Charles Ridoux
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La prévision en astrologie mondiale
 
 
 
 
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On proposera une réflexion sur les capacités et les limites de l’astrologie mondiale, dans son état présent, à poser des jalons qui permettent de préciser les défis prévisibles dans les prochaines années grâce à une approche combinant l’étude des cycles planétaires et les études de géopolitique.
 
L’art de la prévision : ses capacités et ses limites
 
La demande du public et les conditions de travail de l’astrologue
 
Dans la pratique de la mondiale, comme dans celle de l’astrologie généthliaque, l’astrologue est le plus souvent confronté à une attente du public qui n’est pas en adéquation avec les capacités de l’astrologie. Le premier travail à effectuer est de « recentrer » en quelque sorte la demande sur les possibilités réelles de notre art. Il m’arrive ainsi fréquemment d’avoir affaire à des amis bien intentionnés qui me posent la question : « Alors, que va nous apporter l’année qui vient ? ». Si, pour répondre à une telle question, on essaie d’éviter la posture flatteuse mais ô combien trompeuse du devin voyant qui lit dans le ciel les destinées de chacun, et si l’on entre un tant soit peu dans un raisonnement astrologique fondé sur les cycles en cours, on ennuie très vite un auditoire qui, dans son questionnement, attendait avant tout d’être émerveillé et  d’échapper à la nécessité de réfléchir par lui-même sur l’état du monde et sur la part de responsabilité qu’il peut prendre dans le cours des choses. Il en va à peu près de même dans le domaine de l’astrologie individuelle. Une fois établi dans ses grandes lignes le portrait psychologique du natif, la question la plus courante va bientôt fuser : « Que va-t-il se passer pour moi dans le proche avenir ? ». Là aussi, il faudra s’efforcer de rectifier le tir en orientant la discussion sur les capacités de la personne à faire face aux défis que lui pose son existence de manière à la fois responsable et créative. L’astrologue ne peut véritablement venir en aide par son savoir particulier qu’envers une personne prête à assumer sa liberté en fonction des atouts et des contraintes qui sont les siennes, et dont l’astrologie permet une approche à partir du thème de naissance. L’astrologie sera un instrument d’autant plus efficace qu’elle sera mise au service, sur le plan individuel, de personnes aptes à conduire leur propre vie et, dans le domaine collectif, de citoyens – au sens antique du terme – c’est-à-dire de personnes aptes à prendre en compte, au-delà de leurs intérêts propres, ce qu’Aristote appelait le « bien commun ». Mais il faut bien reconnaître que nous vivons dans un monde qui tend à fabriquer des consommateurs plutôt qu’à éduquer des personnes et à former des citoyens.
Dans le cadre de l’astrologie individuelle, plutôt que de tenter de percer l’opacité du futur par la prédiction d’événements possibles mais incertains, il me semble plus intéressant de prendre appui sur l’évolution cyclique et sur les transits des lentes en relation avec le thème natal afin de dessiner l’histoire d’une vie et de déceler, dans le futur, les moments prévisibles où se présenteront de nouveaux défis majeurs. Une telle approche, qui se situe en quelque sorte à la jonction entre astrologie individuelle et astrologie collective, est rendue possible par l’application des cycles planétaires à l’étude de thèmes individuels. Mon ami et confrère Yves Lenoble s’est attaché à ce type de recherche et il a étudié, dans l’un de ses séminaires, la destinée de la reine Victoria.
 
 
 
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On peut aisément inscrire les grandes dates de la vie de la reine Victoria dans le cadre des transits d’UR et de NE à sa conjonction natale UR-NE à la fin du Sagittaire au carré de SA-PL en Poissons. Les transits uraniens de 21 ans environ ponctuent certains moments forts de sa vie, notamment son mariage en 1840, alors qu’elle est âgée de 21 ans, et la mort du prince Albert en 1861, lorsqu’elle a 42 ans ; mais les transits neptuniens sont eux aussi puissants : semi-carré de NE à UR natal lorsqu’en 1837 elle devient reine, succédant à son oncle Guillaume IV ; transit de NE sur la conjonction SA-PL au carré d’UR-NE en 1861, à la mort du prince Albert, et opposition de NE à son NE natal lors de sa disparition en 1901.
En astrologie mondiale également, ce n’est pas la prévision de tel ou tel événement qui me paraît être le plus important, mais le fait de jalonner dans l’avenir, en fonction de l’expérience passée, les grands nœuds prévisibles de l’histoire, les moments cruciaux où se poseront vraisemblablement des défis dont l’astrologue peut discerner vaguement la nature, mais sans toutefois arriver à cerner la forme précise de leur manifestation. Si l’astrologue peut véritablement être utile, ce n’est pas – comme on le lui demande trop souvent - en se transformant en une sorte de romancier qui raconterait l’histoire avant qu’elle ne se fasse, mais par sa capacité à prévoir les échéances critiques, à dépeindre le climat prévisible d’une période, à cerner à l’avance les mutations d’une conjoncture astrale à une autre – et à s’appuyer sur une solide analyse géopolitique afin de percevoir la nature des enjeux qui seront alors en cause.
 
L’histoire : le champ du prévisible et de l’imprévisible
 
Certes, depuis toujours, depuis le temps lointain des Chaldéens, l’astrologie mondiale s’est orientée en vue de la prévision. Mais que prévoir ? Si, au terme d’une année, on parcourt une chronologie des événements passés, on se trouve face à une masse chaotique et à un amoncellement de faits incohérents : a tale told by an idiot full of sound and fury, and signifying nothing. A la suite de l’historien, l’astrologue est d’abord confronté à la tâche d’organiser une matière bouillonnante et qui va dans tous les sens. L’historien mettra de l’ordre dans ce chaos en examinant la chaîne des causes et des conséquences qui unissent des séries d’événements entre eux ; l’astrologue, tout en se référant à cette démarche, bénéficiera en outre de l’apport supplémentaire que lui offre le déroulement cyclique des planètes lentes et de leurs interférences avec les rapides. Par ailleurs, on peut constater qu’il existe des champs prévisionnels féconds, tandis que d’autres domaines présentent plus de résistance à la prévision. Que ce soit dans l’œuvre de Gustave-Lambert Brahy, chez André Barbault ou dans le volumineux Mundane Astrology de Charles Harvey et de Nicholas Campion, on relèvera deux domaines privilégiés : celui de la guerre et de la paix, et celui des alternances entre périodes d’abondance et périodes de pénurie. En somme, l’astrologie contemporaine demeure ancrée dans des questions qui étaient déjà celles des Chaldéens. Si, en revanche, l’astrologue se risque dans l’histoire des idées ou dans celle des religions, les choses deviennent, à mon avis, beaucoup plus complexes et infiniment moins sujettes à prévision. La vie de l’esprit est peut-être teintée par les transits des planètes trans-saturniennes dans les signes, mais elle me semble difficilement prévisible. Tout au plus peut-on attirer l’attention sur l’importance de certaines phases cycliques, telles que les septiles et leurs harmoniques, dans l’esprit des travaux de John         Addey et de Charles Harvey. Cependant, ce ne serait pas une contribution négligeable au bon gouvernement des choses terrestres, si l’astrologie parvenait à permettre de sages décisions dans les questions politiques où la guerre et la paix sont en cause, ainsi que dans les affaires économiques afin de permettre un meilleur équilibre et d’atténuer la gravité de crises sans doute inévitables étant donné la nature humaine et la difficile gestion des intérêts contraires.
Dans sa démarche prévisionnelle, l’astrologue pourra prendre appui sur la définition des courants dominants à l’œuvre dans un temps donné. André Barbault s’est montré particulièrement sensible, dans toute son œuvre, aux courants neptuniens et uraniens, à la dialectique entre Neptune et Uranus ; peut-être a-t-il été moins à l’aise avec les courants plutoniens avec lesquels, personnellement, je me sens en résonance ; sans doute, chaque astrologue développe-t-il, en mondiale, des caractéristiques propres à son thème natal : André Barbault présente un UR angulaire à l’AS, et son semi-carré de NE à la conjonction JU-SA n’est pas sans évoquer la conjonction JU-NE au semi-carré de SA du thème de la V° République ; pour ma part, je suis « blasonné » par une conjonction SA-PL qui encadre mon SO au début du Lion.
 
 
 
 
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Ce qui tisse la toile mouvante des conjonctures, ce sont d’abord, sur la basse continue des cycles NE-PL, les interférences saturniennes et jupitériennes avec les dominantes uraniennes, neptuniennes ou plutoniennes. Dans son ouvrage fondamental Les Astres et l’Histoire, André Barbault étudie longuement la relation entre le courant uranien et des régimes autoritaires et impérialistes, tandis qu’il met en rapport le courant neptunien avec des poussées collectives qui engendrent des mouvements sociaux et révolutionnaires. Avec des interférences saturniennes, ces courants ont tendance à être poussés à leur paroxysme (notamment lors des conjonctions SA-UR et SA-NE), tandis que les interférences jupitériennes semblent avoir un effet moins rigoureux. Un travail encore à faire serait sans doute une exploration systématique des triplices JU-SA-UR et JU-SA-NE durant une échelle historique de longue durée – quoi l’on peut ajouter, naturellement, les triplices JU-SA-PL.  
 
 
 
 
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 Par rapport à cette toile de fond composée de l’interaction de JU et de SA avec les trans-saturniennes, les interférences des rapides viennent colorer les multiples conjonctures de courants vénusiens, martiens ou mercuriens, qui ont le plus souvent un effet déclencheur mais qui sont aussi porteurs des significations propres aux planètes rapides elle-mêmes. Certaines combinaisons de triplices semblent particulièrement éloquentes : la triplice MA-SA-PL que l’on retrouve dans de nombreux conflits ou, à l’inverse, la triplice SO-VE-JU dont André Barbault a montré à maintes reprises les liens avec des « ouvertures pacifiques », avec des temps favorables à la signature d’armistices ou de traités de paix.
La tâche de l’astrologue est de répertorier les différentes conjonctures possibles, de les classer selon leur ordre de fréquence – plus un phénomène est rare et plus on peut supposer qu’il sera susceptible d’entraîner de profonds effets – et de les mettre en rapport, grâce à l’examen de situations historiques passées, avec divers types d’événements susceptibles de se produire en relation avec telle ou telle combinaison planétaire. Cette combinatoire, qui s’appuie sur une sorte de typologie des événements historiques, n’est pas extensible à l’infini ; elle présente au contraire un nombre assez limité de possibilités si l’extensible à l’infini ; elle présente au contraire un nombre assez limité de possibilités si l’on s’en tient à une hiérarchie des cycles planétaires en trois étages (les trans-saturniennes, les interférences saturniennes et jupitériennes, les interférences des rapides). Face au nombre quasi infini des manifestations événementielles, ces combinaisons planétaires ne permettent pas la prévision des événements singuliers, mais devraient être fiables pour la prévision de types événementiels récurrents dans l’histoire du monde depuis qu’il existe des Etats. Si l’astrologue a la sagesse de s’en tenir à ce niveau de généralité relative dans ses prévisions, il a de fortes chances de viser juste. S’il tente de « matérialiser » à l’excès ses prévisions, les risques d’erreur iront se multipliant.
Nous n’aborderons pas ici le problème passionnant de la localisation des événements grâce au recours à l’astrocartographie. Les travaux novateurs de Jim Lewis ont ouvert une voie, certes, mais presque tout reste à faire, me semble-t-il, quant à l’application de cette technique à l’astrologie mondiale. Comme l’a montré André Barbault, il convient de se méfier de quelques résultats spectaculaires et d’aborder la question avec beaucoup de rigueur. Si, par exemple, Jim Lewis constate que, pour l’entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale PL est au MC du ciel d’Hiroshima, André Barbault relève qu’aucune ligne d’angularité ne correspond alors au débarquement allié en Normandie et que Stalingrad n’apparaît pas dans le thème de la guerre germano-soviétique.[1]
 
Les succès prévisionnels et leurs limites
 
Si l’astrologue accepte de jouer le jeu et de ne pas renoncer dès l’abord à s’engager dans la voie périlleuse de la prévision, il y aura toujours, à un moment ou à un autre, quelques réussites dans ses prévisions ; mais au fond, qu’appelle-t-on un « succès » prévisionnel ? Dans son ouvrage paru en 1979 et intitulé L’Astrologie mondiale, André Barbault se livre à l’un des plus vibrants éloges qui soient de la prévision astrologique :
 
L’acte de prévoir est un acte créateur ; c’est un acte supérieur, dans lequel, à travers l’union de la théorie et de la pratique comme de l’idée et du fait, l’homme se marie avec le monde. Parvenir longtemps à l’avance, bien avant que les autres aient pu le pressentir et sans que rien ne puisse l’annoncer parmi toutes les autres sources d’information, à fixer astralement l’échéance approchée d’une métamorphose historique, définie dans ses valeurs essentielles, constitue une réalisation d’une réelle grandeur : c’est une cime de l’acquisition de l’esprit humain qui est atteinte.[2]
 
L’auteur songe naturellement ici à l’annonce qu’il fit, dès le temps de la mort de Staline, en 1953, concernant un bouleversement majeur du communisme russe lors de la prochaine grande échéance constituée par la conjonction SA-NE de 1989. Ce qui caractérise, me semble-t-il, le tempérament d’André Barbault, et qui imprègne son style d’une tonalité vibrante et passionnée, c’est la tension constante qui anime sa carrière de prévisionniste dans le domaine de la mondiale. Cela est dû, probablement, au fait qu’ayant manqué de peu avec son frère Armand la prévision de la Seconde Guerre mondiale, il ait été constamment depuis lors à l’affût de réussites prévisionnelles suffisamment éclatantes pour qu’elles viennent effacer le doute profond qui l’avait alors marqué, dans sa jeunesse, à l’égard de l’astrologie. En outre, jusqu’aux alentours des années 1980, l’environnement intellectuel était particulièrement hostile à l’astrologie et l’on décèle un souci constant, chez André Barbault, de justifier son art afin qu’il retrouve une place honorable dans le champ des sciences humaines.
De fait, ce qui consolide un succès prévisionnel et le transforme en une véritable réussite portant témoignage des possibilités de l’astrologie, c’est surtout le suivi d’une prévision dans le temps et l’enchaînement d’une série prévisionnelle en corrélation avec une suite cohérente d’événements, avec un phénomène historique homogène. Dans son ouvrage de 1979, André Barbault insiste sur cet aspect :
 
La règle impérative dont on ne doit jamais se départir est de travailler dans la régularité de la répétition des phénomènes, en série entière et sur de longs parcours.[3]
 
C’est l’évolution d’un cycle d’une conjonction à l’autre qui fournit le cadre le plus sérieux de l’expérimentation prévisionnelle de l’astrologue. André Barbault s’est penché avec prédilection sur certains cycles : le cyle SA-NE en corrélation avec les destinées du communisme russe ; le cycle JU-NE avec les destinées des IV° et V° Républiques en France. Avec de tels cycles, l’astrologue embrasse des tranches temporelles relativement limitées (de 12 à 36 ans), qui orientent la recherche vers une astrologie politique prévisionnelle. Par la suite, l’explorateur des cycles planétaires a eu tendance à élargir son horizon, par exemple en dressant un tableau des grandes configurations astrales du XXIe siècle. Ce suivi d’une prévision dans le temps, cet encha     înement des prévisions (pour fixer, par exemple, les dates probables de la fin des conflits en Algérie ou au Vietnam) entraîne l’astrologue dans une aventure intellectuelle qui n’est pas sans risque, mais qui le place au cœur même de la vie de son époque, avec le rare privilège de bénéficier d’un point de vue particulièrement englobant.
Encore faut-il que l’astrologue s’efforce de conduire son raisonnement astrologique en l’étayant sur une vision géopolitique aussi étoffée que possible et dans un esprit d’honnêteté intellectuelle et de vigilance à l’égard de tous les égarements idéologiques. Si, pour un passé relativement lointain, les grandes lignes de force apparaissent clairement – en dépit de la diversité des interprétations historiques à laquelle donne toujours lieu le passé – lorsque l’on traite de l’histoire en train de se faire, le risque est grand de commettre des erreurs de perspective. Dans ce cas, même une prévision fondée astrologiquement peut être ternie par un manque de lucidité sur le plan géopolitique. André Barbault lui-même n’a pas échappé totalement à cet obstacle, dans la plus célèbre de ses prévisions ; en effet, s’il avait bien pointé dès le début des années cinquante l’importance qu’allait prendre l’échéance de 1989, il fut un temps, au milieu des années soixante, où il estimait probable une victoire économique du système soviétique sur le monde capitaliste, écrivant dans son ouvrage La Crise de 1965 :
 
Disons-le tout net : d’après nos indices, les États-Unis, en nette avance sur tous les autres pays, à la tête du monde pour la richesse, la puissance et le prestige, sont sur le point de passer le flambeau à l’URSS, appelée à devenir la première force planétaire .[4]
 
Dès le début des années soixante-dix, cependant, André Barbault devait corriger le tir et renoncer à voir en l’Union Soviétique la future super-puissance planétaire. Il convient d’ailleurs, pour être équitable, de rappeler les positions d’un autre astrologue aussi renommé que Gustave-Lambert Brahy sur le même sujet. Ainsi, dans son grand ouvrage La Clef de la prévision des événements mondiaux, Brahy présente comme très dangereux pour les Etats-Unis le transit du trio SA-UR-NE en Capricorne de 1990 à 1992, car il active le carré SO-SA du thème des Etats-Unis (en Cancer-Balance). Ce qui lui semble alors particulièrement menaçant pour le monde capitaliste, c’est le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis et le problème des dettes du tiers-monde. En revanche, il prévoit pour l’URSS, à la même époque, une « évolution mieux ordonnée et moins critique que celle des Etats-Unis », ce qui est bien loin de l’effondrement du système soviétique qui s’est effectivement déroulé.[5]
Si la prévision astrologique relative à l’importance, pour les destinées du communisme russe, de l’année 1989, formulée par André Barbault dans les années cinquante et soixante, s’était étoffée du pronostic d’un naufrage du régime communiste, elle eût été vraiment exceptionnelle. Mais à cette époque, seul un Roumain du nom de Vlaicu Ionescu, grand spécialiste de Nostradamus et victime personnellement de la dictature communiste de Ceaucescu, prédisait, à partir de sa lecture des Centuries et de l’Epître à Henri Second, l’effondrement du communisme en Russie non pour l’année 1989 mais pour la mi-juin 1991, c’est-à-dire pour le moment précis où Boris Eltsine fut élu président de la Fédération de la Russie, alors encore intégrée à une Union soviétique qui allait bientôt disparaître[6]. Dans ce cas particulier, ce n’est pas tant la référence à des données géopolitiques qu’à une exégèse fondée sur des considérations de cyclologie traditionnelle qui ont permis la formulation d’une prédiction pleinement confirmée par les événements une quarantaine d’années plus tard.
Ne jetons surtout pas la pierre à l’astrologue qui se fourvoie dans une analyse géopolitique partagée, en son temps, par la plupart des commentateurs « bien avisés». Même durant l’été 1989, avant les grandes manifestations de masse de l’automne dans les pays de l’Europe de l’Est, bien peu de spécialistes auraient admis comme vraisemblable la chute si rapide et si surprenante de l’empire soviétique. Comment déceler, lorsque l’on est soi-même emporté par le flux constant des événements, la véritable perspective historique selon laquelle ces événements prennent leur signification au regard de l’Histoire ? La question se pose, par exemple pour nous, aujourd’hui, de savoir si oui ou non nous sommes engagés dans une Troisième Guerre mondiale. Pour certains analystes, tels par exemple Laurent Arthur du Plessis, auteur d’un ouvrage intitulé Islam Occident, la guerre totale[7], tel serait bien le cas ; mais d’autres géopoliticiens, comme Aymeric Chauprade, ont tendance à mettre davantage l’accent sur la multiplicité et la diversité des conflits en cours plutôt qu’à éclairer le tableau du monde actuel à la lumière du « choc des civilisations » évoqué par Samul Huntington. J’ai tenté, dans mon livre Evolution géopolitique mondiale[8], qui aborde la période de 1980 à 2020 - d’une conjonction SA-PL à l’autre - de scruter les indices astrologiques en cours et notamment de comparer le tableau des Indices cycliques de 1990 à 2010 avec ceux de la Seconde Guerre mondiale : le pronostic, nuancé et par cela même moins satisfaisant qu’un jugement bien tranché, est celui d’une sorte de guerre mondiale larvée, mais qui ne débouche pas sur une conflagration généralisée et mettant aux prises deux camps bien constitués. De fait, il faut attendre la lourde configuration de 2080 (avec une triplice JU-SA-UR en opposition à NE) pour retrouver un tableau qui évoque celui de deux blocs radicalement opposés, comme ce fut le cas dans la décennie précédant la Première Guerre mondiale.
 
 
 
 
 
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Il apparaît que désormais l’une des tâches principales de l’astrologie mondiale consiste à explorer l’ensemble du champ historique depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours afin de consolider, par une meilleure connaissance des corrélations entre cycles planétaires et phénomènes historiques, les capacités prévisionnelles de l’astrologie. André Barbault, avec les moyens techniques qui étaient ceux des débuts de la révolution informatique qui a émergé au temps de la conjonction UR-PL au milieu des années 1960, a labouré le champ historique des XIXe et XXe siècles, et il posé les jalons des grandes configurations planétaires du XXIe siècle. Nous avons aujourd’hui les moyens, grâce au développement des outils informatiques, d’ouvrir largement le rideau sur l’ensemble de l’histoire des civilisations, depuis la constitution des premiers royaumes unifiés d’Egypte et de Sumer vers la fin du IIIe millénaire. Nous bénéficions également pour mener cette exploration astro-historique dans la longue durée des travaux d’une pléiade d’historiens qui, à travers le monde entier, ont, depuis les années 1930, mis au centre de leurs recherches l’histoire des civilisations.
Il serait hautement souhaitable, pour mener à bien cette tâche, que des séminaires de recherche puissent réunir, de temps à autre, ceux qui s’adonnent à ces travaux de longue haleine. Peut-être que le centre universitaire d’enseignement de Bath, animé par un des fleurons de l’astrologie mondiale, Nicholas Campion, pourrait devenir un lieu de rencontre fructueux à cet égard.
 
Charles Ridoux
Amfroipret, le 21 avril 2005 


[1] BARBAULT André, Introduction à l’astrologie mondiale, La prévision historique par la connaissance des rythmes du cosmos, Editions du Rocher, Paris, 2004, p. 15.
[2] BARBAULT André, L’Astrologie mondiale, La prévision historique par la connaissance des rythmes du cosmos, Paris, Fayard, 1979, p. 326.
[3] Ibid., p. 87.
[4] BARBAULT André, 1964 et la crise mondiale de 1965, Paris, Albin Michel, 1963, p. 82.
[5] BRAHY Gustave-Lambert, La Clef de la prévision des événements mondiaux et des fluctuations économiques et boursières, Ed. Traditionnelles, Paris, 1989 (1932), pp. 238-241.
[6] IONESCU Vlaicu, Le Message de Nostradamus sur l'Ere prolétaire, P., Dervy-Livres, 1976 et Nostradamus. L’Histoire secrète du monde, P., Editions du Félin, 1987.
[7] ARTHUR DU PLESSIS Laurent, Islam Occident, La guerre totale, JCG, 2004.
[8] RIDOUX Charles, Evolution géopolitique mondiale. Le tournant 1980-2020, Editions du Rocher, 2002.
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