Charles Ridoux
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Mon cheminement avec les astres
 
Mon cheminement avec les astres
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Urania, n° 33, 1998
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Ma rencontre avec l’astrologie n’est pas très lointaine : une douzaine d’années seulement, et pourtant, quel chemin parcouru depuis ! J’envie parfois ceux qui, comme André Barbault, ont eu la chance d’être initiés à l‘art d’Uranie dès leur adolescence, mais je crois que l’on ne choisit pas de devenir astrologue, c’est plutôt l’astrologie qui nous choisit - et au moment opportun. Pour moi, ce fut dans la mouvance d’un transit majeur de Pluton sur l’Ascendant dans les années 1984-1988 (avec le retour des Noeuds à 38 ans et le mi-cycle d’Uranus à 42 ans), entraînant une refonte complète de mon univers intellectuel et spirituel et se traduisant par une véritable renaissance. Cette mutation s’est produite, selon un mode typiquement uranien, à la suite du choc causé par la lecture de René Guénon. A la suite d’une émission de France-Culture où il avait été question de cet auteur dont j’ignorais alors jusqu’à l’existence, et conseillé par un ami hélas disparu depuis, j’entrepris la lecture des Symboles fondamentaux de la science sacrée et, dès la première page, qui évoque le caractère véritablement sérieux de la religion, je compris que ma vie avait un sens et je me lançai, durant les trois mois qui suivirent, dans la lecture des oeuvres complètes de cet auteur, dans le cadre propice et solitaire d’un gîte rural dans le Morvan. La rencontre de René Guénon allait avoir pour moi une double conséquence durable : mon retour à une pratique religieuse dans le cadre de l’orthodoxie et ma découverte de l’astrologie.
A l’automne de 1985, à la suite de longues et heureuses vacances qui faisaient suite à l’obtention de l’agrégation de lettres modernes, ce fut l’annonce d’un cours privé à Paris qui m’amena à commencer mon apprentissage des premiers rudiments d’une science dont j’ignorais tout et qui, bien vite, me passionna, sans doute par le fait qu’elle impliquait à la fois des connaissances d’ordre scientifique - le calcul d’un thème et le lien avec l’astronomie - et la mise en oeuvre d’un art de l’interprétation reposant sur le symbolisme et la pensée analogique : cerveau gauche et cerveau droit se trouvaient ainsi mobilisés et requis avec une égale dignité. Et pas seulement le cerveau, mais aussi la main puisque, à cette époque encore, il fallait dessiner les thèmes et que je retrouvais ainsi l’heureuse activité du coloriage qui avait le don de pacifier mon esprit. Cette période héroïque est maintenant bien révolue, et l’apprentissage des fabuleux programmes informatiques dont nous disposons aujourd’hui suffit largement à occuper mon besoin de créativité manuelle et picturale.
Mais ce qui m’ancra durablement dans l’étude approfondie de l’astrologie, ce fut sans doute la découverte de ses liens avec l’histoire. Ayant fait mon apprentissage avec le livre de Rumelius (Armand Barbault), je fus amené à prendre connaissance de la revue L’Astrologue et j’y découvris les articles et notices d’actualité d’André Barbault consacrés à la mondiale. Comme, depuis l’enfance, j’étais un passionné d’histoire (grâce à la lecture d’Alexandre Dumas...), je fus enthousiasmé à la perspective de pouvoir ainsi conjuguer ces deux domaines où le temps dialogue, pour ainsi dire, avec l’éternité. Parallèlement, je découvrais, par la lecture de certains épigones de René Guénon tels que Gaston Georgel ou Jean Phaure, ce domaine plus caché que l’on appelle traditionnellement la « cyclologie ». Enfin, la rencontre avec Claude Ganeau, à la librairie des Cahiers Astrologiques rue Condorcet, fut une chance pour moi et, j’ose le croire, une satisfaction pour ce cher vieux maître, car les premiers travaux auxquels je m’adonnais alors rejoignaient pleinement ceux que lui-même menait depuis de nombreuses années, sans leur donner, malheureusement, suffisamment d’écho en les faisant connaître par des publications. Mais ses conseils et ses encouragements contribuèrent à me fortifier dans mon orientation en direction de la mondiale jusqu’à oser, en 1991, aller trouver le grand maître en la matière, André Barbault, et lui proposer un article sur « Histoire et Astrologie », qu’il publia dans L’Astrologue.
Un autre grand moment survint lorsque, en 1993, Yves Lenoble, dont je suivais le séminaire, attira mon attention sur un livre dû à la plume de trois auteurs anglais, intitulé Mundane Astrology. Je jugeai dès l’abord la lecture de cet ouvrage si fondamentale que je me lançai alors dans sa traduction, en vue de mon usage personnel, sans même imaginer une publication. Puis, grâce au soutien de Bernard Crozier, les éditions du Rocher décidèrent d’en assumer la traduction en français, je me mis en contact avec Charles Harvey, alors président de l’Astrological Association de Grande-Bretagne, et le livre parut en mars 1995. Cette traduction m’ouvrit de nouveaux horizons : je retrouvais, au coeur de cet ouvrage, la notion fondamentale de cycle dont Barbault avait fait la clef de ses interprétations en mondiale, mais je découvrais aussi des élargissements et je m’ouvris ainsi, non sans peine au début, à la technique des mi-points de Rudolf Ebertin et à la théorie des harmoniques de John Addey, le maître de Charles Harvey. La fréquentation des auteurs anglo-saxons - britanniques et américains - m’a progressivement amené, depuis lors, à prendre conscience d’un certain risque de « provincialisation » de l’astrologie mondiale en France, du fait de la méconnaissance de techniques nouvelles, et aussi à cause d’un certain désintérêt à l’égard de cette branche de l’astrologie au profit d’approches centrées surtout sur la psychologie. C’est pourquoi je m’efforce, par un enseignement de qualité, de susciter des vocations dans ce domaine et d’assurer, pour l’avenir, une présence française dans le champ de la mondiale.
Depuis une douzaine d’années que je chemine ainsi avec la présence quasi-quotidienne, quoique non professionnelle, du zodiaque et des planètes, si j’ai perdu certains élans enthousiastes propres au novice en la matière, toujours à l’affût de cobayes dans son entourage pour témoigner des mérites de son art, j’ai conservé la faculté d’émerveillement devant les éclairages que permet l’astrologie, tant dans le domaine individuel que collectif. Je ne m’étonne plus des résultats obtenus quand il m’arrive encore d’étudier, pour des amis ou des connaissances, un thème individuel ou de dresser le profil psychologique d’un inconnu, mais je n’arrive toujours pas à trouver une explication à ce mystère qui met en relation une configuration céleste et un destin individuel. Sur le plan collectif, je suis de plus en plus fasciné par la surabondance des rapports qui unissent, au travers de tel ou tel événement, les thèmes de pays, d’hommes politiques et les thèmes de cycles dans leurs diverses phases évolutives : tout un réseau d’harmoniques qui fait de l’histoire une extraordinaire symphonie dont, cependant, nous ne saisissons généralement que quelques échos assourdis. A force de travailler en même temps sur différentes échelles temporelles, allant de la longue durée historique - sur une période de six mille ans environ - à l’événement ponctuel en passant par une durée moyenne d’un siècle ou d’un demi-siècle, on finit par se rendre en quelque sorte contemporain à tous les moments du temps et par se sentir à la fois aussi vieux que Mathusalem et plein des promesses offertes par les cycles à venir.
L’astrologie offre ainsi à son adepte la possibilité de sortir du cocon de son petit « moi » - si haïssable selon Pascal - pour trouver sa place dans la grande symphonie cosmique, pour explorer les lois de l’univers, pour comprendre l’interpénétration de toutes choses. Encore faut-il vouloir accepter l’ascèse qui permet de se hisser à la contemplation de la splendeur objective du langage universel des astres et fuir les vains bavardages qui tendent à transformer le Verbe divin en futile verbiage.
Mais la pratique de l’astrologie n’influe pas seulement sur la manière de concevoir l’existence et sa place dans l’univers ; elle conduit aussi à rencontrer beaucoup de monde et à lier, au fil du temps, des amitiés précieuses. Certes, un esprit de chapelle règne bien souvent dans le petit monde des astrologues, comme d’ailleurs dans toute micro-société, mais un peu d’ouverture d’esprit, une attitude bienveillante et ce qu’il faut de distance ironique à l’égard de soi-même doivent permettre des rencontres fertiles et chaleureuses. Personnellement, je suis reconnaissant à l’astrologie de m’avoir procuré quelques-unes des amitiés auxquelles je tiens le plus.
 
Charles RIDOUX
Amfroipret, le 13 novembre 1997
 
 
 
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