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Jusqu’à nos jours, ce que l’on appelle l’astrologie mondiale est demeurée, pour une grande part, confinée dans le champ limité de l’astrologie politique, étant orientée avant tout vers des prévisions à court terme, du type de prévisions annuelles concernant une nation déterminée, avec des tentatives plus hardies traitant surtout de la question de la guerre et de la paix à une échelle continentale ou mondiale. Un ensemble de conditions de nature diverse s’est toutefois constitué au cours des XIXe et XXe siècles qui aboutit aujourd’hui à la possibilité d’une élargissement significatif du champ d’études de l’astrologie mondiale, et en particulier à une approche de l’histoire générale des civilisations en corrélation avec les grands cycles planétaires. Nous pouvons regrouper ces conditions nouvelles dans quatre rubriques qui englobent les plans astrologique, historique, géographique et instrumental.
Sur le plan astrologique, le fait majeur est la découverte des trans-saturniennes (Uranus en 1781, Neptune en 1846 et Pluton en 1930). Alors que selon le paradigme antique le cycle JU-SA, récurrent tous les vingt ans, constituait le seul long cycle (étendu dans le temps par la mobilité des conjonctions JU-SA dans les triplicités sur une durée de deux siècles environs), l’astrologie mondiale dispose, depuis l’intégration de PL au système, de dix cycles de planètes lentes, dont le long cycle NE-PL, d’une durée de cinq siècles, fournit, on le verra, un outil particulièrement bienvenu pour l’étude de l’histoire des civilisations. L’intégration éventuelle à ce système d’une trans-plutonienne pourrait ouvrir des perspectives encore plus larges, mais applicables, peut-être, à l’histoire géologique de la planète et aux temps préhistoriques plutôt qu’à l’histoire des civilisations. A un autre niveau, la découverte de Chiron, en 1977, dont le cycle est de cinquante ans, ouvre à la pratique de la mondiale des perspectives alléchantes, comme en témoignent les travaux (non encore publiés) de notre ami et confrère belge Benoît de Meester. En même temps que l’intégration des trans-saturniennes élargit le champ cyclique à des dimensions temporelles multi-séculaires, l’intégration de Chiron et probablement aussi celle de divers autres planétoïdes est susceptible d’ouvrir à des recherches d’ordre plus subtil.
Toutefois le praticien de la mondiale doit tenir compte non seulement des astres mais également des possibilités qui lui sont offertes par l’évolution du champ historique lui-même. Là encore, le champ de l’histoire s’est étendu, aussi bien dans le temps que dans l’espace. Comme l’a bien relevé le grand historien des civilisations Arnold J. Toynbee, l’oikouménè, c’est-à-dire la partie habitable de notre Terre, s’étend maintenant à la planète tout entière, englobant même les zones arctiques et antarctiques des Pôles. Et depuis les premières décennies du XXe siècle se sont multipliées, chez les historiens, les études portant non plus sur l’histoire d’une nation ou d’un ensemble continental limité, mais sur l’histoire générale des civilisations. Après le fameux ouvrage d’Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident (paru au début des années 1920), l’œuvre majeure dans ce domaine est celle d’Arnold J. Toynbee, dont les douze volumes intitulés A Study of History ont paru entre 1934 et 1961, les six derniers volumes témoignant d’une évolution de l’histoire des civilisations proprement dite vers une histoire des religions. Les années soixante marquent un développement de ces études dans le monde entier. On peut citer aux Etats-Unis les travaux de Philip Bagby à Los Angeles (continués de nos jours par David Wilkinson) et ceux de Caroll Quigley à l’Université de Georgetown, ainsi que les écrits du fameux politologue de Harvard, Samuel Huntington, dont Le Choc des Civilisations est paru en 1996, soulevant des discussions fort animées. En Russie également, l’intérêt pour l’étude générale des civilisations s’est développé dès la seconde moitié du XIXe siècle, avec les travaux de Nikolaï Danilevski, fondateur de la géopolitique en Russie ; au XXe siècle, on peut citer les noms de Sorokin, un grand nom de la sociologie, et du lituanien Vytautas Kavolis, co-rédacteur de la Comparative Civilizations Reviewet président, de 1977 à 1983, de la Société internationale d’étude comparée des civilisations. Pour la France et les pays d’expression française, on retiendra l’œuvre de Fernand Braudel, qui se rattache à la fameuse Ecole des Annales ainsi que le volumineux ensemble des Grands courants de l’histoire universelle de Jacques Pirenne (paru entre 1945 et 1956). Il est souhaitable que l’astrologue désireux d’aborder l’étude de l’histoire mondiale dans son ensemble soit au courant de ces différents travaux portant sur l’histoire générale des civilisations et sur les problèmes méthodologiques qui s’y rapportent.
Un autre facteur est enfin à prendre en compte, qui aide considérablement à la mise en œuvre des recherches en mondiale : c’est la révolution informatique née au moment de la conjonction UR-PL de 1965 et qui a pris une nouvelle dimension à partir du transit de JU sur la conjonction UR-NE en 1997, avec le développement des micro-ordinateurs individuels et de l’Internet – révolution informatique évoquée par André Barbault dans sa conférence sur le cycle UR-NE et la mondialisation. L’astrologue peut aujourd’hui se livrer à des recherches impensables jusqu’à il y a peu de temps encore : par exemple, il nous est possible, avec beaucoup de patience cependant, de relever les positions planétaires sur plusieurs millénaires et de calculer ainsi des Indices cycliques qui couvrent tout le temps de l’histoire des civilisations, depuis la constitution d’un royaume unifié en Egypte, vers l’année 3200 av. J.-C., jusqu’à nos jours. Nos logiciels permettent aussi d’entreprendre des recherches dans le domaine sans doute prometteur, quoiqu’encore non systématiquement exploré, de l’astrocartographie.
Tous ces développements, dans des domaines multiples, contribuent à orienter désormais la recherche en astrologie mondiale dans un domaine qui, jusqu’ici, lui était en quelque sorte inaccessible : une étude fouillée de l’histoire générale des civilisations à la lumière du déroulement des cycles des planètes lentes. Voyons de plus près maintenant comment l’astrologue peut se situer face à l’histoire.
Un des éléments prometteurs dans ce genre de recherche réside dans le fait qu’il existe un certain parallélisme entre la typologie des durées historiques en relation avec la hiérarchie des cycles planétaires. En effet, suivant les judicieuses considérations de Fernand Braudel, les historiens distinguent de nos jours entre les phénomènes de longue durée, qui peuvent s’étendre sur plusieurs siècles, les phénomènes de moyenne durée qui s’étalent sur quelques décennies, et les phénomènes de courte durée (le temps court de l’actualité, du journalisme). L’astrologue lui aussi opère avec des cycles de longue durée (les cycles des trans-saturniennes, qui ont une durée de 110 ou 140 ans pour UR-PL, de 170 ans pour UR-NE et de 500 ans pour NE-PL) ; des cycles de moyenne durée (les cycles saturniens, qui durent un peu moins de quarante ans pour SA-UR, SA-NE et SA-PL, et qui durent vingt ans pour JU-SA) ; et des cycles de brève durée, comme tous les cycles des rapides (SO, ME, VE, MA), sans parler des cycles lunaires qui s’inscrivent dans un cadre mensuel. Une approche hiérarchisée des cycles planétaires nous apparaît comme l’une des clés méthodologiques fondamentales dans la pratique de la mondiale. Il faut faire correspondre les cycles adéquats aux phénomènes historiques que l’on traite, et le premier élément d’une adéquation réside dans une certaine conformité de l’échelle temporelle prise en compte.
Par ailleurs, il convient d’adapter l’analyse astrologique à la nature des événements historiques. On pourrait dire que l’histoire est tissée par une trame d’événements singuliers, de l’ordre du discontinu ; mais elles est aussi faite de continuités qui s’étalent selon des durées variables. Si l’étude d’un thème dressé pour un moment précis peut éclairer la signification d’un événement singulier, l’histoire dans sa continuité requiert d’autres instruments d’analyse. On pourrait sans doute comparer le thème traditionnel à une photographie d’un moment unique, tandis que le schéma d’une éphéméride graphique est comme une séquence cinématographique selon des durées qui peuvent varier de quelques jours à plusieurs décennies. Les éphémérides graphiques sont, avec les tableaux d’Indices cycliques, des outils indispensables pour saisir le déroulement historique dans sa continuité. En ce qui concerne l’étude des civilisations sur environ cinq millénaires, il devient indispensable de disposer de tableaux d’Indices cycliques couvrant toute cette période.
Après ces considérations préliminaires, venons-en au cœur même de notre réflexion sur les capacités et les limites de l’astrologie mondiale à étudier l’histoire des civilisations sur une très longue durée. Ce qui fonde notre approche, tant de l’histoire que de l’astrologie, c’est la notion de cycle. Que l’astrologie relève d’une démarche cyclique, cela semble une évidence : il nous suffit de contempler le zodiaque et de nous imprégner du cycle des lunaisons, qui est comme le prototype de tous les cycles planétaires. Mais une approche cyclique de l’histoire apparaît comme plus problématique, car à travers le déroulement de l’histoire se fait jour une tendance linéaire, qu’on la conçoive comme progressive (selon un paradigme qui remonte à l’époque dite des « Lumières ») ou qu’on la considère, comme le font maintes sociétés traditionnelles, comme involutive, conduisant d’un Age d’Or vers un Age Sombre qui précède un renouvellement cataclysmique faisant basculer le monde dans un autre grand temps. Comme l’indique David Williams dans son ouvrage Financial Astrology[1], c’est dans le domaine de l’histoire économique que la notion de cycle semble s’être imposée en premier lieu. Il signale comme première trace d’une théorie des cycles économiques un traité de l’historien suisse Sismondi paru en 1819, dans lequel l’auteur attire l’attention sur l’importance de l’étude des crises commerciales. Une étape suivante fut l’établissement des cycles de Juglar, d’une durée de neuf ans environ, ainsi nommés d’après le nom de l’économiste français Clément Juglar, qui traita de ces questions en 1860. En 1923 un économiste américain, Joseph Kitchin, découvrit un cycle de 40 à 42 mois, tandis qu’en 1926 l’économiste russe Kondratieff découvrit le cycle de 47 à 60 ans qui porte son nom. Mais, toujours selon David Williams, c’est à l’homme d’affaires anglais John Mills qu’il convient d’attribuer la première tentative d’établir une théorie complète des cycles économiques, exposée dans un article datant de décembre 1867.
Mais si la notion de cycle semble bien s’être imposée dans le doma ine de l’histoire économique, une approche de même nature peut-elle être appliquée à l’histoire générale, et en particulier à une histoire générale des civilisations ? C’est dans le grand ouvrage de Jacques Pirenne – Les grands courants de l’histoire universelle[2], commencé à Genève durant la Seconde Guerre mondiale et poursuivi ensuite jusque dans le milieu des années cinquante que nous trouvons, à propos de l’histoire de l’Antiquité, une approche explicitement cyclique du plus haut intérêt. Dans l’Avant-Propos au tome II de sa grande œuvre, Jacques Pirenne pose la question de savoir si l’histoire a un sens ou si elle n’est qu’un chaos. Il penche vers la reconnaissance de lois régissant l’histoire des hommes, analogues à celles qui régissent les astres : « La vie des peuples semble dominée par de grandes forces, dont les lois nous échappent, comme sont longtemps restées ignorées des hommes celles qui régissent les mouvements de l’univers »[3]. Le mouvement général de l’histoire lui paraît être marqué par un progrès spirituel, mais qui n’est pas continu, qui se développe à travers des alternances de hauts et de bas, de périodes d’apogée et de périodes de décadence. L’histoire de l’Egypte ancienne lui semble particulièrement suggestive à ce propos, car son évolution n’a pas été arrêtée par des causes extérieures, et elle se réalise, selon lui, au travers de trois cycles successifs dont il estime qu’ils ont été parallèles dans leur évolution intérieure. Chose remarquable, ces cycles sont tous des multiples du cycle fondamental de l’astrologie mondiale – le cycle NE-PL, d’une durée de cinq siècles : le premier cycle égyptien s’étend, d’après Jacques Pirenne, de 3500 à 2500 av. J.-C. et correspond à une période où l’Egypte vit sur elle-même ; le second cycle, de 2500 à 1000 av. J.-C., inscrit l’Egypte dans le cadre d’une organisation internationale, tandis que le troisième cycle de 1000 av. J.-C. à 500 ap. J.-C. l’intègre dans l’Empire romain qui englobe tous les pays méditerranéens. Par ailleurs, Jacques Pirenne souligne avec force le parallélisme entre l’histoire des pays méditerranéens et celle des grands pays civilisés de l’Asie – Inde et Chine – au cours des trois premiers siècles de notre ère, montrant comment des problèmes parallèles se posèrent à Rome et en Chine[4]. Naturellement, les cycles esquissés par Pirenne et les dates retenues sont sujets à discussion parmi les historiens ; mais le branle est donné, avec cet ouvrage monumental, à une approche cyclique des phénomènes historiques.
Or c’est à la même époque que l’astrologie mondiale va connaître une sorte de refondation sur le socle des cycles planétaires. La voie est ouverte, dès les années trente, par notre confrère belge Gustave-Lambert Brahy, qui publie La Clef des événements mondiaux et des fluctuations économiques et boursières[5]. Avec cet ouvrage, nous nous trouvons à la jonction de l’astrologie financière et de l’astrologie mondiale. Ce qui caractérise l’approche cyclique de Brahy, c’est qu’il prend appui non pas sur les aspects planétaires en longitude, mais sur les parallèles de déclinaison ; il est ainsi le premier à donner un diagramme illustrant l’histoire du XXe siècle, qui le conduit à formuler, dans des éditions postérieures, d’intéressantes considérations sur le déroulement de la Seconde Guerre mondiale et sur les lourdes configurations de la fin du siècle. Comme il attribuait PL à l’URSS (à cause du rôle que cette planète lui semblait avoir joué dans le déclenchement de la révolution russe), il concluait que « l’URSS devait s’imposer finalement aux Etats-Unis, sinon sur le plan économique, tout au moins sur le plan diplomatique ou scientifique ».

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La découverte de PL en 1930 transforme en profondeur les capacités de l’astrologie mondiale à explorer le temps long qui est celui de l’histoire générale des civilisations. En effet, à partir de cette date, c’est le cycle NE-PL, d’une durée de cinq siècles, qui devient comme la « basse fondamentale » de tout le système cyclique des planètes lentes. C’est à partir de ce cycle que notre confrère Robert Doolaard a, depuis plusieurs années déjà, commencé d’explorer ce long temps historique. Pour notre part, nous avons poursuivi dans la même voie, et une particularté significative des cycles NE-PL nous a semblé constituer un phénomène de première importance dans le cours du développement cyclique. En effet, nous avons relevé que, lors de chaque phase évolutive (allant de la conjonction à l’opposition), ainsi que lors de chaque phase involutive (allant de l’opposition à la conjonction suivante), il existe des plages de plusieurs dizaines d’années (environ un siècle à chaque fois) durant lesquelles le cycle NE-PL se stabilise autour d’un aspect particulier. Dans l’Antiquité, ces stases du cycle NE-PL sont plutôt de nature dissonante, tandis que dans les derniers cycles ces stases se sont produites sous des aspects harmoniques. Le tableau ci-dessous permet de se faire une idée de ce phénomène.

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Nous avons pris comme point de départ de notre découpage cyclique la triple conjonction UR-NE-PL de 575 av. J.-C., qui a été relevée comme un moment capital dans l’histoire des civilisations, d’abord par Karl Jaspers, ensuite par Arnold J. Toynbee. Cette époque-charnière est en effet marquée par l’apparition, en l’espace de 120 ans, de cinq grands prophètes : Zarathoustra, le Deutéro-Isaïe, le Bouddha, Confucius et Pythagore. En amont de cette conjonction NE-PL de 575 av. J.-C. s’étend un cycle de 4000 ans environ (que nous avons nommé Cycle A), et en aval le cycle B, dans lequel se situe notre temps et qui s’achèvera vers 3500 ap. J.-C.
La prise en compte des quatre phases intercycliques nous conduit à examiner au long de chaque période de cinq siècles une longue stase évolutive, le temps de la culmination, une longue stase involutive et le temps de relais cyclique (qui va de la fin d’une stase involutive au début de la stase évolutive suivante en passant par une nouvelle conjonction). La mise en rapport de ce rythme quaternaire avec l’histoire des civilisations nous permettra peut-être d’établir, dans nos recherches en cours, des corrélations significatives entre cette histoire de longue durée et le cycle NE-PL. De toutes façons, il faut bien comprendre que l’histoire de l’humanité ne saurait entrer dans le cadre d’un système par trop rigide ; ce qui gouverne le déroulement cyclique, ce n’est pas tel cycle en particulier, mais la constante interaction cyclique.
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En demeurant dans le cadre le plus vaste, qui est celui des trans-saturniennes, il nous semble intéressant de prendre comme piste de recherche l’alternance de « zones rouges » et de « zones vertes » : nous dénommons ainsi les périodes durant lesquelles les trois cycles fondamentaux – NE-PL, UR-NE et UR-PL, sont concomitamment en phase évolutive (« zone verte ») ou en phase involutive (« zone rouge »). C’est un programme de recherches en cours que nous exposons ici ; pour des résultats – positifs ou négatifs – il faudra patienter encore quelque peu, d’ici un prochain Congrès astrologique international…
Charles Ridoux
Amfroipret, le 15 mai 2005
[1] WILLIAMS David, Financial Astrology, publ. by American Federation of Astrologers, Tempe (AR), 1982.
[2] PIRENNE Jacques, Les grands courants de l’histoire universelle, I. Des origines à l’Islam, Editions de la Baconnière, Neuchâtel, 1945 ; II. De l’expansion musulmane aux traités de Westphalie, Editions de la Baconnière, Neuchâtel, 1946.
[3] op. cit., t. II, p. vii.
[4] Ibid. , t. I, pp. 459-460.
[5] BRAHY Gustave-Lambert, La Clef de la prévision des événements mondiaux et des fluctuations économiques et boursières, Ed. Traditionnelles, Paris, 1989 (1932). |