Charles Ridoux
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Astrologie mondiale et cyclologie traditionnelle
Astrologie mondiale et cyclologie traditionnelle
 
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Entretien avec Silvia Chitimia – Roumanie - 1996
 
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La lecture de Nostradamus peut-elle éclairer notre connaissance de l’année 1996 ?
 
La question de Nostradamus nous fait quitter le domaine de l’astrologie mondiale pour aborder l’approche cyclologique de l’histoire et le domaine de la prophétie. Personnellement, je ne me sens aucune compétence pour parler de Nostradamus. J’ai même longtemps considéré le sage de Salon-de-Provence comme un personnage douteux jusqu’au jour où j’ai eu l’occasion de lire à son sujet les remarquables interprétations qu’en donne votre compatriote Vlaicu Ionescu dont j’ai lu avec passion les deux ouvrages.[1] Je serais tenté de concevoir les rapports entre l’astrologie mondiale et la cyclologie en référence au symbolisme de la Croix. L’astrologie mondiale est du ressort de l’horizontale ; les cycles planétaires se déroulent dans la continuité, s’emboîtant les uns les autres dans un déroulement indéfini ; tous les cinq siècles environ, une nouvelle phase, ponctuée par les conjonctions Neptune-Pluton, vient scander l’histoire des civilisations. Sous cet angle, on pourrait considérer que la phase actuelle, et en particulier la période qui va s’ouvrir immédiatement après 1997, pourrait être très prometteuse et très faste, amenant un grand renouveau expansif de la société mondiale, qui pourrait s’étendre jusque vers le milieu du XXIe s. Cette branche horizontale nous permet de comprendre l’histoire d’un point de vue géocentrique et anthropocentrique, et, le plus souvent, l’interprétation qui en est faite repose sur une idéologie du progrès et de l’évolution qui résulte de l’esprit des Lumières et de la rationalité scientifique occidentale.
La cyclologie introduit, avec la verticale, l’irruption du transcendant dans le cours de l’histoire de notre humanité ; elle vient en quelque sorte rappeler que notre centre véritable n’est pas en ce monde et que ce qui nous paraît le plus stable est sujet à des bouleversements. C’est elle qui vient nous ouvrir au sens de la discontinuité, nous rappelant, conformément aux termes de l’Apocalypse de saint Jean (21 : 1), qu’un « nouveau ciel » et une « nouvelle terre » sont promis pour la  « fin des temps ». On pourrait rapprocher ce passage de ce qui est dit ailleurs relativement à des basculements des pôles terrestres qui ont pu se produire lors de cataclysmes antérieurs. Dans cette perspective, qui est celle de toutes les grandes traditions de l’Ancien comme du Nouveau Monde, l’histoire est perçue comme une involution, comme une descente jusqu’à un point de basculement qui restaure l’ordre des choses avec le départ d’un nouveau cycle. La verticale nous maintient dans l’attente eschatologique qui, pour les chrétiens, est l’attente de la Seconde Venue du Christ, dans la gloire. Dans cette perspective, la lecture des textes de nombreuses traditions et l’étude, notamment, des textes prophétiques de l’Ancien Testament et de l’Apocalypse - telle que l’a menée, par exemple, un Raoul Auclair - ainsi que la manifestation, dans notre monde actuel, d’un certain nombre de « signes des temps », inclinent à penser que la fin du cycle actuel pourrait être proche, démentant les perspectives apparamment brillantes offertes par la vision évolutive.
Il est difficile d’articuler ces deux points de vue contradictoires. Il me semble que les deux logiques sont à l’oeuvre : une logique « exotérique », qui prend le monde tel qu’il est, dans son apparente opacité ; et une logique « ésotérique » qui perçoit, derrière ces apparences, le monde tel qu’il est appelé à se « transfigurer ». La ligne horizontale ne comporte pas en elle-même les indications relatives à l’irruption du transcendant ; et pour ce qui est de la ligne verticale, il est bien dit que seul le Père connaît le jour et l’heure. Pour ma part, j’essaie de pratiquer l’astrologie mondiale selon les lois propres à son niveau, qui est celui de l’horizontale, tout en demeurant dans la conscience de la verticale transcendante et dans l’attente joyeuse du Royaume.
La lecture qui est faite généralement de Nostradamus semble souffrir d’une absence de cette dimension joyeuse de l’attente eschatologique. La vision des terribles fléaux qui accompagnent la fin des temps et ce moment très particulier de l’histoire qu’est le « Jour de Yahvé » suscitent, de façon bien compréhensible, l’épouvante ; mais le Christ appelle ses fidèles à se réjouir quand les signes de la fin des temps se manifesteront, car ils témoignent de la proximité du Royaume. Il convient donc de se garder avant tout de toute utilisation spectaculaire de Nostradamus, de donner dans le « sensationnel », et d’éviter par ailleurs de cultiver par trop le « frisson esthétique » qui peut naître du spectace grandiose des horreurs de la fin des temps.
 
Vlaicu Ionescu laisse entendre que la Roumanie serait appelée à jouer un rôle particulier dans cette phase de l’histoire du monde. Qu’en pensez-vous ?
 
Je ne sais pas s’il est possible de déduire de la lecture de Nostradamus des prédictions précises relatives au rôle de la Roumanie dans la fin de l’ « ère prolétaire » et ce qui vient après. Ayant lu l’ouvrage de Geticus intitulé la Dacie hyperboréenne, je crois que la Roumanie peut être effectivement porteuse d’éléments traditionnels parmi les plus vénérables et les plus précieux. Mais, dans la mesure où la lumière attire l’ombre et où la fin du cycle se caractérise par l’inversion généralisée des valeurs, il existe aussi dans votre pays des éléments obscurs, peut-être parmi les plus redoutables, comme l’a montré le régime de Ceaucescu et son horrible fin. Par ailleurs, le sens cosmique qui caractérise, me semble-t-il, l’orthodoxie roumaine, conjointement à cet héritage de la Dacie hyperboréenne, peut apporter beaucoup à un ressourcement du christianisme dans sa triple dimension qui relie le microcosme, le macrocosme et le métacosme, et qu’expriment les Rois Mages ou la haute figure de Melchissédec. C’est dans cette direction qu’il serait en tout cas souhaitable de voir se développer le nouvel esprit religieux que l’on pressent à l’orée du nouveau millénaire, plutôt que dans les élucubrations du « New Age » et d’une « Ere du Verseau » qui rêve de débarrasser ce monde du christianisme après deux mille ans d’ « Ere des Poissons ».
 
L’astrologie mondiale et la cyclologie peuvent-elles fournir des indications sur l’évolution du monde au cours des vingt prochaines années ?
 
Il est toujours hasardeux de prédire la tonalité du siècle futur. Victor Hugo, dans La Légende des siècles a dit à propos du XXe s. des bêtises que l’on pourrait qualifier d’énormes, à la dimension de son génie poétique, alors que la lecture de Chateaubriand témoigne d’une lucidité et d’une acuité de vues surprenantes sur le monde actuel. Nous avons sur ces illustres visionnaires de l’histoire l’avantage de disposer des lumières fournies par la théorie des cycles, ce qui permet de poser des jalons dans l’avenir. Si l’on en croit les indications des indices cycliques (ceux d’André Barbault, de Claude Ganeau ou de Gustave-Lambert Brahy), le début du prochain siècle devrait être une période de grande expansion et le passage de Pluton en Sagittaire pourrait accompagner de profondes mutations sur le plan religieux et philosophique. Mais cela peut s’appliquer aussi bien à un ressourcement du christianisme qu’à la profusion de spiritualités dévoyées. L’astrologie ne me semble pas à même de dire si les défis auxquels se trouve confronté le monde à tel ou tel moment de son histoire seront surmontés de façon positive ou négative ; elle a le mérite, cependant, de signaler les moments-clés de cette histoire et d’indiquer sommairement la nature des défis en question.
Je m’en tiendrai à deux points qui me paraissent « lisibles » pour les années à venir. Il est probable que la politique internationale va s’orienter vers une nouvelle polarisation, confrontant les Etats-Unis avec la Chine. Ces deux puissances, qui se sont déjà affrontées par forces interposées durant la guerre du Vietnam, lors de la conjonction Uranus-Pluton de 1965, vont être touchées par de puissants transits d’Uranus et de Pluton dans leurs thèmes respectifs. En 1998-1999, Pluton transitera l’Uranus des Etats-Unis et en 2004-2005, il activera le carré Mars-Neptune, qui est un point sensible de ce thème : ce sont là des périodes durant lesquelles les relations sino-américaines feront sans doute la une des journaux.
Ensuite, l’étude de ce cycle Uranus-Pluton et l’examen des thèmes nationaux des principaux Etats du monde actuel m’ont amené à prendre conscience de l’importance de l’année 2013, qui connaîtra un carré Uranus-Pluton dans la zone de 7° à 9° de l’axe Capricorne-Bélier. Un très grand nombre de thèmes nationaux, incluant ceux de toutes les grandes puissances, se trouvent impliqués dans cette configuration. De ce simple constat, il me semble que, sans entrer dans les détails, on peut induire que cette année sera sans doute marquante dans le monde entier. J’ai le sentiment que ce sera la prochaine grande échéance après la dernière que le monde a connue avec l’année 1989. Je signale que, pour la Roumanie, le thème de la République populaire de 1947 est partie prenante dans ce contexte, avec un Soleil à 7° Capricorne et l’Ascendant à 7° Bélier.
Sur le plan de la cyclologie, dans la perspective des approches d’un Raoul Auclair, d’un Jean Phaure ou d’un Vlaicu Ionescu qui ont mis en valeur la dimension eschatologique de la période de 72 ans qui s’étend de 1917 à 1989, et muni des indications de René Guénon et de Gaston Georgel relativement à l’importance de la date de 2031, je suis amené à attirer l’attention sur le fait que 2013 se trouve, dans la période de 42 ans qui sépare 1989 de 2031, à un point tournant du septénaire (4 x 6) + (3 x 6). On pourrait lire symboliquement ce tournant comme un passage de la Terre (la quaternité) au Ciel (la trinité), ce symbole étant susceptible, bien entendu, de lectures à plusieurs niveaux.
 
[…]
 
Mon intérêt pour la cyclologie a été inspiré par la lecture de René Guénon et du Cycle de l’humanité adamique de Jean Phaure.  Il sera bon, sans doute, de rappeler au public roumain que c’est Jean Phaure qui a préfacé, en 1976, le premier ouvrage de Vlaicu Ionescu sur Nostradamus et qui l’a fait connaître en France ; et c’est également grâce à la collaboration entre Jean Phaure et Paul Barbanegra que nous disposons de quelques admirables films sur des hauts-lieux traditionnels tels que Notre-Dame de Paris, le Mont-Saint-Michel, la cathédrale de Reims, Versailles.
 
Le 19 mai 1996
 
 
 


[1] IONESCU Vlaicu, Le Message de Nostradamus sur l'Ere prolétaire, Paris, Dervy-Livres, 1976 ; L'histoire secrète du monde, Paris, Ed. du Félin, 1987.
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