutôt involue, à partir d’un Age d’Or, passant ensuite par un Age d’Argent, puis un Age d’Airain pour aboutir à un Age de Fer. Comme l’indique Jean Phaure dans son Cycle de l’humanité adamique [7], l’échelonnement des quatre Âges s’opère selon des durées inversement proportionnelles à la Tétraktys pythagoricienne (4 + 3 + 2 + 1 = 10) :

  • Age d’Or25 920 ans
  • Age d’Argent19 440 ans
  • Age d’Airain12 960 ans
  • Age de Fer6 480 ans
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Le cycle de base est celui de la Précession des Équinoxes, lequel est de 25 920, soit 12 x 2160 ans, le temps que met le point vernal à parcourir un signe du zodiaque stellaire. Les représentants de la pensée traditionnelle – René Guénon, Gaston Georgel, Jean Phaure, Raoul Auclair, Vlaicu Ionescu – partagent tous la conviction que l’époque actuelle se situe vers la fin d’un Age de Fer, dont le début pourrait se situer autour de 4 000 ou 4 500 ans avant l’ère chrétienne. Les diverses traditions présentent un tableau redoutable de cette fin de cycle ; un passage du Vishnou Purana, texte eschatologique hindou qui décrit dans le détail la fin de l’Age de Fer, montre combien cette période se caractérise par une sorte d’inversion généralisée de toutes les valeurs et par la ruine de toutes les institutions établies : n’est-ce pas là ce que connaît la civilisation moderne depuis la « révolution culturelle » qui s’est propagée à travers le monde entier au moment de la conjonction UR-PL de 1965, et qui a provoqué en France la crise de Mai 68, qui demeure emblématique de cet état d’esprit ?

Dans la cyclologie hindoue, telle que l’expose René Guénon, le cycle total de développement d’un monde constitue un Kalpa, lui-même subdivisé en Manvantaras, au nombre de quatorze, formant deux séries septénaires. On pourrait représenter symboliquement cette structure par un double chandelier à sept branches, l’un descendant, l’autre montant. Dans la doctrine hindoue, un Manvantara est à son tour subdivisé en quatre Yugas, qui correspondent aux quatre Âges (Or, Argent, Airain et Fer). Selon René Guénon, chaque période est marquée par une dégénérescence par rapport à celle qui l’a précédée :

Tout développement cyclique, c’est-à-dire en somme tout processus de manifestation, impliquant nécessairement un éloignement graduel du principe, constitue bien véritablement en effet une « descente », ce qui est d’ailleurs aussi le sens réel de la « chute » dans la tradition judéo-chrétienne.

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Cette division du Manvantara suit le rythme d’une durée décroissante qui correspond, en sens inverse, à celle de la Tétraktys, d’où l’importance du nombre 4320. Guénon précise que, si la durée du Manvantara est de 4320 ans, celles des quatre Yugas seront respectivement 1728, 1296, 864 et 432. Ce nombre de 4320 équivaut à 360 x 12, et tous les autres nombres cycliques sont, eux aussi, en rapport direct avec la division géométrique du cercle. Le nombre 4320 est en rapport avec le nombre de la précession des équinoxes (4320 x 6 = 25 920), et aussi avec un nombre cyclique fondamental – 72 (4320 = 72 x 60).

A partir de ces données, René Guénon pose une question difficile à résoudre : quelle est la durée réelle du Manvantara ? Il appert, au regard de la plupart des grandes traditions, que la plus fréquemment avancée n’est pas celle même de la précession des équinoxes, mais sa moitié, qui correspond à la « Grande Année » des Perses et des Grecs, de 12 960 ans. Le Manvantara, selon les Chaldéens, devrait correspondre à cinq de ces Grandes Années, soit 64 800 ans (soit 4320 x 15). Ces cinq Grandes Années se répartissent inégalement selon les Âges : 2 pour l’Age d’Or, 1 ½ pour l’Age d’Argent, 1 pour l’Age d’Airain et ½ pour l’Age de Fer.

Notons au passage que, comme l’indique Gaston Georgel dans sa contribution au volume des Cahiers de l’Herne en hommage à René Guénon, la doctrine hindoue ne parle pas des Grandes Années et donne, pour les Yugas, des durées bien différentes – qui atteignent des dimensions astronomiques (des millions d’années) :

Mais ici, une autre question se pose encore : d’où René Guénon tenait-il le texte qu’il a publié ? Certainement pas de la doctrine hindoue qui ne parle pas des Grandes Années et donne, pour les différents Yugas des chiffres bien différents. On peut certes faire à ce sujet des hypothèses, mais ce ne seront jamais que des hypothèses. Il y avait des énigmes dans la vie intellectuelle de René Guénon : en voilà une de plus ! [8]

C’est bien, cependant, René Guénon qui a fourni à Gaston Georgel la boussole de la doctrine des cycles. Le premier livre de Gaston Georgel, Les Rythmes dans l’Histoire, date de 1937, avant donc que Gaston Georgel ait pu prendre connaissance de l’enseignement de René Guénon dans son article en hommage à Coomaraswamy. De fait, cet ouvrage était le résultat de recherches personnelles et empiriques, entreprise sur la base du constat d’un parallélisme à un intervalle de 539 ans entre les règnes de Saint Louis et de Louis XVI. La méthode utilisée dans cet ouvrage est une simple extension de ce constat à d’autres parallélismes présents dans le cours de l’Histoire des civilisations méditerranéennes, répondant à des intervalles cycliques multiples (parmi lesquels semblent privilégiées les périodes de 1030 ans, de 539 ans, de 1078 ans, ainsi que le cycle de 2160 ans. Dans la recension que faisait René Guénon du livre de Gaston Georgel dans le numéro d’octobre 1937 de la revue Les Études Traditionnelles, le métaphysicien insistait sur le fait que l’axe de la cyclologie traditionnelle tournait autour de la période de la précession des équinoxes et de ses divisions, et que sa durée était de 25 920 ans. Cette indication fondamentale allait nourrir la suite des travaux de Gaston Georgel. Déjà, la seconde édition des Rythmes de l’Histoire, parue après la guerre en 1947, témoigne d’apports nouveaux fournis à Gaston Georgel, soit par René Guénon lui-même, soit par diverses personnes de son entourage, qui permirent à l’auteur d’éliminer certaines théories douteuses et d’offrir deux développements nouveaux : un historique sur la question des cycles, et une étude du cycle de 130 ans.

Il peut être intéressant de relever au passage un fait qui relève de l’histoire, sinon de l’astrologie, du moins des astrologues au XXe siècle. Dans sa conclusion, Gaston Georgel évoque les démêlés qu’il eut, au moment de l’Occupation et alors qu’il se trouvait à Belfort, avec la Gestapo qui l’avait emprisonné en 1942 au motif « d’offense envers l’Allemagne et son Führer », sans doute du fait de prévisions défavorables au Troisième Reich, qui manquaient, selon les autorités occupantes, d’ « objectivité ». Gaston Georgel dut son salut à l’intervention habile d’une interprète de la Croix-Rouge qui réussit à la tirer des griffes de la Gestapo. Mais il évoque aussi, en rappelant cette affaire, le triste destin de l’astrologue zurichois Karl Ernst Krafft, lequel, après avoir naïvement confié aux dirigeants de l’Allemagne hitlérienne que le destin leur deviendrait sans doute contraire à partir de la fin de l’année 1942, fut déporté au camp de Buchenwald où il mourut. Or, Krafft avait reproché à Gaston Georgel son hostilité envers le régime hitlérien :

Notre manque d’ « objectivité » nous a valu en 1942 d’être emprisonné, pour avoir « offensé l’Allemagne et son Führer », mais la suite des événements a malheureusement prouvé que nos appréciations étaient en dessous de la vérité, et l’intellectuel suisse K.-E. Krafft qui nous avait reproché notre manque d’aménité à l’égard du National-socialisme a pu constater personnellement, hélas ! avant de mourir à Buchenwald qu’il avait bien affaire à de sinistres barbares. [9]

Les deux recensions de René Guénon (portant respectivement sur les éditions de 1937 et de 1947) témoignent d’un accueil bienveillant quoique critique : le maître déplore le manque de données traditionnelles et certaines fantaisies dans les applications. René Guénon ne met pas explicitement en cause la méthode des parallélismes – qui nous semble une approche vraiment « simpliste » de l’Histoire – mais il évoque les « fâcheux enfantillages de certains occultistes », dont Gaston Georgel saura heureusement se libérer par la suite grâce à l’enseignement doctrinal de René Guénon. Ce dernier précise, dans ses deux comptes rendus, que le cycle de 539 ans doit être conçu en fait comme un cycle jubilaire de 540 ans (77 x 7 + 1) et que ce nombre est une extension de la « semaine d’années jubilaires (50 = 7 x 7 + 1). Il en découle que le cycle de 1078 ans évoqué par Gaston Georgel doit être à son tour ramené à un cycle de 1080 ans.

Deux ans après sa réédition des Rythmes dans l’Histoire, Gaston Georgel publiait un second ouvrage intitulé Les Quatre Âges de l’humanité – achevé à Pâques 1949. La même année, il avait publié la traduction en français d’un ouvrage important dans le domaine de la cyclologie, Les Lois de l’Histoire, du baron Stromer von Reichenbach, paru en 1924, et qui proposait une application relative à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. [10] Cet ouvrage parut à Nice aux éditions des Cahiers astrologiques, et nous sommes assurés des liens étroits entre Gaston Georgel et Alexandre Volguine, puisque l’exemplaire que nous possédons de ce livre comporte une dédicace « A M. Volguine, en très amical hommage », datée de Belfort, le 12 mai 1952.

L’avant-propos de ce second ouvrage de Gaston Georgel témoigne d’une maîtrise nouvelle et d’une incomparable assurance acquises depuis sa rencontre avec René Guénon. Désormais, son ancrage dans le cycle précessionnel est assuré par une référence accentuée au « mois cosmique » de 2160 (le temps que met le point vernal à parcourir un signe du zodiaque), cependant que le champ de ses recherches est étendu à l’entièreté du grand cycle de 64 800 (soit cinq « Grandes Années » de 12 960 ans). En outre, on peut constater que Gaston Georgel fait sienne une des idées majeures de l’enseignement de René Guénon dans le domaine de la cyclologie, à savoir qu’il existe des « barrières » du temps infranchissables pour notre humanité ; dans le passé ont certainement vécu – avant ce cycle de 64 800 ans – d’autres humanités dont nous ne pouvons absolument rien savoir. Et au-delà, dans un futur qui semble proche, se dessine la perspective d’un nouveau « siècle » dont la seule chose que nous puissions savoir est ce qu’en dit l’Apocalypse de saint Jean, lorsqu’elle évoque de « nouveaux Cieux » et une « Terre nouvelle ». Perspective qui, soit dit en passant, pourrait se réaliser sous la forme d’un « renversement des pôles » dont René Guénon évoque l’éventualité. Pour sa part, Gaston Georgel n’hésite pas à évoquer la perspective d’une troisième guerre mondiale, qu’il situe au commencement du XXIe siècle, qui viendrait mettre le point final à une histoire vieille de 65 millénaires.

Désormais, Gaston Georgel écarte les hypothèses de la science moderne en vogue depuis le XIXe siècle pour ne suivre comme guide que les textes fournis par les traditions gréco-romaine, hébraïque, hindoue et chinoise :

Tout d’abord en suivant le rythme ternaire des trois cycles polaires dont chacun correspond à l’une des trois fonctions du Roi du Monde ; ensuite à travers la succession des quatre Âges traditionnels d’or, d’argent, d’airain et de fer ; puis, enfin, dans la ronde des cinq Grandes Années de chacune treize mille ans environs. [11]

On relèvera au passage l’allusion au « Roi du Monde », qui renvoie au célèbre ouvrage de René Guénon, paru en 1927, et dont les trois fonctions s’apparentent à celles de « Roi, Prêtre et Prophète » dont témoigne l’hommage rendu au Christ par les Rois Mages sous la forme du triple don de l’or, de la myrrhe et de l’encens.

Ce nouvel ouvrage est infiniment mieux structuré que le précédent, solidement charpenté par les grandes scansions du Manvantara selon les quatre Âges de l’humanité. On pourrait considérer, d’une certaine manière, ce livre comme une sorte de « traité de cyclologie traditionnelle ». Un autre ouvrage vient compléter l’apport de Gaston Georgel à la cyclologie, en 1956, L’Ère future et le Mouvement de l’Histoire. Puis, après une longue période, les éditions Archè de Milan éditent successivement, en 1983 et en 1986, deux derniers livres : Le Cycle judéo-chrétien et Chronologie des Derniers Temps. On peut signaler en outre, parmi quelques inédits, un autre texte qui concerne la cyclologie, Bible et Doctrine des Cycles. Il nous est impossible, dans le cadre de ce séminaire, de présenter plus en détails cette œuvre considérable ; nous projetons de le faire dans l’avenir, et notamment en la comparant avec cette autre contribution remarquable à la cyclologie traditionnelle que représente l’œuvre de Raoul Auclair que nous allons maintenant évoquer.

La cyclologie biblique – Raoul Auclair

La cyclologie exposée par Raoul Auclair s’insère également dans le cadre du grand cycle précessionnel de 25 920 ans, mais son champ d’étude est assez strictement limité aux 7 000 ans qui constituent le temps propre à ce que Raoul Auclair appelle « Notre Génération ». Par ailleurs, la cyclologie de Raoul Auclair prend appui avant tout sur l’Écriture sainte de la tradition judéo-chrétienne, s’appuyant sur les prophètes de l’Ancien Testament, éclairés par les chapitres eschatologiques des trois Évangiles synoptiques ainsi que par l’Apocalypse de saint Jean. Cette rigueur dans le choix des sources a pour conséquence une forte cohérence de la vision d’ensemble, qui permet d’éclairer de façon précise la phase actuelle de l’involution cyclique.

Raoul Auclair

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Raoul Auclair (1906-1997) est l’auteur de nombreux ouvrages qui visent à éclairer le sens de l’Histoire à la lumière des prophéties. Son premier ouvrage, intitulé Le Livre des cycles, paru en 1947 est à nouveau édité en 1973 sous le titre de La Fin des Temps ; la même année, un autre ouvrage, Histoire et Prophétie, est couronné par l’Académie Française. Auparavant, Raoul Auclair s’est fait connaître par une série de livres consacrés aux apparitions mariales dont il souligne le caractère eschatologique (à partir de la première apparition à Paris, rue du Bac, en 1830). On doit aussi à Raoul Auclair une exégèse remarquable des seize premiers chapitres de l’Apocalypse, parus en trois tomes en 1984-1985 et un livre fondamental, mais qui ouvre des perspectives vertigineuses, L’Homme total dans la Terre totale, qui date lui aussi de 1985.

Le point de départ de la cyclologie de Raoul Auclair se trouve dans le fameux songe du roi de Babylone Nabuchodonosor interprété par le prophète Daniel. Ce passage du Livre de Daniel fait écho à la doctrine des Quatre Âges de l’humanité dont nous avons évoqué la version hindoue, puisque la statue qui apparaît au roi a une tête d’or, une poitrine d’argent, des cuisses d’airain et des jambes de fer, et les pieds en partie de fer et en partie d’argile. Une pierre vient briser les pieds, la statue se disloque et se disperse, et la pierre devient une grande montagne qui remplit toute la terre. Le prophète Daniel, convoqué devant le roi, lui explique ce songe par l’évocation d’une succession de royaumes à venir. Cette lecture donnera lieu, au cours des siècles – et notamment parmi les exégètes chrétiens – à de multiples interprétations. On pourrait citer, par exemple, le Discours sur l’Histoire universelle de Bossuet où la succession des empires est dépeinte dans les termes majestueux du Grand Siècle :

Ainsi, quand vous voyez passer comme en un instant, devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l’univers ; quand vous voyez les Assyriens anciens et nouveaux, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Romains, se présenter devant vous successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres, ce fracas effroyable vous fait sentir qu’il n’y a rien de stable parmi les hommes, et que l’inconstance et l’agitation est le propre partage des choses humaines.

Ce qui distingue l’exégèse de Raoul Auclair, c’est qu’elle trouve son ancrage dans une chronologie précise qui prend appui à la fois sur une origine donnée par le texte source lui-même et sur la référence au cycle précessionnel des équinoxes. Daniel date son grand oracle du Colosse du songe de la deuxième année du règne de Nabuchodonosor, en l’an 602 av. J.-C., alors qu’à cette époque il était vraisemblablement un tout petit enfant. Raoul Auclair souligne que cette étrangeté scripturaire est, comme bien d’autres, à prendre comme une clef. En l’occurrence, c’est la façon dont la Prophétie signale, par son propre texte, son point de départ. Le Colosse comporte en fait cinq périodes qui correspondent à cinq suprématies :

  • La Tête d’or – la monarchie babylonienne du second empire d’Assyrie.
  • La Poitrine et les Bras d’argent – l’empire des Médo-Perses.
  • Le Ventre et les Cuisses d’airain – l’empire gréco-macédonien.
  • Les Jambes de Fer – l’empire des Romains.
  • Les Pieds de Fer et d’Argile – le temps des Nations, notre temps.

Selon Raoul Auclair, le Colosse en son entier dresse la prophétie du Temps des Gentils, dont la dernière partie correspond au Temps des Nations (« Gentils » provient du latin gentiles, les « nations » - qui se distinguent d’Israël, le peuple élu - c’est en ce sens que saint Paul est appelé « l’apôtre des Gentils »).

La cyclologie traditionnelle peut apparaître complexe dans ses développements ; dans ses fondements, elle est d’une merveilleuse simplicité, et elle correspond à ce qui structure au plus profond notre expérience humaine du Temps : le Jour, la Semaine, le Mois, l’Année. Une des grandes clefs de la cyclologie biblique repose dans un enseignement donné à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, dans les Psaumes et dans la seconde épître de saint Pierre :

Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il passe. (Ps 89 : 4)

Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c’est que, pour le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. (2 Pierre 3 :8)

Ainsi, la Semaine de « Notre Génération » comporte sept Jours de mille ans, soit 7 000 ans. Tel est le cadre à l’intérieur duquel se déploient à la fois l’Histoire et la Prophétie. C’est à l’aune de cette durée qu’il convient, soit dit en passant, de méditer la parole du Magnificat « Toutes les générations me diront bienheureuse », qui situe la fonction de Marie bien au-delà du cycle de la génération actuelle. On observe à ce propos que Raoul Auclair resserre de beaucoup les « barrières » du temps évoquées par René Guénon et reprises par Gaston Georgel. Cette semaine, par ailleurs, se décompose en 4 + 2 + 1, soit quatre mille ans avant l’ère chrétienne, deux mille ans qui viennent de passer, et mille ans qui sont devant nous. Dans cette optique, nous nous situons à la jointure – particulièrement éprouvante, mais aussi exaltante pour qui la vit en toute conscience – entre le Sixième et le Septième Jour. C’est à ce moment précis de notre Histoire que s’applique l’expression « la Fin des Temps » - qui n’est en rien – sinon par analogie - une « Fin du Monde ».

Si le point de départ de la Prophétie est indiquée dans le Livre de Daniel, le point d’arrivée peut se déduire à la fois du livre qui clôt l’Écriture saint, l’Apocalypse de saint Jean, et de la cyclologie fondée sur la précession des équinoxes. Deux nombres et une formule sont exprimés dans l’Apocalypse :

Ils fouleront aux pieds la Ville Sainte pendant quarante-deux mois. Mais j’enverrai mes deux témoins, revêtus de sacs, prophétiser pendant mille deux cent soixante jours. (Ap 11 :2-3)

Et la femme s’enfuit au désert, là où Dieu lui avait aménagé un refuge, afin qu’elle y soit nourrie pendant mille deux cent soixante jours. (Ap 12 :6)

Les deux ailes de l’aigle furent données à la femme pour s’envoler au désert, en son lieu, loin de la face du serpent, où elle doit être nourrie un temps, des temps et la moitié d’un temps. (Ap 12 :14)

Les trois formulations désignent une durée équivalente : 42 mois = 1260 jours (30 x 42 = 1260) ; et les trois temps et demi constituent une demi-semaine. La Semaine entière est donc de 2520 ans, soit une Semaine d’années (7 x 360). Ainsi la Prophétie de Daniel, éclairée par le grand livre prophétique qui clôt le Nouveau Testament, déroule dans l’Histoire le Temps des Gentils, qui s’étend de 602 av. J.-C. à l’année 1917 (602 + 1 + 1917 = 2520). Or cette année 1917, qui signe donc la fin du Temps des Gentils, est elle-même marquée d’un triple sceau. En premier lieu, par ce que Raoul Auclair appelle le Signal, c’est-à-dire le Retour d’Israël dans la terre d’où il fut exilé après la prise de Jérusalem par Titus en l’an 70 de notre ère. De même que le retour de la captivité de Babylone avait été précédé par l’Édit de Cyrus (en 536 avant notre ère), de même, une parole va ouvrir aux Juifs dispersés parmi les nations la voie du Retour sur la terre d’Israël : la Déclaration Balfour date du 2 novembre 1917. Cette date précède de quelques jours à peine l’autre sceau de l’année 1917 : l’instauration du communisme en Russie qui marque la fin virtuelle du Temps des Nations avec le fulgurant départ de l’Internationale qui va se lancer dans une conquête de la terre visant à l’asservissement des âmes et non seulement des corps. Le Temps des Nations, dans le grand tableau prophétique brossé par Raoul Auclair, constitue la cinquième et ultime phase du Temps des Gentils, qu’il décompose de la façon suivante en trois périodes selon les normes des temps de Daniel :

  • un demi-temps, ou un jour, soit 360 ans, pour les trois premiers empires (Babyloniens, Médo-Perses et Grecs)
  • un temps, ou deux jours, soit 720 ans, pour celui des Romains
  • deux temps ou quatre jours, soit 1440 ans, pour le Temps des Nations, cinquième et ultime phase du Temps des Gentils.

Le Temps des Nations est inauguré par le baptême de Clovis à Reims (à la Noël 496), qui est aux origines de la France et qui fait de son royaume la première des nations chrétiennes, la « Fille aînée de l’Église », selon l’expression consacrée.

Le troisième sceau qui fait de l’année 1917 une année tout à fait exceptionnelle dans le cours de l’Histoire du monde, c’est le miracle de Fatima, le prodige de la danse du soleil qui eut lieu le 13 octobre 1917 devant 70 000 personnes rassemblées en ce lieu du Portugal. Rappelons que les apparitions mariales à Fatima, qui commencèrent le 13 mai, transmettaient au monde un message directement en rapport avec l’avènement du communisme en Russie. L’année 1917 ouvrait ainsi une nouvelle période, très particulière, une sorte de « temps hors du temps », qui correspond à ce que les prophètes de l’Ancien Testament annonçaient comme le « Jour de Yahvé », un jour de colère et d’épouvante. C’est à ce Jour de 72 ans que Raoul Auclair a consacré un ouvrage qui porte ce titre (paru en 1975), et dont on peut considérer qu’il se clôt en principe avec l’année 1989 – qui vit la chute du Mur de Berlin et le début de la fin du communisme en Russie (mais non dans le monde). Comment, alors, qualifier le temps qui s’est ouvert en 1989 et quelle est la prochaine perspective cyclologique qui devrait se présenter devant nous ? Le dévoilement des prophéties ne s’effectue que progressivement, au fur et à mesure que la Prophétie se mue en Histoire. Comme le souligne à maintes reprises Raoul Auclair, la Prophétie n’a pas pour but de « raconter l’histoire avant qu’elle ne se déroule », mais bien d’éclairer la foi et l’espérance des fidèles lorsque, dans des temps de tribulations, l’Ombre semble envahir la terre entière - comme le Légendaire de Tolkien le suggère dans le cadre d’un univers fictionnel qui, à la manière des mythes anciens, a beaucoup à nous apprendre sur notre monde actuel. Lors d’un stage d’astrologie organisé à Laval en commun avec Philippe Lavenu et en présence de Jean Phaure, en 1993, nous avions évoqué déjà ce problème et émis l’hypothèse d’une période supplémentaire de fin de cycle d’une durée de 42 ans (un des nombres clés de l’Apocalypse), allant de 1989 à 2031, période scandée en son milieu par l’année 2010, dont on a précisément analysé les lourdes configurations sur le plan de l’astrologie mondiale.

Réflexions autour de la fin du cycle

Cette date de 2030 ou 2031 a été avancée, ici et là, comme devant marquer, selon diverses traditions, la fin du cycle actuel. A cette date Gaston Georgel consacre un chapitre de son dernier ouvrage, Le Cycle Judéo-Chrétien, et Jean Phaure en traite également dans son Cycle de l’Humanité Adamique. Dans l’avant-propos de son Cycle Judéo-Chrétien, Gaston Georgel définit en ces termes son objectif :

Le but du présent ouvrage est de montrer, ou mieux de prouver, que le cycle christique, c’est-à-dire la durée totale de la vie de l’Église depuis la Pentecôte jusqu’à la Parousie, soit 2000 ans, s’insère très exactement dans le déroulement de l’histoire de la présente humanité dont il constitue en quelque sorte, d’une façon non pas approximative, mais extrêmement précise, le sceau ou le couronnement, réalisant ainsi les promesses du cycle juif antérieur. [12]

S’appuyant sur les Évangiles, qui mettent en rapport la Crucifixion de Jésus le Vendredi Saint, puis la destruction de Jérusalem quarante ans plus tard, et enfin la destruction de Rome et le Jugement dernier à la fin des temps, Gaston Georgel affecte au cycle christique une durée de 2000 ans (à partir de la Crucifixion). Il évoque l’hypothèse du cardinal Nicolas de Cuse, qui, à partir du nombre jubilaire 50 (dans lequel saint Augustin voyait la « perfection de la récompense ») proposait une durée de 2500 ans (50 x 50). Ce nombre est associé à la Pentecôte (cinquante jours après Pâques – alors que l’Ascension se situe quarante jours après Pâques, nombre de l’épreuve) ainsi qu’au jubilé juif au terme duquel les dettes étaient remises et les prisonniers rendus à la liberté, ce qui symbolisait le retour de l’Age d’Or. Gaston Georgel assimile ainsi le cycle christique tout entier à un grand jubilé de cinquante fois quarante ans. Notons qu’au début du cycle, 40 ans après la Crucifixion a lieu la destruction de Jérusalem (en l’an 70). A la fin du cycle, 40 ans avant 2030 nous avons la Chute du Mur de Berlin - et la clôture des 72 ans du Jour de Yahvé.

Puis Gaston Georgel évoque la célèbre prophétie des Papes, dite aussi Prophétie de saint Malachie, à laquelle Raoul Auclair a consacré un de ses livres (paru en 1969). On sait que ce texte, attribué à saint Malachie, contemporain et disciple de saint Bernard, énumère, à partir de Célestin II (1143-1144), une liste de cent onze devises papales successives. Le précédent pape, Jean-Paul II était associé à la devise De labore solis, et le pape actuel, Benoît XVI à la devise De gloria olivae. Après devrait régner Pierre le Romain, qui sera le dernier pontife de l’histoire. Une série de médaillons présente la suite des pontifes romains au haut d’une frise qui fait le tour du vaste quadrilatère de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs à Rome ; il était très impressionnant de voir, tout à la fin du pontificat de Jean-Paul II, les deux dernières places encore vides… Raoul Auclair a mis en évidence que la 73e devise (Axis in medietate signi) indique le milieu chronologique de la prophétie ; cette devise est associé à Sixte Quint, dont le milieu du règne tombe en 1587. Entre le départ de la prophétie (1143) et 1587, il s’est écoulé 444 ans ( 4 x 111 ans) ; on peut en conclure que la fin doit se situer 444 ans après 1587, soit en 2031.

Une autre source, citée par Gaston Georgel, provient du fond de l’Asie et a été transmise par un livre étonnant de Ferdinand Ossendowski intitulé Bêtes, Hommes et Dieux. [13] Le passage de l’auteur en France avait donné lieu, en 1924 à un table ronde organisée par le journaliste Frédéric Lefèvre, réunissant René Grousset, un historien spécialiste de l’Asie, le philosophe néo-thomiste Jacques Maritain et René Guénon, qui avait déjà publié son Introduction aux doctrines hindoues et dont venait de sortir un ouvrage intitulé Orient et Occident. L’ouvrage d’Ossendowski relate une « Prophétie du Roi du Monde », datée de 1891 – l’année de la dernière conjonction NE-PL – selon laquelle :

…Dans la cinquantième année [après 1891], trois grands royaumes seulement apparaîtront, qui vivront heureux pendant soixante et onze ans. Ensuite il y aura dix-huit ans de guerres et de destructions. Alors les peuples d’Agartha sortiront de leurs cavernes souterraines et apparaîtront sur la surface de la terre.

Une simple addition des chiffres conduit une fois encore à la date fatale de 2030 (1891 + 50 + 71 + 18). On pourrait sans doute associer les « trois royaumes » qui apparaissent en 1941 aux trois puissances qui vont dominer le monde à partir de la Seconde Guerre mondiale (États-Unis, Russie, Chine). Les 18 ans de guerres et de destructions devraient commencer, selon cette prophétie, en 2012, au moment du carré UR-PL. Certes, il y a autour du personnage d’Ossendowski beaucoup d’ombres et d’ambiguïtés, mais il se peut qu’il ait été néanmoins un vecteur de transmission de données traditionnelles à un moment où le « sceau de la prophétie » était appelé à être ouvert.

Enfin, Gaston Georgel évoque une étude de René Guénon consacrée à la tradition atlantéenne, où ce dernier apporte des précisions relatives à la date de l’effondrement de l’Atlantide :

Quant au cataclysme qui y mit fin, certaines données concordantes semblent indiquer qu’il eut lieu sept mille deux cents ans avant l’année 720 du Kali-Yuga, année qui est elle-même le point de départ d’une ère connue, mais dont ceux qui l’emploient encore actuellement ne semblent plus savoir l’origine ni la signification. [14]

Gaston Georgel explique que « l’ère connue » dont parle René Guénon serait l’ère juive, dont le début est situé à la date de 3761 av. J.-C.

Si ceci était exact, le Kali-Yuga aurait commencé en 720 + 3761 = 4481, et devrait en conséquence se terminer en 6480 – 4481 + 1 = 2000 (ap. J.-C.). On peut affirmer que l’an 2000 est une date trop rapprochée, compte tenu de certains « signes des temps », il convient donc de rechercher à quoi pourrait correspondre du point de vue de la tradition juive cet an 2000. [15]

Ayant commencé par un cycle de 720 ans, le Kali-Yuga – dont la durée de 6480 ans comporte neuf cycles de 720 ans – devrait également s’achever sur cycle semblable, ce qui met en valeur la date de 1310 (2030-720), juste au moment de la destruction des Templiers. Précisons enfin que Gaston Georgel présente comme « théorique » la date de 2030, estimant que la date réelle, concrète, serait plutôt 2028, correspondant à 2000 ans après le début de la vie publique de Jésus et à 111 ans après la date cruciale de 1917.

Les indications fournies par René Guénon conduisent à fixer en -4481 le début du Kali-Yuga et en -3761 le début de l’ère juive. Nous avons eu la curiosité d’aller voir si, d’aventure, le cycle HA-KR, impliqué par un aspect majeur de conjonction à la fin du cycle, n’était pas également présent à son début. En -4481, HA est conjoint au Point Gamma à 0° du Bélier, et commence ainsi un cycle de 360 ans, et 720 ans plus tard, en -3761 le mi-point HA/KR se situe sur le même Point Gamma à 0° Bélier. Dès lors, notre perspective sera de prolonger ces explorations en intégrant d’autres cycles des TNP, et en particulier le cycle HA-PO, puisque ces deux entités répondent à des nombres cycliques fondamentaux (360 et 720). Ces quelques données auraient d’ailleurs tendance à venir conforter notre opinion selon laquelle les fameuses TNP ne sont pas des corps célestes, mais plutôt des Nombres cycliques susceptibles d’interférer avec les corps célestes sur la « ligne de vie » qu’est le Zodiaque.

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Il se trouve que, lors du stage de Laval de 1994, nous avions interprété l’année 1989 comme marquant le passage du « relais » entre les deux entités qui sont désignées dans l’Apocalypse de saint Jean comme la « Bête de la Mer » et la « Bête de la Terre ». Voici ce que nous soumettions alors à la réflexion des participants à ce stage :

Méditant sur le temps qui paraît devoir être imparti à la Bête de la Terre, déjà en train de prendre le relais de la Bête de la Mer, nous avons remarqué qu’entre 1989 - fin du temps de la Bête de la Mer qui a régné 72 ans depuis 1917 - et la date avancée de 2031, il s’écoule une durée de 42 ans, nombre cyclique fondamental, en particulier dans l’Apocalypse. Nous avons donc risqué l’hypothèse que nous vous livrons aujourd’hui, avec crainte et tremblement : la période qui s’étend devant nous jusqu’à la fin du cycle, aux alentours de 2031, peut être considérée comme un « Supplément de tribulation » de 42 ans venant s’ajouter au « Jour de Yahveh » de 72 ans, cette dernière phase étant dévolue au règne de la « Bête de la Terre » venant prendre le relais de la « Bête de la Mer ».

Il nous était alors aussi venu à l’esprit de prendre en considération la période globale de 114 ans entre 1917 et 2031. Le centre tombe sur 1974, année de la crise pétrolière faisant suite à la guerre du Kippour en 1973. Malgré l’implication d’Israël dans cette scansion, il ne nous apparaissait pas, à première vue, que cette date soit parmi les plus marquantes du siècle. En revanche, une coupure de la période en trois phases de 38 ans chacune amenait à évoquer le cycle des Nœuds lunaires, et nous pouvons observer que ces phases sont rythmées par la conjonction de l’axe des Nœuds lunaires à l’axe du Centre galactique (de 25°30 à 26°30 du Sagittaire). Ce qui donne comme jalons les années 1955 et 1993. Notre conclusion portait enfin sur les thèmes harmoniques de 1996 et de 2026 et sur la période de 30 ans + 3 ans ½ qui conduit à 2031 :

Si l’année 2010 semble devoir être une échéance importante et chargée dans le cheminement vers la fin du cycle, deux dates ressortent, en revanche, par leurs splendides harmoniques : 1997 et 2026. A première vue, ces harmoniques devraient présager plutôt d’heureux événements. Mais si nous gardons à l’esprit qu’en fin de cycle toutes choses obéissent à une logique de l’inversion, il n’est peut-être pas excessif, compte tenu des nombres cycliques éveillés par ces deux dates - 30 ans de 1996 à 2026, trois ans et demi de 2026 à 2031… - d’y lire la possibilité d’une manifestation « à rebours ». C’est là, et encore une fois à titre de pure hypothèse, une réponse voilée à certaines questions relatives au thème de l’Antéchrist.

On ne saurait évoquer la fin d’un cycle sans d’abord préciser de quel cycle cette fin marque le terme. Des deux auteurs que nous avons pris pour guides dans cette exploration, Raoul Auclair et Gaston Georgel, il apparaît que le premier se limite au cycle de 7 000 ans (« Notre Génération ») et qu’il situe le moment crucial prochain comme devant être celui qui fait passer le monde du Sixième au Septième Jour de ce cycle. La perspective de Gaston Georgel, qui s’appuie sur l’enseignement de René Guénon en matière de cyclologie traditionnelle, est infiniment plus vaste, puisque la fin dont il est ici question est celle d’un Manvantara de 64 800 ans. Gaston Georgel le précise à la fin de son Cycle Judéo-Chrétien  :

Cette dernière période, le Cycle moderne, n’appartient pas seulement à l’histoire du judéo-christianisme, mais également à celle de notre actuel Manvantara (durée de 64 800 ans), dont il constitue précisément et très exactement la dernière phase, puisque l’Age sombre (6480 ans) se divise naturellement en trois « années cosmiques » de 2160 ans chacune, la dernière, ou cycle de César (60 av. J.-C. – 2030 ap. J.-C. environ) se subdivisant à son tour en trois phases de 720 ans dont la troisième (1310-2030) s’identifie avec le Cycle moderne. [16]

Mais, aussi bien Raoul Auclair que René Guénon lui-même insistent à plusieurs reprises sur le fait que la fin d’un cycle, aussi vaste fût-il, ne signifie pas la Fin du monde : elle n’apparaît comme telle que pour ceux qui ne voient rien au-delà du cycle actuel en cours d’achèvement. René Guénon précise cependant le caractère particulier de la fin du Manvantara :

[La fin] que nous envisageons ici a incontestablement une portée plus considérable que beaucoup d’autres, puisqu’elle est la fin d’un Manvantara tout entier, c’est-à-dire de l’existence temporelle de ce qu’on peut appeler proprement une humanité, ce qui, encore une fois, ne veut nullement dire qu’elle soit la fin du monde terrestre lui-même, puisque, par le « redressement » qui s’opère au moment ultime, cette fin même deviendra immédiatement le commencement d’un autre Manvantara. [17]

René Guénon ne manque pas, toutefois, de souligner avec force que le prochain Manvantara est séparé de notre époque par une « barrière » infranchissable, et que cela n’a rien à voir avec les élucubrations des idéologues du New Age qui attendent l’Ère du Verseau comme un simple prolongement de l’époque actuelle. Le Règne de la quantité et les signes des temps s’achève d’ailleurs sur des considérations relatives au double aspect « bénéfique » et « maléfique » sous lequel se présente la marche du monde en tant que manifestation cyclique. La manifestation prise en elle-même apparaîtra comme une descente et une dégradation progressive (du simple fait de l’éloignement du Principe qui en est à l’origine) ; mais replacée dans l’ensemble de l’existence universelle, elle produit des résultats positifs qui sont intégrés eux-mêmes dans le cadre d’un autre cycle de manifestation.

Enfin, Gaston Georgel va jusqu’à évoquer, dans la conclusion du chapitre qu’il consacre à l’Age de Fer dans son livre Les Quatre Âges de l’humanité, les privilèges propres à ce temps qui est le nôtre – et qui sont exposés, par exemple, sous la forme de la parabole évangélique des ouvriers de la onzième heure : ceux-ci reçoivent même salaire que ceux qui ont œuvré dès la première heure. Mais le privilège le plus sublime offert aux hommes de l’Age de Fer, c’est la grâce attachée à la prononciation du nom divin, aussi bien dans le christianisme que dans l’Islam ou dans l’Inde. Cela explique que des âmes des Âges précédents souhaitent, dans la tradition hindoue, revivre au temps du Kali-Yuga. Voilà qui peut éclairer ces paroles de Jésus à ses disciples :

Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Car je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ils ne l’ont pas vu ; et entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Ainsi, finalement, ce qui caractérise au mieux le Kali-Yuga, c’est la « jonction des extrêmes », que l’on peut observer, selon Gaston Georgel, dans « le contraste entre la sublime sainteté d’un Râmakrishna ou d’un saint Séraphin de Sarov et le matérialisme brutal des foules de l’âge d’acier ». [18]

Charles Ridoux
Amfroipret, le 23 février 2008

Notes

[1] TRESMONTANT Claude, Problèmes de notre temps, OEIL, 1991, p. 55.

[2] GUENON René, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Paris, Gallimard, 1962.

[3] RICHER Jean, Géographie sacrée de la Grèce antique, Guy Trédaniel, 1967.

[4] PHAURE Jean, La France mystique, Dervy, 1991 et Introduction à la géographie sacrée de Paris, Borrégo, 1993.

[5] GUENON René, Formes traditionnelles et cycles cosmiques,(1e éd.,1970), Gallimard, 1970.

[6] GEORGEL Gaston, Les rythmes dans l’histoire, Servir, Besançon, 1947 ; Les quatre âges de l’humanité, Servir, Besançon, 1949 ; L’Ere future et le mouvement de l’Histoire, La Colombe, 1956 ; Le cycle judéo-chrétien, Archè, Milano, 1983 ; Chronologie des derniers temps, Archè, Milano, 1986.

[7] PHAURE Jean, Le Cycle de l’humanité adamique. Introduction à l’étude de la cyclologie traditionnelle et de la fin des Temps, Dervy-Livres, Paris, 1973.

[8] GEORGEL Gaston, « Ce que je dois à René Guénon », in René Guénon, dir. Jean-Pierre Laurent avec la collaboration de Paul Barbanegra, Cahiers de l’Herne, 1985, p. 422.

[9] GEORGEL Gaston, Les Rythmes dans l’Histoire, Besançon, Editions Servir, 1947 (1e éd. 1937), p. 6.

[10] GEORGEL Gaston, Les Quatre Âges de l’humanité, Besançon, Éditions Servir, 1949.

[11] Gaston Georgel, op. cit., p. 3.

[12] GEORGEL Gaston, Le Cycle Judéo-Chrétien sceau et couronnement de l’histoire humaine, Archè, Milano, 1983, p. 7.

[13] OSSENDOWSKI Ferdinand, Bêtes, hommes et dieux. L’énigme du Roi du Monde, Plon, 1924.

[14] GUENON René, Formes traditionnelles et cycles cosmiques,(1e éd.,1970), Gallimard, 1970, p. 48, n. 2.

[15] GEORGEL Gaston, Le Cycle Judéo-Chrétien sceau et couronnement de l’histoire humaine, Archè, Milano, 1983, p. 36.

[16] Ibid., p. 77.

[17] GUENON René, Le Règne de la quantité et les signes des temps, Paris, Gallimard, 1945, p. 368.

[18] GEORGEL Gaston, Les Quatre Âges de l’humanité, Besançon, Éditions Servir, 1949, p. 114.